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    Zakoura obtient l'aide de banquiers : Un visa de sortie de la misère

    Par L'Economiste | Edition N°:237 Le 04/07/1996 | Partager


    Avec la succession de conventions qu'elle vient de signer, la Fondation Zakoura prend une autre dimension. Une autre manière de lutter contre la misère.


    Pour Noureddine Ayouch, qui a lancé l'idée de la fondation Zakoura(1), la signature de la convention avec la BCM le lundi 1er juillet 1996 est une forme de consécration, pas pour lui, mais pour la Fondation Zakoura. Il s'agit de la 3ème signature de ce type, après le CIH et la Société Générale. Mais, tient à souligner M. Ayouch, c'est M. Abdelaziz Alami, président de la BCM, qui a eu l'idée qui permet à Zakoura de recevoir l'argent de donateurs bancaires.

    La surprise de la BCM


    "Le montant mis à disposition par la BCM a vraiment été une heureuse surprise", commente-t-il avec M. Abdelhamid Bousta, de Frumat et secrétaire général de la Fondation Zakoura. La banque apporte 2,5 millions de DH à Zakoura, sous forme d'un prêt revolving à taux 0. Le CIH a "prêté" 1 million de DH, la Société Générale 1,5 million de DH, le groupe Afriquia 1 million de DH plus un local pour Agadir, où la Fondation va ouvrir une filiale. L'ACDI, organisation canadienne d'aide au développement, a donné un peu plus de 50.000 Dollars US. Al Wataniya offre une aide différente: une cinquantaine d'écoles pour le préscolaire. "Et on va voir combien coûte vraiment une école", dit M. Bousta. M. Ayouch cite le cas d'une femme qui avait fait un peu d'études et qui élevait des moutons. Les dernières inondations ont emporté ses moutons, démolissant une partie de la grange. "Avec 5.000DH, plus un coup de main de l'Education Nationale pour remettre ses connaissances pédagogiques à niveau, cette femme est en train de monter une école maternelle", explique M. Ayouch.

    C'est la filiale fassie de Zakoura (en cours de création) qui reçoit le "prêt-don" de la BCM. La tolérance de non-remboursement est de 5%, soit une proportion un peu plus élevée que le 3% d'incidents que la Fondation observe sur ces opérations depuis le lancement. La BCM autorise à prendre 3% du montant mis à disposition pour couvrir une partie des frais de fonctionnement de la Fondation et réduire ainsi les frais normaux. Les frais sont d'ordinaire de 8% du montant de l'opération. "Les bénéficiaires doivent participer aux charges", souligne M. Ayouch, "il est bien connu que l'argent n'a plus de valeur s'il est donné et qu'il n'entraîne pas le même engagement s'il est prêté sans intérêt". Hochements de tête approbateurs des banquiers en face de lui, qui sont un peu surpris pourtant du faible taux d'incidents que la Fondation affiche. Dans les banques, le risque est en moyenne à 10%.

    "Ne donnez pas d'argent à ce bon à rien"


    Zakoura ne prend pas de garantie autre que la garantie morale et la pression sociale qui peut s'exercer sur un emprunteur indélicat. "Vous n'imaginez pas ce que peut être la pression chez les familles pauvres", souligne-t-il. "Il nous est arrivé de recevoir un père qui nous disait de ne rien prêter à son fils parce que c'était un bon à rien qui ne nous rendrait pas l'argent".
    La Fondation n'exige pas non plus une participation initiale du bénéficiaire, mais les chargés de mission (qui suivent les opérations) expliquent partout qu'un prêt non rendu à temps, c'est de l'argent en moins à prêter à ceux qui attendent l'aide. "C'est une pression souveraine, car c'est tout le quartier qui veille au remboursement", explique M. Ayouche. Les prêts sont rendus à la bloque ou par tranches, à trois, six et neuf mois.

    Jusqu'à ce printemps, la Fondation, qui porte le nom de la mère de M. Ayouch, tournait uniquement avec l'argent apporté par ses fondateurs, soit 1 million de DH. La gestion était manuelle, confiée à cinq ou six permanents, les chargés de mission. Ces derniers touchent 3.000DH nets par mois plus 300DH pour leurs frais de déplacement. Siemens-Nixdorf vient d'offrir une dizaine d'ordinateurs et Microsoft, les logiciels qui vont avec, pour informatiser la gestion et le suivi. Zakoura cherche un local à Casablanca, "car la cour de l'agence Shem's est régulièrement envahie et le travail n'est plus possible".

    SMADIA ainsi que Shem's prennent en charge directement le paiement des salaires de certains chargés de mission, pour faire baisser le coût de gestion de Zakoura.

    Les premiers prêts, une cinquantaine en janvier dernier, étaient destinés à de toutes petites entreprises (mais qui sont de vraies SARL). Elles ont de petits contrats avec l'ONEP (Office National de l'Eau Potable), pour des montants de 200.000 à 300.000DH. Ces toutes petites entreprises, de trois à quatre personnes, avaient besoin d'un fonds de départ pour exécuter le contrat. Les montants de ces prêts sont en moyenne de 5.000DH. Zakoura ne doit jamais dépasser le montant de 20.000DH.

    Ancien maoïste cherche banquiers à la retraite


    Avec les aides issues maintenant du secteur organisé et notamment des banques, plus le groupe Afriquia et l'ACDI, la Fondation Zakoura passe à un stade supérieur. Elle emploie aujourd'hui 14 chargés de mission.

    "Au début, personne ne voulait nous suivre, mais c'est normal parce qu'il faut bien montrer que cela marche", admet M. Ayouch qui fait patte de velours et sourit quand ses amis le taquinent sur ses anciennes sensibilités maoïstes: s'il bout intérieurement, il n'en montre rien, l'important ce sont les prêts et les aides bénévoles qu'il peut rassembler pour les "si pauvres que 2.000DH leur paraissent un immense capital".

    "Ce qui serait bien c'est que des retraités, surtout de la banque, puissent nous aider car le bénévolat d'une ou deux heures par semaine ne suffit plus aux demandes et aux fonds que Zakoura a maintenant", souhaite M. Ayouch. "Il faudrait une sorte de mi-temps", renchérit M. Bousta. Pour la dernière semaine de juin, la Fondation a donné 649 prêts, entre 2.000 et 5.000DH, soit le nombre qu'elle pensait atteindre seulement l'année prochaine. "Nous avons compté 78 métiers différents dans nos prêts", explique M. Ayouch: dans la couture, dans le commerce, les tâches sont très divisées, en rapport avec la capacité de mobilisation financière. "Si nous ne demandons pas d'apport personnel autre qu'un métier dans les mains, nous insistons sur les valeurs qui font qu'une entreprise, petite ou grande, tourne". Outre la solidarité qui s'exprime dans le remboursement ponctuel, "nous insistons sur l'épargne". Dans le commerce, il arrive qu'une seule opération permette de rembourser d'un seul coup le prêt qui avait permis d'acquérir le stock, tant les gens ont le sens de l'opportunité, explique M. Bousta. Mais, poursuit-il, "nous ne prenons pas le remboursement intégral, car nous voulons que le bénéficiaire gère intelligemment le revenu de son investissement, il doit l'épargner, s'en servir pour accroître son stock".

    Les marxistes auraient appelé cela l'accumulation primitive du capital. Aujourd'hui, "c'est le visa de sortie de la misère", selon la jolie expression de Fahd Yata, de la Nouvelle Tribune.

    La Fondation grandit donc très vite avec les apports de grandes entreprises. Ses fondateurs ne minimisent pas les risques naturels de cette croissance. Price Waterhouse est l'auditeur désigné des opérations et du fonctionnement de la Fondation. Le cabinet doit mettre à disposition des fondateurs et des donateurs-prêteurs un rapport deux fois par an. MM. Ayouch et Bousta invitent qui veut bien venir à assister aux réunions de crédits, tous les mardis, de 18h à 21h, à l'agence Shem's.

    Nadia SALAH.



    (1) Cf L'Economiste du 1er février 1996.


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