×
  • Compétences & RH
  • Société Brèves International Brèves internationales Courrier des Lecteurs Les Grandes Signatures Documents Lois à polémiques Docs de L'Economiste Docs de Qualité Enquête de Satisfaction Chiffres clés Prix de L'Economiste 2019 Prix de L'Economiste 2018 Perspective 7.7 milliards Earth Beats Solutions & Co Impact Journalism Day cop22Spécial Cop22 Communication Financière
    Economie

    Université d’été «Un monde libre»
    Les dessous de la crise américaine

    Par L'Economiste | Edition N°:3334 Le 05/08/2010 | Partager

    . Système de crédit, logement, gouvernance… les défaillances. Lorsque l’interventionnisme politique biaise le marché. Attention à une nouvelle crise! Pourquoi la liberté? Les origines institutionnelles du développement, la résistance au changement institutionnel, crise de quel capitalisme ou encore crise et justice sociale… Autant de thématiques abordées depuis le 2 août par la 3e université d’été francophone du groupe de penseurs et chercheurs d’un «monde libre». Une rencontre qui se tient à Marrakech. Tout au long de ces rencontres, des universitaires pluridisciplinaires, fervents défenseurs des valeurs de liberté, ont présenté les principes, notions de base ainsi que des éclairages et des éléments d’analyse à un parterre d’étudiants de différentes nationalités, de futurs décideurs dans leurs pays respectifs. L’objectif est de leur donner des outils et instruments pour décrypter les problématiques contemporaines et mieux comprendre les concepts fondamentaux et les applications possibles. Une grille d’analyse pour une meilleure lecture de l’actualité politique, économique et sociale.Une chose est sûre, conférenciers et étudiants ont démontré un grand intérêt au phénomène de la crise et à ses origines. Un atelier a d’ailleurs été consacré à l’analyse du contexte qui a favorisé l’éclatement de la crise aux Etats-Unis. Intitulé «une crise de quel capitalisme?» et animé par le professeur Emmanuel Martin, un spécialiste de la dynamique du marché, l’atelier a démontré que la crise américaine n’annonce pas la faillite du libéralisme mais dénonce «un capitalisme de connivence favorisé par l’interventionnisme tous azimuts de l’Etat américain dans la politique monétaire, l’octroi des crédits, le logement, la finance... ». Pour commencer, le docteur Emmanuel Martin a tenu à préciser que l’une des origines de cette crise réside dans un modèle américain de crédits désintégré et éclaté. Si le modèle français est intégré et favorise le partage de risques entre le banquier et le client, aux Etats-Unis, «c’est le jeu de la patate chaude que plusieurs intermédiaires se refilent. Résultat: personne ne prend vraiment le risque». Du coup, les incitations sont minimes, constate le conférencier.Autre particularité du modèle américain, c’est que l’administration a favorisé, pendant plusieurs années, l’accès au logement abordable (Affordable Housing) via deux entreprises privées qui ont une mission de politique publique. Il s’agit des agences (Fannie Mae et Freddie Mac), un bras armé de la politique américaine du logement social qui accordait à tour de bras des crédits hypothécaires pour que les populations défavorisées aient accès au logement. Du coup, les banques ont accordé des crédits excessifs à des ménages qui ne sont pas fiables ni solvables. Résultat: 42% des prêts ont été accordés à des gens ayant un revenu médian en 1996. Un taux qui est passé à 52% en 2005! De plus, les deux agences Fannie Mae et Freddie Mac ont adossé les titres de propriété à des hypothèques. Dans le même contexte, une loi a imposé aux banques de renoncer à leur «rôle discriminatoire» dans l’octroi de crédits. Du coup, le souci de calcul de risque n’est plus pris en compte par le banquier. Autrement, il serait taxé de discrimination. Plus encore, la notion de la Unit banking (pas plus d’une agence dans un même Etat) a rendu impossible de répartir ailleurs le risque des banques, souligne Pr. Martin.Par ailleurs, et pour adoucir le système des taux d’intérêt bancaires sur les crédits immobiliers, la Fédérale réserve se contentait de «balancer des liquidités sur le marché». Résultat: à partir de 2007, une course accélérée aux crédits excessifs a été enclenchée. La combinaison de tous ces effets a fait que l’interventionnisme politique a empêché le système bancaire de fonctionner selon les règles du marché. De l’avis des chercheurs d’un monde libre, la pléthore de réglementation, le paternalisme, les filets sociaux et l’ingérence de l’Etat américain dans le marché financier a généré des distorsions et produit des effets pervers. A rappeler aussi que les événements du 11septembre avaient créé une «mini-récession» suivie d’un éclatement de la bulle des valeurs technologiques. Pis encore, et pour doper l’économie, la Fédérale réserve (FED) a baissé les taux d’intérêt. Ce qui a enclenché un boom artificiel (une euphorie avec plus de crédits à la consommation et des investissements à court terme) avant d’arriver à l’essoufflement et l’effondrement du marché. Or, «l’augmentation des taux aurait dissuadé les banques d’émettre des crédits excessifs», précise Hicham El Moussaoui, chercheur et intervenant sur la même thématique qui estime que la manipulation des taux d’intérêt crée des fluctuations et des perspectives de crise.Sur ce registre, Emmanuel Martin estime que le maestro (ndlr : Allan Greenspan, patron alors de la banque centrale) «a commis l’erreur de maintenir très bas les taux d’intérêt pendant une longue durée (de 2001 à 2006). Et c’est pendant cette période que les acquisitions de biens immobiliers ont été plus nombreuses, généralement par des ménages à faible revenu en quête d’opérations de spéculations pour réaliser des plus values (house flepping). Sauf que dès que les taux d’intérêt ont augmenté, l’impossibilité de rembourser le crédit a pris de grandes proportions. En même temps, le coût du crédit commence à dépasser la valeur réelle des biens immobiliers. D’où les cessations de paiement et l’effet domino à grande échelle. Et c’est dans ce contexte tendu d’insolvabilité que George W. Bush a fait voter une loi communément appelée l’American Dream Downpayment Act. Une loi sur le rêve américain pour l’accès des pauvres au logement et qui limite au maximum (jusqu’à zéro) l’apport personnel des futurs acquéreurs. Du coup, n’importe qui peut contracter un crédit et acquérir un bien immobilier. «Cette mesure a créé des incitations pour des ménages insolvables et pas du tout fiables», souligne le conférencier. Sauf qu’à ce moment, il y a eu un phénomène de réglementations restrictives sur le foncier «Smart Growth policies». Une loi pour limiter les constructions sur certaines zones. D’où une rareté du foncier qui a entraîné une flambée des prix (le cas de Las Vegas est riche en enseignements). «C’est vraiment la rareté politisée du foncier qui a expliqué cette bulle», explique Emmanuel Martin. Résultat: la facilité des crédits conjuguée à l’absence de l’apport personnel et à la flambée des prix ont grippé la machine. C’est dire que les politiques sont les véritables responsables de cette crise car ils ont créé la rareté et n’ont pas laissé le marché bancaire et celui des crédits fonctionner normalement, conclut le chercheur libéral.La source principale du problème réside «dans la non-détermination du risque par les banques. Un rôle qui a été laissé au régulateur», signale Emmanuel Martin. C’est donc la faute d’un capitalisme de connivence orchestré par un lobbying terrible de banquiers et une immixtion des politiques captifs par les groupes de pression. Ce qui a entrainé la défaillance des systèmes de crédit et de gouvernance, résume le professeur chercheur, qui ajoute «que l’on n’est plus dans le libre marché».


    A quand la prochaine crise?

    De nouveaux effets de la crise sont encore possibles pour les pays en développement et le continent africain en particulier. Parmi les scénarii prévus: encore un ralentissement du financement de l’investissement à moyen terme. Sur le très court terme, Emmanuel Martin prévoit le danger du ralentissement des échanges commerciaux. Pis encore, «le véritable danger, en dehors d’une réglementation financière, serait une nouvelle crise imminente», annonce le conférencier. Selon Martin, l’autre danger réside dans le discours protectionniste. Autrement dit, la réaction directe de nombreux pays serait de faire du lobbying auprès des politiques pour aller plus vers le protectionnisme. D’où les risques de représailles, relayés par des protectionnismes tous azimuts et un rétrécissement du marché international.Amin RBOUB

    • SUIVEZ-NOUS:

    • Assabah
    • Atlantic Radio
    • Eco-Medias
    • Ecoprint
    • Esjc