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    Un petit coup de chirurgie automobile

    Par L'Economiste | Edition N°:298 Le 02/10/1997 | Partager

    L' entreprise naît, titube et apprend à marcher. Elle est obligée de se développer pour atteindre sa vitesse de croisière. Carauce n'y est pas encore, mais elle est bien née. Pas de malformations congénitales donc et un grand espoir. L'histoire est à ses débuts. le reste suivra.


    L'idée de créer sa propre entreprise le poursuivait depuis 5 ans. Il lui fallait juste l'idée géniale, le créneau infaillible. L'esprit en éveil permanent, il ne veut rien rater, ni des discussions entre copains, ni des innombrables informations qui lui tombent sous la main. Mais une idée peut arriver alors qu'on s'y attend le moins, justement, parfois lorsque l'esprit se repose de trop penser.
    La voiture de M. Aziz Boulajouahel avait besoin d'une remise à neuf, plus prosaïquement d'un bon coup de peinture. Le voilà donc chez le tôlier qu'il a choisi comme par hazard. C'est là qu'il a rencontré l'idée et en prime l'homme qui allait l'accompagner dans ses efforts de mettre sur pied un atelier de remise à neuf de voitures particulières et de véhicules utilitaires légers. Ceci s'est passé un jour de janvier 1997. Les discussions sont devenues plus sérieuses au fur des rencontres entre les deux hommes.

    Dans l'ensemble, le créneau a été jugé bon. Mais comme on ne crée pas une entreprise sur un coup de tête ou de foudre, il fallait rassembler le maximum d'informations possibles. Premièrement, le parc de Casablanca compte 440.000 voitures. Deuxièmement, de plus en plus de véhicules qui circulent et qui se vendent sont de moyenne ou de haute gammes qui exigent un entretien particulier et dont les propriétaires sont très sensibles au service et à la qualité. Troisièmement, en matière de qualité de service, il reste beaucoup à faire. Ces ingrédients réunis et judicieusement intégrés ont poussé M. Boulajouahel à passer à la phase suivante: la réalisation du projet.
    Pour le financement, le promoteur avait opté pour l'idée d'un crédit bancaire qu'il pouvait obtenir auprès de son ancien employeur. L'idée a été vite abandonnée. On n'est jamais bien servi que par soi-même, autrement dit, tout sera autofinancé. Enveloppe totale: 2,5 millions de Dirhams. Tant qu'à faire, mieux vaut ne rien devoir à personne.

    L'artillerie lourde


    Le lieu sera un atelier de six cents mètres carrés, situé dans un quartier de Hay Hassani qui est devenu une véritable petite zone d'activités avec du textile, de la mécanique, de la petite métallurgie notamment. Comme l'entrepreneur n'est ni un spécialiste de la mécanique, ni un génie de la carrosserie, il lui fallait le technicien. Il était déjà avec lui dès le départ, il voulait même s'associer. Finalement, il a été convenu que M. Luigi, l'Italien qui a plus de vingt ans d'expérience dans le domaine, serait le directeur technique de Carauce. C'est le nom de l'entreprise.
    Le matériel viendra d'Italie. Les deux pièces principales sont un four de peinture qui coûte 350.000 à 400.000 Dirhams et deux marbres (bancs de réparation de châssis) qui se vendent à 420.000 dirhams en moyenne l'unité. L'un est déjà installé, l'autre attend l'évolution de l'activité. En plus de cette artillerie lourde, l'atelier comprend un lot de matériel léger dont un appareil de séchage de peinture pour les petites réparations.

    Le matériel est là, c'est bon, encore faut-il imaginer la façon de procéder. C'est l'idée marketing du promoteur. Se positionner en tant qu'entreprise semi-industrielle fournissant un service de grande qualité, destiné à une population qui aime le travail bien fait et vite fait.
    Pour M. Boulajouahel, il ne suffit aucunement de disposer de matériel, dût-il être le plus performant du monde. Le plus important c'est la manière d'en faire un moyen de satisfaire les automobilistes qui ne tolèrent pas la moindre égratignure sur leur véhicule. Toutefois, le nouvel entrepreneur veut garder cette image de travail artisanal. A condition que celui-ci soit compris comme garant des meilleurs soins et du sens du détail. Ainsi, il s'agit de rompre avec les prestations des tôliers habituels tout en gardant ce petit quelque chose qui favorise la chaleur du contact humain.

    Exercice de survie


    M. Boulajouahel ne fait pas de la tôlerie, «nous faisons une véritable chirurgie esthétique automobile». C'est cette image que les clients doivent percevoir. Il s'agit en plus de tout un ensemble de services annexes, dont le transport des véhicules. A cet effet, la PME dispose de son propre camion plateau. Service gratuit offert pour les voitures qui ne peuvent se déplacer.
    Par ailleurs, l'entreprise Carauce cherche à diversifier sa clientèle. Il n'y a pas que les particuliers. Il existe également de grandes entreprises qui disposent de grands parcs automobiles et qui ont besoin d'être soignés de temps en temps. M. Boulajouahel n'a pas négligé ce créneau. il multiplie les contacts proposant des conventions d'entretien incluant également la mécanique. Car il veut fournir une offre complète à ses clients. Une voiture qui entre à l'atelier peut recevoir toutes les réparations possibles. La diversification est érigée en méthode.
    Enfin, puisque Carauce est dans le domaine, ce serait dommage de s'en priver. Le pont avec les fournisseurs de matériel est déjà établi et donc revendre leur matériel au Maroc.
    Résultat: De janvier à juillet 1997, il s'est passé 7 mois, suffisamment pour tout mettre en place et commencer le travail.La première voiture a été reçue durant la deuxième semaine de juillet. A la mi-septembre, ce sont soixante voitures qui ont été traitées par Carauce. Pour un début, c'est déjà encourageant, estime M. Boulajouahel qui n'en garde pas moins une prudence toute légitime. Il faut attendre pour voir ce que sera l'activité demain, dit-il, sans pour autant sombrer dans le pessimisme, «çà me déprime» dit-il.
    Côté gestion, le gérant de Carauce affectionne tout particulièrement le concept de petite entreprise performante. L'affaire est certes petite, mais avec une excellente gestion elle peut dégager un profit substantiel et surtout durer.
    Car c'est de la pérennité de l'entreprise qu'il s'agit.


    Le psychologue qui voulait être maître de son destin


    Quand on réfléchit bien, on peut gérer forge, sans pour autant avoir jamais forgé. Rien dans la formation initiale de M. Aziz Boulajouahel, ni d'ailleurs dans son expérience personnelle n'autorisait de prévoir ce virage à 180°. Sauf peut-être un indice. Le diplôme en psychologie qu'il a rapporté de France couvrait deux spécialités. La psychologie clinique et la psychologie du travail. Ainsi, s'est-il donné dès le départ une soupape de sécurité. De retour au Maroc, il a effectué son service civil dans un hôpital. Expérience enrichissante, dit-il, mais ce n'était décidément pas la vocation. C'est alors qu'il sort sa deuxième carte et entre dans la gestion des ressources humaines. Il a débuté à la Banque Populaire en tant que chargé du recrutement. Il y est resté 5 ans. Après une courte expérience (6 mois) à l'ODEP, il intègre SGS Thomson au moment où elle avait entamé sa restructuration. C'est ce passage de deux ans qui l'a marqué le plus avec le concept de Total Quality Management (TDM). Après, rebelote, le revoilà dans la banque, la BMCI en tant que directeur des Ressources Humaines cette fois.

    Par rapport au début de sa vie active, cette situation représentait une avancée importante, que ce soit en terme de rémunération ou de statut social. Que demande le peuple. Or, raconte-t-il, il y avait quelque chose qui le pressait de faire autre chose. A présent qu'il a une situation que d'aucuns jugeraient enviable, il ne tenait plus. Serait-ce une sorte d'hystérie? Le regard du psychologue sur lui-même l'affirme. Il ne croit pas au salariat à vie et pense que la vraie gestion de carrière au niveau des entreprises serait de les former et de les encourager à entreprendre. Si SGS Thomson l'a séduit, c'est entre autres parce qu'elle a permis à quelques salariés de créer leur propre entreprise et devenir les fournisseurs de leur ancien employeur.
    Mais l'insatisfaction est éternelle parfois. M. Boulajouahel ne veut surtout pas rompre avec ses anciennes amours, la gestion des ressources humaines. Il peut le faire sans être salarié. Il n'exclut pas l'idée de créer son propre cabinet. Comme çà, dit-il «je peux travailler sans être obligé de renier mes principes». Une autre raison d'entreprendre.

    Hakim ARIF

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