×
  • Compétences & RH
  • Société Brèves International Brèves internationales Courrier des Lecteurs Les Grandes Signatures Documents Lois à polémiques Docs de L'Economiste Docs de Qualité Enquête de Satisfaction Chiffres clés Prix de L'Economiste 2019 Prix de L'Economiste 2018 Earth Beats Solutions & Co Impact Journalism Day cop22Spécial Cop22 Communication Financière
    Politique Internationale

    Un nouveau tour du monde de Guy Sorman

    Par L'Economiste | Edition N°:297 Le 25/09/1997 | Partager

    Le monde est ma tribu
    Guy Sorman
    Fayard -1997
    Prix au Maroc: non encore fixé

    Prix en France: 145FFGuy Sorman sera à nouveau en visite au Maroc fin novembre. L'Economiste organisera à cette occasion une conférence publique. En attendant, son dernier livre fait le tour de la planète des frontières. Décapant.


    «Quand je franchis une frontière j'ai souvent l'impression de reculer ou d'avancer dans le temps, mais ne faites pas attention, je suis en train de penser à haute voix». Cette remarque que M. Guy Sorman avait faite lors du petit déjeuner avec la Rédaction de L'Economiste a peut-être servi de déclic au dernier livre de Sorman, «Le monde est ma tribu», qui sort ces jours-ci. Sorman se promène sur les frontières, dont la ligne de démarcation de Sebta.
    Il n'en dit pas du bien, il s'en moque plutôt, avec cette façon qui n'appartient qu'à lui d'observer les gens et les choses. Il souligne l'ambiguïté de la politique migratoire européenne et met en exergue la double attitude des habitants de Sebta. Le point de passage des migrants clandestins est en même temps le point d'approvisionnement de la contrebande.
    Aucun mur, ni celui de Melillia, ni celui de Sebta, pas plus que celui de Tijuana (entre le Mexique et les Etats-Unis) ne peut contenir la volonté des migrants de passer, conclut l'auteur.

    Si nous sommes, lecteurs marocains, davantage concernés par les frontières du Nord, l'ouvrage de Guy Sorman ne s'arrête pas là. Au contraire, il propose une sorte de tour du monde des frontières. Il y fait des sauts dans l'histoire, comme il le pressentait déjà lors de sa visite au Maroc. Mais ses observations l'entraînent sur des chemins différents. Certes, il y a bien les sauts dans l'Histoire, mais l'auteur découvre aussi autre chose. Il va plus loin que la simple conclusion que les pays vivent en même temps à des époques différentes et que les plus en retard sont sur le même chemin que les plus en avance.
    Cela est vrai, mais cela ne retrace pas l'ensemble des observations de l'auteur, observations glanées sur le terrain, comme à son habitude.
    En voyage sur les frontières, l'auteur décrit un «McMonde» et des tribus. Le McMonde c'est évidemment le système de valeurs tel qu'il se propage à partir des Etats-Unis. Les tribus, ce sont aussi évidemment des systèmes de valeurs dissidents du McMonde.
    Le chapitre sur l'Irlande vaut son pesant de... terrorisme. Malicieusement, l'auteur observe l'inextinguible et tout aussi irrationnelle opposition des deux «tribus» d'Irlande du Nord, la Catholique et la Protestante. La bataille dure depuis 800 ans, alors qu'entre l'Irlande du Sud et celle du Nord «colonisée» par Londres et ses protestants, nul n'a pris la peine de marquer la frontière. Pour rester tribus, les tribus et leurs chefs entretiennent des mythes. Supprimer les chefs ne servirait pas la cause de la paix, puisque, augure l'auteur, d'autres chefs se lèveraient: la chefferie est une assurance de revenus. Le soir, pour se distraire, des jeunes jouent du «rock celtique»: l'esprit tribal n'exclut même pas l'appartenance au McMonde!

    L'Etat existe-t-il?


    Guy Sorman avait fait partager à ses auditeurs, lors de sa conférence organisée par L'Economiste et l'Association 2020, quelques-unes de ses observations sur l'Etat. Il s'agissait d'observations de terrain, encore une fois. Il était attaché au cabinet de M. Juppé, alors premier Ministre français. Déjà, à Casablanca, Sorman se demandait si l'Etat existait vraiment. En guise de plaisanterie, un de ses interlocuteurs marocains lui avait répondu que l'Etat existe, sinon pourquoi aurait-il autant de serviteurs? Mais la plaisanterie en était-elle vraiment une?
    Dans l'épilogue de son nouveau livre, qui n'a pas grand-chose à voir avec le contenu, Guy Sorman repose cette question. Et la réponse fait froid dans le dos: «Ce que nous appelons Etat n'est la plupart du temps que l'addition des intérêts des bureaux et de la clientèle de chacun d'eux».
    Et l'auteur de proposer un «Etat de métier», décentralisé, modernisé dans ses responsabilités. Il relie fortement l'Etat avec la culture de la société: «l'Etat est de son temps, de son lieu, de sa civilisation», note-t-il en rejetant l'idée de modèle idéal. L'Etat sera-t-il le sujet du prochain livre de Guy Sorman?

    Nadia SALAH




    Retrouvez dans la même rubrique

    • SUIVEZ-NOUS:

    • Assabah
    • Atlantic Radio
    • Eco-Medias
    • Ecoprint
    • Esjc