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    Politique Internationale

    Touristes à Marrakech : Harcèlement, coups de poing et indifférence

    Par L'Economiste | Edition N°:227 Le 25/04/1996 | Partager

    Le repli sur soi et l'indifférence gagnent ainsi du terrain entraînant la banalisation des agressions dans les rues. Le danger plane en permanence sur la sécurité individuelle. Histoire d'un "fait divers" survenu à Marrakech.


    Marrakech, vendredi 12 avril. Le boulevard qui mène à la place Jamaâ el Fna grouille de monde en ce début de soirée, comme pratiquement tous les jours. Touristes étrangers et nationaux reviennent ou s'acheminent vers cette fameuse place de distraction mais aussi de shopping. La routine pour un habitué des lieux.
    Pourtant, un "fait divers" attire notre attention. A hauteur du Club Med, deux jeunes femmes américaines originaires de Pennsylvanie, d'après leurs explications (l'une des deux se débrouillait assez convenablement en arabe), marchent côte à côte avec un jeune homme, haut de taille, habillé d'un jean noir et d'un gilet de même couleur sur un tee shirt blanc. A première vue, nous(1) pensions qu'il s'agissait tout juste de ces fameux faux guides ou d'un petit "Don Juan" qui cherchait une compagne.

    La scène se transforme subitement en un petit scandale. Econduit, le jeune homme se détache subitement en grommelant quelques mots, non sans tirer légèrement quelques mèches de cheveux de l'une des deux femmes. Celle-ci le rejoint sur la chaussée. Une discussion rendue plus ardue par la barrière de la langue s'engage. Les faits se sont passés très vite. La jeune femme tente de se faire justice en balançant quelques coups dans l'air.
    La surprise passée, le jeune homme répond par un violent coup de poing sur la figure et fend la foule des promeneurs en courant. La femme fond en larmes et essaie de retrouver ses lunettes. Son amie toute aussi surprise tente de la réconforter. Nous nous approchons du petit attroupement qui s'est aussitôt formé et insistons pour l'accompagner au poste de police situé juste à côté de la place.
    Arrivés sur les lieux, l'agent de garde nous signifie tout de suite que ce bureau n'est pas chargé d'enregistrer les plaintes et qu'il faut s'adresser à la permanence. En cours de route vers ce commissariat, la victime, complètement dépassée par les événements, se désiste et décide de rejoindre son hôtel malgré nos encouragements.

    Un coup contre le tourisme

    L'histoire est peut-être banale. C'est un fait de tous les jours qui peut arriver à "monsieur ou madame Tout-le-monde". D'ailleurs, des femmes ou des hommes sans défense se font agresser continuellement dans les rues au mépris des passants. Les enseignements qu'il faut en tirer sont cependant intéressants. Ils sont de deux ordres.
    La première porte sur la démission face à une agression dont est victime une tierce personne. La déliquescence des valeurs sociales comme la solidarité est donc certaine. Tout le monde se montre indifférent de peur, peut-être, de s'attirer des ennuis. Est-ce la solution contre les dérapages?
    Cependant, là où le bât blesse dans cette affaire, c'est qu'une personne en moto, qui se déclare policier, même en civil, n'a pas jugé nécessaire de poursuivre l'agresseur.
    Second point: cet acte est un coup contre l'hospitalité marocaine en général et le tourisme en particulier, au moment où renaît une volonté de réhabiliter un secteur vital pour l'économie, mais moribond depuis quelques années en raison notamment de l'optimisme béat des pouvoirs publics, du professionnalisme déficient des promoteurs et des bataillons de faux guides. Le harcèlement est certes de moins en moins important à Marrakech. Cependant, le mal persiste. Les brigades touristiques dont on a souvent parlé au Ministère du Tourisme sont-elles réellement en place?

    Alié Dior NDOUR & Mohamed BENABID
    _____________________________________

    (1) Il s'agit de Mohamed Benabid et de Alié Dior Ndour, auteurs du présent article et qui se trouvaient en reportage à Marrakech sur un autre sujet.

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