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    Economie

    Textiles : L'Europe mène le bal

    Par L'Economiste | Edition N°:298 Le 02/10/1997 | Partager

    La Conférence internationale de la Fédération Internationale des Industries Textiles qui s'est déroulée à Marrackech a montré que ce sont les Européens qui mènent la danse dans le domaine de l'habillement. Tous les thèmes se référaient à l'Union Européenne.

    La Fédération Internationale des Industries Textiles (Interna-tional Textile Manufacturers Federation, ITMF) a assurément eu une idée lumineuse en organisant la 18ème édition de sa Conférence annuelle au Maroc. Cette manifestation, qui s'est déroulée du 28 septembre au 1er octobre à Marrackech dans le cadre prestigieux de l'hôtel Mamounia,
    a intéressé 280 opérateurs internationaux du secteur de 33 nationalités différentes, auxquels se sont joints une trentaine de textiliens marocains. Il s'agit d'une tradition qui a commencé en 1966 à Londres et qui n'a raté aucune échéance. Le textilie a vécu, à l'échelle mondiale, plusieurs changements. Chaque année donc les opérateurs se réunissent pour faire le point et pour échanger leurs idées et leurs expériences.
    Il est nécessaire d'observer cependant que tout dans la Conférence donnait à penser que l'objet était de parler de l'Europe, des fournisseurs de l'Europe et des produits de l'Europe. Les thèmes ont été élaborés dans ce sens. Les Européens menaient le bal parce qu'ils sont de grands consom-mateurs, mais parce qu'également, à cause des difficultés de production chez eux, ils cherchent à délo-caliser.
    Aussi l'enjeu pour le pays hôte est-il considérable. L'occasion lui permet de réunir sur son sol en une fois les plus grands décideurs du monde textile. A charge pour lui de faire la promotion de ses produits et des opportunités d'investissement. Bien que rien n'a filtré des rencontres entre hommes d'affaires marocains et étrangers, il n'est pas exclu, selon M. Hewig M. Strolz, le directeur général de l'ITMF, que des accords aient été conclus puisque, a-t-il souligné, plusieurs contacts ont eu lieu.

    Le rush asiatique

    L'occasion ne pouvait être ratée puisque de grands décideurs étaient présents. Non seulement des Européens mais également d'autres nationalités. Les Etats-Unis étaient représentés par 29 membres, soit la plus forte délégation de la Conférence. Néanmoins, il est aussi intéressant de constater que c'est d'Asie (hors République Populaire de Chine) que sont venues les délégations les plus importantes, après celle des Etats-Unis. Une vingtaine de membres ont fait le voyage avec la délégation indienne, pays réputé dans le domaine textile. Le Japon était représenté par 15 membres, Taïwan et la Corée par 8 chacun.

    Si les Japonais et les Coréens sont très dynamiques au sein de la Fédération, c'est qu'ils ont leurs raisons. Ils ont une part à prendre dans un marché où les Etats-Unis et l'Europe sont de grands consommateurs. C'est dans ces pays que les ménages consacrent une plus grande part de leurs revenus à l'habillement. Le taux est en moyenne de plus de 6% avec des pics de 10,4% comme au Portugal. Le marché européen est très convoité. Ses importations en produits textiles sont passées de 111 milliards de Dirhams en 1990 à 133 milliards en 1996, progressant de 18%. En habillement, les chiffres sont encore plus importants et donc alléchants. L'Europe des Quinze a importé 306 milliards de Dirhams en 1996, soit 58% de plus qu'en 1990 (192 milliards de Dirhams). Enfin, et l'argument n'est pas des moindres, dans le classement (1996) par fournisseurs de l'Europe, quatre pays asiatiques figurent dans les dix premières places. Il s'agit de la Chine, premier fournisseur avec 12,1% de part de marché, l'Inde (6,8%; 3ème), Hong-Kong (5,7%; 4ème) et l'Indonésie (3,5%; 10ème). Ni le Japon, ni la Corée ne figurent dans ce classement, d'où leur assiduité.
    Les pays arabes, hors le Maroc, étaient représentés par deux délégations seulement, l'Egypte avec trois membres et la Tunisie avec un seul représentant.


    Textiles

    Maroc-Tunisie contre Pologne-Tchéquie


    La délocalisation est devenue la règle. Le tout est de savoir où s'implanter. Le Maroc figure parmi les pays les plus favorisés. Mais question de coût de l'énergie, il reste à faire. Encore une occasion pour le savoir.


    Quand les producteurs européens du textile et de l'habillement pensent délocalisation, ils ont en tête une dizaine de pays dont quatre font l'objet d'un intérêt particulier. Deux en Europe de l'Est et deux en Afrique du Nord. L'industrie textile européenne, qui s'attend à des conditions de production encore plus défavorables en Europe, ne laisse rien au hasard et étudie minutieusement toutes les possibilités. Ainsi une étude comparative a-t-elle été réalisée récemment. Elle met en compétition le Maroc, la Tunisie, la Pologne et la République Tchèque. Chacun a ses avantages et ses inconvénients, et les textiliens savent qu'ils ne peuvent pas tout avoir.
    Dans cet exercice de ben-chmarking, le Maroc n'est pas mal vu des «délocaliseurs» européens, il est même très avantagé sur bien des critères.
    Le Dr Wolf Wagner, économiste principal de Kurt Salmon Associates, a dressé un bilan comparatif entre le Maroc, la Tunisie, la Pologne et la République Tchèque, incluant une vingtaine de critères.
    Avec 2.232 heures de travail par an et par ouvrier, à 1,81 Dollar l'heure, le Maroc devance ses concurrents en termes de coût et vient en deuxième position derrière la Tunisie, où les ouvriers travaillent davantage (2,272 heures). L'avan-tage est donc pour les pays du Maghreb. Il en est autrement en ce qui concerne le transport. Selon M. Wagner, le transport vers l'Al-lemagne à partir du Maghreb (les deux pays presque ex-aequo) coûte 40% plus qu'à partir de la Pologne ou de la République Tchèque.

    C'est déjà un handicap sérieux, souligne l'intervenant, mais il est moindre que celui de l'énergie. Si le Maroc affiche presque le même prix de l'eau que les trois autres pays, il les dépasse de loin quant à l'électricité. Le kiloWatt/heure qui revient à 0,040 Dollar en Tchéquie, 0,42 en Tunisie et 0,059 en Pologne est facturé à 0,086 au Maroc (chiffres de 1996). En revanche, note M. Wagner, le Maroc est dans une meilleure position en ce qui concerne le fuel avec 206,8 Dollars la tonne contre 213 pour la Tunisie, 326 pour la Pologne et 568 pour la république Tchèque.

    Encore cher

    Pour tout ce qui est de la formation et du savoir-faire, de la tradition et de la spécialisation ainsi que de l'environnement du travail, le Maroc est jugé favorable tout comme la Pologne et la Tunisie. Quant à la République Tchèque, elle bénéficie d'un «très favorable» pour les deux premiers critères.
    Enfin, estime le Dr Wagner, comme le haut niveau de sous-traitance reflète l'existence d'une forte infrastructure textile et une grande flexibilité, le Maroc est leader avec 25% de sous-traitance contre 20% pour la Tunisie et la Pologne et 15% pour la Tchéquie.
    Le Maroc a bénéficié lors de la Conférence de l'ITMF de Marrackech d'une belle opération de promotion de la part de quelqu'un qui est venu, qui a vu et qui s'est installé sans avoir à le regretter. L'Espagnol Enrique Garran Marzana, le président-directeur général de Tavex Algodonora, SA propriétaire de Settavex de Settat, a relaté l'expérience de son groupe. Lorsqu'en 1989 il était à la recherche d'un nouveau souffle, le groupe s'est confectionné un plan stratégique sur mesure pour six ans incluant la délocalisation. Après des études portant sur plusieurs pays dont la Pologne et la Tunisie, le groupe a finalement retenu le Maroc qui offrait, selon M. Marzana, «une série de possibilités importantes comme fournisseur futur en habillement pour l'Europe et l'Afrique»: l'expérience, la proximité, la faiblesse des coûts de production et l'orientation vers la liberté du marché.

    Pour le président de Tavex, «le climat des affaires au Maroc n'est pas différent de celui des pays industrialisés», insistant sur deux aspects, à savoir les règlements des clients et «le recours aux méthodes non conventionnelles dans le business», la corruption tout simplement. Les marocains sont selon lui, meilleurs payeurs que les Espagnols, et concernant la corruption, qu'il ne peut nier, il ne pense pas que le phénomène soit aussi dramatique que les gens ont tendance à le croire.
    Certes pour le Maroc, cette expérience est une référence sérieuse. Néanmoins, les pays concurrents ont autant et parfois plus d'avantages.

    Hakim ARIF

     

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