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    Europe

    Textile-habillement : Les ambitions d'un secteur condamné à l'excellence

    Par L'Economiste | Edition N°:242 Le 08/08/1996 | Partager


    La grappe textile nourrit de grandes ambitions mais doit faire face à plusieurs problèmes. La législation du travail doit être plus souple, les marchés plus diversifiés, les procédures douanières plus rapides. Tour d'horizon avec M. Mohamed Lahlou, président de l'Amith.


    Le secteur textile possède une marge importante pour l'amélioration de ses performances, affirme M. Mohamed Lahlou, président de l'Amith et tout dernièrement président du Conseil National du Commerce Extérieur (CNCE). La stratégie de la grappe textile permettrait aux entreprises de gagner jusqu'à 25% de compétitivité à condition que les efforts de tous les intervenants convergent dans ce sens. M. Lahlou vise la réduction du temps de dédouanement à 24 heures, ce qui est, concède-t-il, un objectif ambitieux. Cette question revêt une importance capitale à un moment où les marchés s'acquièrent et se maintiennent par le respect des délais. Pour le président de l'Amith, dans le contexte actuel, tous les produits sont périssables. En plus de la péremption physique des fruits et légumes, il faut ajouter la péremption économique: un produit qui n'arrive pas à temps rate son entrée sur le marché et ne se vend plus. Les transports sont également importants dans ce domaine et c'est pourquoi les directeurs des compagnies de transport, air, mer et rail sont membres du CNCE. Il s'agira de trouver en concertation avec eux des modalités pour réduire les coûts et assurer aux entreprises des conditions de livraison meilleures.

    La retraite à 55 ans


    Les entreprises du textile-habillement souffrent encore des prix élevés des tissus de base. Dans ce sens, deux solutions peuvent être étudiées: encourager l'implantation d'une industrie de base en collaboration avec des opérateurs étrangers et prospecter des sources d'approvisionnement autres que les pays d'Europe. C'est actuellement chose possible puisque le libre-échange autorise désormais les entreprises marocaines à choisir leurs fournisseurs. Or, des opportunités existent avec les pays d'Asie qui affichent des prix très intéressants pour les industries marocaines.

    Les travaux de la grappe textile porteront également sur la législation du travail qui constitue aux yeux des industriels l'un des handicaps majeurs de la compétitivité. Le marché du travail doit être plus flexible de sorte que les industries puissent s'adapter à la conjoncture. Par ailleurs, le Smig n'a plus de raison d'être, sinon d'encourager les entreprises à privilégier le travail informel et à frauder davantage. La retraite à soixante ans constitue aussi un problème dans la mesure où les personnes âgées restent réticentes devant toute formation. Or les entreprises doivent se moderniser. La modernisation ne concerne pas uniquement les moyens matériels mais aussi et surtout les ressources humaines. Les jeunes diplômés sont mieux réceptifs à la formation continue et peuvent donc s'adapter continuellement aux conditions de production qui, à leur tour, doivent suivre l'évolution du marché. La formation permet aux salariés également de se reconvertir plus facilement. Une retraite à 55 ans serait selon M. Lahlou une décision judicieuse.

    Les syndicats doivent évoluer


    Les syndicats ne jouent pas le jeu de la compétitivité et leurs revendications ne sont pas en phase avec la période actuelle. C'est la formation, souligne-t-il, qui doit être la revendication principale, car c'est elle qui détermine le niveau de rémunération de l'employé. D'autre part, en cette période de chômage, il faudrait se préoccuper plus des sans-emploi, car ceux qui en ont doivent être considérés comme privilégiés. Le dernier rapport publié par la Ligue de Défense des Droits de la Femme constitue à ce titre un exemple de revendications déplacées. Sans en critiquer le contenu, M. Lahlou précise cependant que les ouvrières qui ont fait l'objet de l'enquête ont un travail et qui plus est n'ont aucune formation. Elles sont donc gagnantes puisqu'elles sont formées au sein de l'entreprise. Les ouvrières qualifiées et spécialisées sont fortement demandées par les entreprises du textile-habillement, ce qui conforte l'importance de la formation.

    En plus des entraves législatives, le secteur subit les effets de la forte concentration des exportations sur quelques marchés européens. Encore, précise M. Lahlou, que la plus grande part des exportations se font sur la France (plus de 70%) et plusieurs pays européens restent ignorés par les industriels marocains.

    Or, le marché de l'UE connaît une faible croissance, sinon une stagnation. Le travail à faire, au sein de la grappe textile-habillement, consiste à entreprendre une double diversification: diversification géographique, en focalisant les efforts sur des marchés à forte croissance, tels que les pays asiatiques d'une part et diversification de la production, d'autre part, en recherchant les produits à forte valeur ajoutée. Il existe des niches à fort potentiel que le textile et l'habillement marocains peuvent occuper en Europe et dans d'autres pays.

    Hakim ARIF


    Le textile marocain face à ses marchés

    Sous-consommation en Europe et pléthore de l'offres


    En Europe, 1995 n'a pas été une année faste pour le secteur textile. Cause: Une baisse presque généralisée de la consommation. Or près de 80% des exportations marocaines vont à l'Union Européenne. La situation est actuellement difficile mais les perspectives restent intéressantes.


    En 1994, l'activité textile internationale avait connu un regain d'activité en Europe, les importations ont enregistré une hausse de 10% par rapport à 1993, se situant à 37,9 milliards d'Ecus. En 1995, les fournisseurs de l'UE n'ont pas eu la même chance. L'Europe n'a augmenté ses importations que de 1,6% à 38,5 milliards d'Ecus dont 26,5 milliards pour l'habillement et 12 milliards pour le textile. Mais c'est surtout pour l'habillement que la situation est préoccupante.

    A l'exception de l'Italie et du Portugal, tous les autres pays de la région affichent de faibles performances. En France, la baisse est qualifiée de catastrophique à telle enseigne que le gouvernement français a décidé de réagir à la dégradation de la situation des entreprises du secteur en mettant en place un plan de soutien étalé sur deux ans. Le Plan Borotra, du nom du ministre français de l'Industrie, prévoit la réduction des charges des entreprises contre un effort supplémentaire dans le domaine du social. Il concerne, en plus du textile et l'habillement, les industries du cuir et de la chaussure. C'est la riposte française aux dommages causés par les dévaluations de certaines monnaies dont la Lire. La dévaluation de cette dernière a permis aux entreprises italiennes du textile de réaliser des gains de productivité de 20%. Pour la France, le Plan est censé générer des gains de compétitivité de l'ordre de 12 à 13%.

    Tout le monde vise l'Europe


    Si la France préoccupe les stratèges du secteur textile marocain, au même titre que l'Allemagne, c'est parce que ces deux pays représentent près des trois quarts du volume importé par l'UE en provenance du Maroc. Le moindre frémissement sur ces deux marchés se répercutera dans de grandes proportions sur l'activité textile-habillement du Maroc. Le secteur est donc fortement dépendant de la conjoncture interne de ces deux pays.

    Cette vulnérabilité est accentuée par la forte concurrence qui prévaut sur ce marché. Les vêtements qui y sont écoulés viennent de tous les continents et quelques pays en prennent une large part: La Turquie avec 12% est le pays le plus présent avec 12% de part de marché. La Chine suit de très près avec 11%. Les pays de l'ex-bloc socialiste montrent eux aussi des signes de combativité sur le marché européen. Résultat: des taux de pénétration en hausse. Le Belarus progresse de 64%, la Lituanie de 57%, la Lettonie de 45%, l'Ukraine de 28% et la Bulgarie de 21%. Quant au Maroc, il est en septième position avec 5% du marché. Il a exporté pour 1,6 milliard d'Ecus pour l'habillement, soit 9,5% de mieux qu'en 1994 et 100 millions pour le textile, progressant de 8%.

    Avec un chiffre d'affaires à l'export, en 1995, de 12,9 milliards de Dirhams, l'activité textile-habillement a signé une progression de 8% par rapport à 1994. Les importations se sont élevées, durant la même année, à 5,2 milliards de Dirhams, ce qui laisse un solde extérieur positif de 7,7 milliards de Dirhams. Néanmoins, la tendance générale cache la situation contrastée des différentes branches et entreprises du secteur. Si les exportations de couvertures ont doublé en valeur en 1995, (de 36,5 millions de Dirhams en 1994 à 73 millions en 1995), pour les vêtements confectionnés, elles ont baissé de 4,3% en valeur et de 14,7% en volume. Sur dix-huit produits exportés, sept ont enregistré des baisses en valeur et 11 ont reculé en volume. Ceci explique que 4 produits ont été sauvés uniquement par l'augmentation des prix et non par une expansion du marché.

    Présent difficile et futur flou


    Le présent n'est donc pas aux réjouissances. Néanmoins les perspectives semblent optimistes. Les analyses de la Banque Mondiale, citées par "Textile Info", le bulletin bimestriel de l'Amith, prédisent une expansion du textile-habillement grâce à de nouveaux marchés et à de nouvelles technologies.

    Le Maroc pourrait bénéficier des délocalisations des activités traditionnelles d'habillement de l'UE qui prévoit des réductions d'emplois de l'ordre de 850.000 postes.

    Selon l'Amith, des sous branches dynamiques, en terme de valeur ajoutée et d'export, pourront réaliser des performances intéressantes. Il s'agit de la fabrication de vêtements sur mesure, de l'industrie du coton et des fibres courtes, de la bonneterie et de la lingerie-chemiserie. Le finissage, les vêtements de dessus et de travail, les industries des fibres végétales et des filaments synthétiques et artificiels connaîtront une progression importante, bien que leur contribution, en valeur aux grandeurs économiques du secteur, restera modeste. En revanche, un développement modéré sera enregistré dans les industries de la laine et des fibres longues.

    H.A.

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