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    Sucre : Les marges, les prix tout est fixé par l'Etat

    Par L'Economiste | Edition N°:144 Le 08/09/1994 | Partager

    L'autosuffisance en matière de sucre, objectif proclamé, n'est toujours pas atteinte. Les faibles rendements agricoles et le carcan administratif gênent la croissance du secteur. La libéralisation du secteur et la privatisation des unités détenues par l'Etat visent une plus grande efficience.

    En 1963, le Maroc adopte un plan sucrier visant à assurer son autosuffisance dans un produit jugé stratégique. Avant cette date, la totalité des besoins étaient importés. Seul le raffinage était assuré par la Cosumar, la Camsa à Tétouan et le défunt OIM ou "Unité Chentouf" fermé en 1982.

    Fin 1993, les efforts déployés tant en investissements qu'en "soutien" ont permis d'atteindre un taux de couverture des besoins de 66%. Une étude du secteur sucrier, réalisée pour le compte du Ministère de tutelle, démontre que ce taux aurait pu être porté à 85% "moyennant certains aménagements" : amélioration de la productivité agricole et... assainissement dans certaines unités.

    Défaut de sanction économique

    Le sucre considéré comme produit stratégique, parce qu'il "intervient pour une grande part dans la consommation des ménages à faible pouvoir d'achat", fait l'objet d'une réglementation globale. Toute la filière sucrière est réglementée.

    Les ORMVA encadraient jusqu'en 1990 toutes les opérations de culture et de récolte de betterave ou de canne à sucre. Les sucreries ont pris le relais depuis cette date. Les agriculteurs ont un lien contractuel avec les sucreries de leur région.

    Celles-ci assurent l'achat et la distribution des semences des produits phytosanitaires et des engrais. La facture d'eau reste gérée par l'ORMVA. Une fois la campagne terminée, les sucreries paient les agriculteurs en déduisant leurs dépenses et celles des ORMA pour les factures d'eau.

    Le prix de la tonne de betterave livrée est fixé par l'Etat. L'un des reproches formulés à l'encontre de ce système par les agriculteurs est qu'il ne tient aucun compte de la teneur en sucre de la betterave livrée. C'est l'un des freins au développement de la productivité agricole.

    Le reste de la filière est aussi réglementé sinon plus. Des conventions lient les sucreries à l'Etat. Chaque sucrerie a son propre prix de rémunération.

    En fonction de ses charges, l'Etat lui fixe annuellement un "prix de sortie" jugé en rapport avec ses coûts, et c'est ce prix-là qui est facturé aux raffineries. Ces dernières ne sont pas exclues de la générosité budgétaire. Elles ont une marge de raffinage fixée elle aussi par unité. Ce système complexe a remplacé une formule de péréquation tout aussi absconse. Ce système crée des situations de "rente". Les opérateurs à tous les niveaux sont assurés d'une rentabilité quelle que soit leur gestion. Il n'est pas sûr que ce soit au profit de la majorité des consommateurs.

    Le prix du marché en cas de déréglementation ne peut être apprécié avec des paramètres de "gestion assistée".

    Une libéralisation sous surveillance

    Ce carcan réglementaire est remis en question et l'Etat cherche à se désengager de ce secteur, sans pour autant renier les objectifs des 30 dernières années : autosuffisance et prix "soutenus".

    Sur le plan industriel, ce désengagement est assuré par la privatisation pour "dynamiser le secteur". La libéralisation du secteur est, elle, plus délicate à cause des deux objectifs cités plus haut. L'Etat tient à garder un oeil sur ce secteur. Selon une note sur le secteur préparée par le Ministère de la Privatisation, les axes retenus pour cette libéralisation seraient :

    - pour les raffineurs et les industriels : fixation d'un prix de référence du sucre brut à l'importation assorti d'un système de prélèvement/restitution ;

    - les prix à la consommation seraient déduits de ce prix de référence en ajoutant une marge "de transformation" ;

    - les industriels recevraient un forfait pour chaque unité vendue réellement sur le marché.

    Le système de subvention à la consommation serait donc maintenu. Mais les unités industrielles seraient en face d'un "prix butoir" et devraient être gérées pour dégager des résultats en fonction de ce prix. Le système paraît plus judicieux sur ce point : la gabegie sera sanctionnée économiquement, ce qui n'est pas le cas aujourd'hui.

    L'appareil productif actuel est à même de réussir le passage.

    Les sucreries privées "gagnent bien leur vie". Le Maroc dispose de 6 sucreries de sucre brut couvrant 50% des besoins des raffineries et de 7 sucreries-raffineries. Le Gharb, le Loukkos, les Doukkala et le Tadla sont les régions de prédilection de la culture sucrière. Les 2 sucreries des Doukkala appartiennent à l'ONA. Les autres sont privatisables. M. Saaïdi penche pour des cessions groupées : dans chaque région, les sucreries et les raffineries cédées ensemble permettraient le maintien d'un outil intégré.

    J.B.

    30 kg par habitant et par an

    L'amélioration du niveau de vie n'a pas influé sur la consommation de sucre. Si le pain et le thé ne constituent plus le repas du pauvre, si, selon les chiffres officiels, la misère a reculé, la consommation du sucre, sur une longue période, "colle" au taux de progression démographique: 2,5%

    Pourtant les études du Ministère de tutelle démontrent une élasticité importante au prix. La demande serait très sensible à la variation du prix à la consommation mais "sur une courte période". La consommation moyenne est figée entre 29 et 30kg par habitant et par an.

    La consommation a atteint, en 1990, 756.000 tonnes. La consommation "directe" a atteint 609.000 tonnes. Cette appellation regroupe le thé et les autres boissons chaudes.

    L'usage industriel n'a "consommé" que 140.000 tonnes. Le thé à lui seul aura fait fondre 491.000 tonnes. Le produit final peut prendre 4 formes : pains, lingots, morceaux et granulés. Le fameux "kaleb" a toujours la préférence des consommateurs : 395.000 tonnes, soit 52,25% du total. Le granulé vient en seconde position, il est utilisé pour la pâtisserie essentiellement et représente 36,5% du total de la consommation.

    Morceaux et lingots ne représentent à eux deux que 21 % de la consommation. A ce niveau-là aussi, les chiffres confirment une certaine rigidité, les morceaux plus pratiques n'ont pas supplanté le pain et son cérémonial de "casse" avant de confectionner le thé.

    La structure de la production fait une distinction entre le sucre brut et le sucre blanc. Ce dernier ne nécessite pas de raffinage, il est produit par 7 sucreries: Zemamra, Sucrafor, Sunabel, Sunab, Suta, Surac et Sucral. La production a atteint 229.000 tonnes en 1990.

    Le sucre brut local produit par 6 sucreries (Doukkala, les 2 Sunag, la SUBM, la Sunat et Sunacas) a atteint 267.000 tonnes auxquelles il faut ajouter 277.000 tonnes importées par l'ONTS. Raffinés, ces 544.000 tonnes ont donné un produit final de 521.000 tonnes.

    Les campagnes sucrières s'étalent sur 60 à 75 jours en moyenne. Betterave et canne à sucre présentent une particularité : elles sont hautement périssables et doivent être "traitées" immédiatement après la récolte.

    L'organisation de ces campagnes par les sucreries est sujette à de fortes critiques de la part des agriculteurs.

    D'ailleurs, les surfaces cultivées sont en régression ces dernières années. En 1992 seuls 6.979 hectares ont été semés dans le périmètre du Tadla contre 9.179 en 1991.

    Betteraves: Une mécanisation problématique

    Le rendement à l'hectare pour les cultures de betteraves dans les périmètres irrigués est inférieur à 50 tonnes l'hectare. En France, ce rendement est de l'ordre de 70 tonnes l'hectare. La marge de progression est donc de 30 à 35%. Les techniques utilisées sont rudimentaires et uniformes malgré la différenciation des sols et des micro-climats.

    Mis à part les travaux du sol et dans une moindre mesure, l'arrachage, toutes les autres opérations culturales sont effectuées manuellement. Autrement dit et compte tenu de l'exigence particulière de la betterave à sucre en travaux, les agriculteurs sont toujours dans l'obligation de faire appel à une main-d'oeuvre non qualifiée, source de réduction de la productivité.

    Le retard dans la mécanisation a été aggravé par le désengagement des officies régionaux de mise en valeur. Ceux-ci apportaient une aide multiforme aux agriculteurs. Depuis 1990 ils n'assurent plus que le conseil technique.

    La mécanisation bute sur deux éléments essentiels :

    - l'émiettement du foncier : la propriété moyenne se situe aux alentours de 0,8ha dans le périmètre des Doukkala par exemple ;

    - la mécanisation est liée à l'introduction du monogerme. Semence plus chère mais qui permet un rendement meilleur tant au niveau des plants qu'en teneur en sucre.

    Et surtout le monogerme est indispensable à la mécanisation parce qu'il assure la "régularité" des différents plants et donc facilite le travail des machines.

    Les agriculteurs disposant d'un patrimoine foncier aussi réduit ne peuvent mécaniser leur activité par leurs propres moyens quels que soient les retombées attendues.

    L'investissement est trop lourd et son amortissement irréalisable. L'approche coopérative est vite abandonnée vu l'échec des expériences passées.

    L'Etat ayant décidé de se désengager, le blocage pointait à l'horizon. Mais une expérience pilote est en train de prendre forme dans les Doukkala : la création d'une société de service qui prendrait en charge la mécanisation de l'activité.

    Elle assurerait tous les travaux mécanisés contre rémunération. Pour faciliter de financer ce service et de le considérer comme les autres imputs défalqués lors du règlement de la récolte. Reste le coût des semences monogermes à négocier.

    Cette approche de la mécanisation permettrait, en cas de réussite, l'augmentation des rendements tant quantitatifs que qualitatifs. La teneur en saccharine baisse régulièrement de 18,9% en 1970 elle est passée à 15,8% en 1987.

    Mais les agriculteurs mettent en cause le système de fixation du prix. La tonne de betterave est rémunérée de la même manière quelle que soit la teneur en saccharine. Ce qui n'est pas un encouragement à la qualité, les agriculteurs n'ayant aucun intérêt à augmenter leurs charges pour obtenir un produit meilleur qui sera de toutes les façons payé au même prix. Les surfaces semées se réduisent parce que d'autres spéculations permettent un meilleur rendement. Le seul moyen de pérenniser la culture de betteraves est de la mécaniser.

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