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    Entreprises

    Stan Shih n'est pas un "moi aussi" : Le management vu par un self-made man taiwanais

    Par L'Economiste | Edition N°:237 Le 04/07/1996 | Partager


    Il sourit à la une du Business Week. Stan Shih, PDG d'Acer, parle des affaires comme d'un combat de kung-fu: il faut gagner ou s'allier, manager ses forces, ses troupes. Et toujours rester humble.


    "Si tu ne peux les battre, rejoins-les". Ce n'est pas une maxime de Confucius ni une citation de Mao-Tse-Tong, c'est le credo de Stan Shih, président d'Acer. Aujourd'hui, les grandes batailles des Chinois ne se font plus entre seigneurs ou chefs révolutionnaires; elles ont lieu sur le terrain des affaires et de la technologie, et les patrons de Taiwan, Hong-Kong et même Shanghai trouvent quelques belles formules imagées pour galvaniser leurs troupes.

    Ainsi, Stan Shih, arrivé en 7ème position mondiale du micro-ordinateur, a compris qu'il ne pourra battre les IBM, Compaq ou Packard-Bell. Alors, il les rejoint, fabrique pour eux des écrans (c'est le 3ème mondial), des lecteurs de CD Rom, des portables, adapte les logiciels de Microsoft pour les centaines de millions de Chinois dont lui seul connaît la langue et la culture.

    Mais ils ne perdent rien pour attendre. "L'activité informatique est un match de boxe sans fin, chaque trimestre est un round", tant la technologie et les données prix évoluent rapidement! Alors les directeurs entrent sur le ring mondial avec les consignes du coach: "Pour grignoter des parts de marchés, gagnez à chaque round pour être plus fort. Sinon, économisez vos forces", autrement dit, sécurisez votre trésorerie, préparez de nouveaux produits, investissez dans la RD Mais si vous avez gagné un round, et que vous en avez perdu des forces, la stratégie n'est pas correcte. L'échec n'est pas tabou, et la sagesse impose à un manager l'humilité d'en parler. Avec le temps, l'échec appartient à la culture de l'entreprise. C'est son expérience, sa ressource", explique Stan Shih dans un livre "Me too n'est pas mon style", pas encore traduit en français. Le titre réfute la fameuse stratégie marketing de "me-too" ou "moi aussi", qui consiste à suivre le leader d'un marché dans toutes ses initiatives de produits de communication, de prix.

    Quelque chose de rien


    Puisqu'il ne faut pas suivre, il faut innover. Et là encore, une bonne formule s'impose: "innover, c'est créer quelque chose à partir de rien".

    A l'Université de Taipei qui démarrait avec 70 étudiants, il crée un club de photos et de ping-pong. Il faut bien un début au sens de l'initiative. Il en sort ingénieur électronicien et se dirige naturellement vers la recherche-développement, dans un pays encore pauvre, mis au banc des nations par la reconnaissance de la Chine Populaire. En ce début des années 70, l'innovation, c'est les montres et les calculatrices électroniques. De grandes prouesses technologiques auxquelles Stan Shih participe en tant que salarié dévoué. Heureusement, l'entreprise où il travaille s'écroule. Il en tire quelques leçons pour les entreprises familiales: toutes, de la Méditerranée à la Mer de Chine, sont sous-capitalisées. Leur capital n'est qu'un crédit à court terme du patron-propriétaire pour des emplois à long terme.

    Pas étonnant qu'elles s'étouffent sous les crédits. La seule habileté financière, est d'utiliser l'effet levier.
    "Il vaut mieux perdre le contrôle d'une entreprise qui gagne de l'argent que le garder dans une entreprise qui en perd", dit Stan Shih qui gouverne Acer avec ses 10%. Autre erreur des PME: elles négligent leur personnel, croyant que le seul atout est leur main-d'oeuvre. Stan Shih croit comme Rousseau que l'homme est fondamentalement bon et qu'il faut l'encourager.

    Comme il en dirige 15.000, il en propulse de très jeunes aux postes de direction. Et ce sont des "golden boys" de 30 ans qui dirigent qui une région qui un produit. Une longue expérience n'a d'ailleurs pas de sens, dans des technologies récentes, éphémères. Si ces jeunes gens sont considérés comme bons, ils sont considérés comme plaçant leur intérêt personnel au-delà du groupe. C'est naturel, et il faut gérer la tendance. Il n'y a que les étrangers qui croient que tous les Asiatiques sont dévoués corps et âme à leur patron. Pas de place ici pour la démagogie et les envolées lyriques sur "les valeurs partagées" et le dévouement. Il n'y a que les intérêts partagés qui font les entreprises fortes.

    Même au niveau international, il n'y a justement que l'intérêt commercial qui maintient l'île en relation avec les autres pays.
    Stan Shih estime d'ailleurs que la meilleure décision politique pour les affaires est qu'il n'y ait pas de décision. Laisser-faire, laisser-passer, c'est bon pour devenir dragon.

    Le pouvoir politique de Taipei l'admet et laisse ses entrepreneurs de choc remplir ses caisses de devises, les plus fortes réserves au monde. A force, Stan Shih et d'autres sont devenus plus célèbres que Tchang Kai Tchek, Times et Business Week.
    Ces entrepreneurs ont pris la relève des politiques pour tenir les discours, parler à la foule, devenir des leaders.

    Stan Shih harangue ses 2.000 représentants, croise le fer avec 60 journalistes internationaux pendant des heures, sur l'avenir du micro-processeur ou du jeu éducatif. D'ailleurs, il offre les premières pages de son livre à l'un d'eux qui écrit pour lui: "Stan Shih était timide, mauvais dans les relations sociales et n'avait aucune ambition quand il était jeune. Il n'y a jamais eu qu'un signe de ses capacités managériales: sa capacité d'apprendre".


    L'innovaleur


    Comme la France s'approprie le label "luxe" et l'Italie le design, Taiwan veut se donner une nouvelle étiquette, c'est "l'innovaleur", ou valeur ajoutée grâce à l'innovation. Le "Made in Taiwan" sera changé par le "très bien fait à Taiwan" (It's very well made in Taiwan). Avec 14,3 milliards de Dollars de chiffre d'affaires dans la technologie, l'île refuse même le "miracle" que lui attribue l'étranger. Le dragon estime qu'il a bénéficié de l'expertise des dirigeants nationalistes et des hommes d'affaires qui ont fui Mao. L'entrée dans l'industrie s'est faite certes sur la base de coûts de main-d'oeuvre bas, mais il fallait respecter les spécifications techniques et les designs compliqués des donneurs d'ordre.

    En commençant ainsi et par la sous-traitance, les Taiwanais ne concevraient pas les produits mais les process. D'où la nécessité d'innovation pour réaliser le bon produit commandé à bon prix. A force, le pays a développé son infrastructure, sa RD et une technopole sur des centaines d'hectares, pleine d'usines et de labos de recherche.

    En parallèle, les salaires s'élevaient, la monnaie s'appréciait il fallait abandonner les jouets et les gadgets aux pays de main-d'oeuvre. Taiwan s'est mis à délocaliser aux Philippines et même en Chine Populaire qui lui est si hostile, y investissant des milliards de Dollars.


    Acer au Maroc


    Macsi est l'importateur "unique et officiel" d'Acer au Maroc. L'entreprise a été créée en 1988 par les frères Jean-Michel et Stephane Dahan. Celui-ci, ingénieur informaticien, était sur le chemin de Taiwan pour chercher une carte. Il tombe par hasard sur un article sur Acer, dans Le Figaro. A Taipei, il est reçu avec tous les égards. Le contrat de représentation est conclu. Macsi reste discret sur le nombre d'ordinateurs qu'il vend actuellement, fidèle à la tradition du secteur de "l'information". L'entreprise emploie 19 personnes dans l'importation et la distribution du matériel informatique et les services annexes, maintenance et service après-vente. Outre la gamme Acer, Macsi importe des disques durs Seagate et du matériel de réseau Dlink. Il achète localement des périphériques pour compléter son offre, directement, ou via une vingtaine de revendeurs. Dans son portefeuille figure l'OFPPT (1.500 micros Acer), l'ONCF, Sheraton, la Bourse, CFG

    Khalid BELYAZID.

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