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    Stabiliser la ponction fiscale

    Par L'Economiste | Edition N°:297 Le 25/09/1997 | Partager

    La TIC sur le charbon coûtera 600 millions de DH de plus à l'ONE. Néanmoins, l'Office persiste et signe, le prix de l'électricité pour les industriels et même pour les régies de distribution baissera. M. Driss Benhima, ministre de l'Energie et des Mines, dans un entretien exclusif, s'exprime sans réserve.

    - L'Economiste: Quel est l'impact de la production concessionnelle sur les prix?
    - M. Driss Benhima: Tant que le projet de Jorf Lasfar n'était pas finalisé, il était difficile pour les responsables de l'ONE de mesurer son impact sur les comptes. Autant nous sommes satisfaits sur le niveau des prix obtenus dans les contrats, niveau minimum, puisque le processus a été abordé à travers un appel d'offres, autant nous savons que la courbe des prix sur 30 ans est différente de la courbe des coûts telle qu'elle le serait à travers une stratégie strictement ONE. Les prix de Jorf Lasfar sont en effet supérieurs. Et ceci pour deux raisons. Les crédits obtenus pour ce contrat sont des crédits commer-ciaux de courte durée, donc plus coûteux, alors que nous avions affaire habituellement à des crédits concessionnels longue durée. A cela s'ajoute le risque de change important sur ce contrat. Nous avons favorisé avec les promoteurs une courbe des prix où les pointes se trouvent au départ. Ainsi, nous concentrons les transferts financiers en début de contrat. L'impact est loin d'être négligeable. Entre le début du processus et aujourd'hui, nous avons été alourdis de 600 millions de DH par an du fait de l'institution d'une TIC sur le charbon.
    L'objectif initial de la part des responsables de l'énergie était d'harmoniser la fiscalité.

    Ceci n'a pas été atteint, cette taxe n'ayant pas augmenté d'un litre la consommation de fuel-oil, ni diminué d'un gramme la consommation de charbon. Compte tenu des prix intrinsèques des combustibles avant fiscalité, le prix du charbon étant largement inférieur à celui du fuel, les structures de consommation n'ont pas été modifiées. En revanche, pour l'ONE cela fait 600 millions de DH à payer à partir de l'an 2000. Nous prenons en charge les risques de change et fiscaux. En dépit de tout cela, nous savons où nous allons. L'ONE va connaître des années difficiles, mais nous pouvons accepter sans trop de risque une baisse du chiffre d'affaires grâce à ses performances de gestion.
    Plus encore, nous remettrons à la disposition du secteur le plus défavorisé, à savoir le secteur industriel, les gains obtenus. Quant au retour à la vérité des prix, il impliquerait une augmentation de 40% de l'électricité sociale.

    - La hausse du cours du Dollar ne risque-t-elle pas de compromettre cet effort?
    - Cette hausse ne concerne qu'une partie du combustible de l'ONE. Nous avons augmenté nos achats en charbon, le prix étant beaucoup plus stable à travers le temps. En dépit de cette conjoncture, l'ONE, en conformité avec ses engagements, s'oriente vers une baisse des prix de l'électricité pour les industriels. La baisse des prix va concerner également les distributeurs (Lyonnaise des Eaux et régies de distribution). Elle est destinée à alimenter les marges de distribution.

    - Quelle est votre stratégie en matière d'énergie gazière?
    - Nous avons aujourd'hui avec le Gazoduc Maghreb-Europe un gaz de redevances dont les quantités à moyen terme correspondent à la consommation d'une centrale électrique. D'où l'intérêt d'utiliser le gaz en matière au lieu d'avoir l'équivalent financier. C'est une évidence.
    Nous allons travailler pour être en mesure d'avoir une centrale électrique qui utilise ce gaz de redevances. Mais les trends montrent des hypothèses différentes aggravées par l'hydrologie. Pour éviter une situation de délestage, nous devons avoir une centrale électrique capable de répondre à la demande, si la croissance de la consommation est très forte (trend le plus élevé) et si l'hydrologie est la plus basse.
    Autre scénario possible: trend de consommation le plus bas et hydrologie forte. A ce moment l'écart est très important. Nous nous équipons pour le scénario le plus optimiste, mais il faut s'attendre à ce que cette centrale, une fois construite, ne tourne pas à 100%. A ce moment nous serons dans le mauvais cas de privatisation du fait que toute la production ne sera pas consommée.
    En vue de minimiser les risques, deux actions sont prévues. D'une part, l'ONE participera au capital de cette centrale. Objectif: la moitié des dividendes produits reviendront à l'ONE avec l'engagement de l'Office de reprivatiser sa part le jour où la centrale tourne à fond. Cette intervention est uniquement financière. D'autre part, cette centrale sera installée sur le GME. Elle est prévue pour 2002 ou 2003 à Tanger.

    -Quels sont les projets dont vous êtes le plus fiers à l'ONE?
    - En ce qui me concerne, c'est l'électrification rurale, parce qu'elle répond bien à la façon dont je voyais l'ONE évoluer. Je voulais que l'Office passe d'un statut de gestionnaire industriel à celui de gestionnaire de la demande. Cette dernière comprend l'électrification. A l'instar de beaucoup d'entreprises publiques du pays, l'ONE n'avait pas suffisamment intériorisé l'environnement.
    Et le Maroc n'est pas un pays où les infrastructures doivent suivre forcément les normes, les desseins, la qualité et l'infrastructure d'un pays plus riche. Le PERG est un programme popu-laire parce qu'il impose à l'ONE de remettre les pieds sur terre. De plus, cette opération a obligé les responsables de l'ONE de s'intéresser à d'autres techniques d'électrification qu'ils ignoraient auparavant, notamment l'électri-fication décentralisée et photo-électrique. A titre personnel, l'électrifi-cation rurale m'a apporté beaucoup de satisfaction. Mais en termes de complexité et d'impor-tance macro-économique, le projet de Jorf Lasfar reste une expérience humaine et professionnelle unique et inoub-liable.


    La qualité des combustibles sur la sellette

    En privatisant la Samir et la SCP, un monopole a été créé dans le raffinage. La régulation de celui-ci pose un problème. La protection douanière est fixée à 5 ans et les spécifications des produits sont gelées sur cette période. Jusqu'à aujourd'hui, la question de la pollution n'a pas été évaluée. Aujourd'hui, il y a un facteur 50 entre le taux de pollution autorisé pour les combustibles dans notre pays et les pays européens. «Nous sommes à 1% de soufre, alors que les normes européennes qui étaient à 0,2% ne sont plus qu'à 0,02%. Il faudra remettre sur le tapis la qualité des combustibles», déclare M. Driss Benhima, Ministre de l'Energie et des Mines, du Tourisme et du Transport. Il n'en reste pas moins que les engagements de l'Etat seront respectés. Une évaluation sur l'impact de la privatisation des raffineries sur la pollution et la tenue dans le temps des moteurs marocains du fait de la mauvaise spécification des produits pétroliers a été demandée. Lorsque la raffinerie était nationale, ce problème était occulté, maintenant qu'elle est privée elle apparaît en pleine lumière. «C'est donc une bonne chose d'avoir privatisé. Nous allons chercher des angles d'attaque avec l'opérateur privé», conclut-il.

    Propos recueillis par Fatima MOSSADEQ et Rafik IKRAM

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