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    Economie

    Service public: Des recettes pour mieux vendre au privé

    Par L'Economiste | Edition N°:289 Le 17/07/1997 | Partager

    Privatisation, mise en oeuvre des concessions, télécoms; autant de points qu'aborde M. Pierre Guislain, expert international dans les techniques de la participation privée dans les infrastructures. M. Guislain est coordinateur d'un programme de la participation privée dans les infrastructures de la Méditerranée du Sud.


    L'Economiste: Que vous inspire le processus de privatisation au Maroc?
    Pierre Guislain: Il a pris du temps pour démarrer. Il n'a démarré qu'en 1993, alors que la loi a été adoptée en 1989. Aujourd'hui, nous assistons à un ralentissement dû à plusieurs facteurs. Les entreprises qui restent sur la liste sont souvent difficilement privatisables.

    - La procédure de privatri-sation est-elle à la base de ce retard?
    - Le ralentissement est en partie dû aux procédures inadaptées. L'intervention des trois groupes n'est pas nécessaire: le Ministère de la Privatisation, la Commission d'Evaluation et la Commission de Transfert. L'expérience interna-tionale a montré que, lorsque la fixation du prix incombe à une commission, elle a tendance à l'élever puisque sa responsabilité est d'assurer des ressources opti-males à l'Etat. La première action pour assouplir est de trouver une procédure plus rapide en réduisant le nombre des intervenants.
    Par ailleurs, pour les entreprises ayant une valeur nette négative, il faudra donner au Ministère de la Privatisation les moyens de les restructurer avant de les mettre sur le marché.
    Quant aux entreprises non viables, la meilleure solution est de les liquider puisqu'elles coûtent cher à l'Etat de les garder dans son patrimoine.

    - La publication de la liste des privatisables porte-t-elle préju-dice à leur valeur?
    - Je recommande une liste positive: identifier et publier la liste uniquement des entreprises à privatiser immédiatement. Environ 70 entreprises figurent sur la liste de 1989. La situation de la plupart d'entre elles s'est détériorée.

    Tirer les enseignements


    - La mise en oeuvre des concessions tarde également à voir le jour. Quel moyen utiliser pour donner un coup de fouet?
    - Les deux concessions (Jorf Lasfar et la Lyonnaise à Casablanca) ont pris trois ans pour aboutir. C'est trop long. La raison invoquée est le fait qu'il s'agisse des premières opérations. Il faudra donc tirer les enseignements de ces expériences pour que les dossiers suivants ne prennent pas plus d'un an pour se concrétiser.
    En outre, les grands projets d'infrastructure nécessitent l'association de conseil financier et juridique. Il est nécessaire de définir la stratégie du secteur et voir comment y inscrire la participation privée.
    Le projet du port de Tanger Atlantique doit être inséré dans une réflexion en vue de réorganiser l'ensemble du secteur portuaire et d'augmenter ainsi la concurrence entre les ports et au sein de chaque grand port. C'est donc toute une réflexion stratégique sectorielle qui doit précéder et accompagner chaque ouverture au privé.
    Un autre enseignement: développer le consensus pour que chaque dossier fasse l'objet de communications au Parlement, dans les médias et chez les professionnels.

    - La Banque Mondiale conseille aujourd'hui le renforcement de l'Etat. Est-ce un revirement?
    - C'est un rééquilibrage au niveau de la perception des priorités. Nous pensons que l'Etat doit s'engager au niveau de ses fonctions régaliennes. Le désengagement de l'Etat est recommandé pour les activités que le secteur privé peut accomplir de manière plus efficace et plus productive. Il n'est pas nécessaire de recourir à des fonctionnaires pour produire et vendre l'électricité. Cette activité peut être réalisée par le privé, de préférence en concurrence avec plusieurs opérateurs. Le rôle de l'Etat passe donc du rôle de producteur de services à celui de régulateur. D'ailleurs, la loi sur les télécoms appelle à la création d'une Agence Nationale de Régulation. (voir article en page 22)

    We open for business


    - Comment peut-on lever les fonds pour donner les moyens de préparer la privatisation d'Ittisalat Al-Maghrib.
    - Il y a une gamme de possibilités qui vont du Budget national aux fonds de la Commission Euro-péenne en passant par d'autres bailleurs de fonds. La Banque Mondiale est disposée à accorder un prêt si le gouvernement souhaite emprunter pour financer cette opération. Car il est très important de s'entourer de bons conseillers qui parviendront à préparer cette opération et la présenter de la manière la plus dynamique aux investisseurs stratégiques au marché des capitaux marocain et inter-national.

    - Quelles sont les étapes que doit franchir le dossier des télécoms?
    - Avec cette politique d'ouverture du secteur à la concurrence, le Maroc s'inscrit dans la tendance internationale et celle de l'UE. C'est un élément positif pour l'intégration du pays dans le cortège international. En d'autres termes, le Maroc vient d'envoyer un signal au monde: «we open for business».
    Ce signal doit rapidement être suivi de textes d'application pour préciser la manière dont le secteur sera ouvert à la concurrence, le rythme et la date de la privatisation de l'opérateur.
    La priorité devra être accordée à une série de services à ouvrir à la concurrence avant la fin de cette année: le paging, l'octroi d'une seconde licence GSM notam-ment.

    - Comment organiser tous ces chantiers d'ouverture au privé pour en optimiser les résultats?
    - Pour cela, un mécanisme institutionnel doit être mis en place afin de centraliser les expertises requises et être en mesure de les mobiliser en temps utile et ce, en vue de les mettre à la disposition des maîtres d'oeuvres.

    Propos recueillis par
    Mohamed CHAOUI


    Un programme pour déclencher la libéralisation


    LA Banque Mondiale et la Commission Européenne ont lancé depuis un mois un programme conjoint destiné à encourager les pays du Sud de la Méditerranée à ouvrir le secteur des infrastructures à la participation privée et à la concurrence. La coordination est confiée à M. Pierre Guislain, économiste et juriste ayant démarré sa carrière à la Banque Mondiale en 1983. Ce programme-test se veut flexible et démarre modestement avec une enveloppe de 1,5 million de Dollars, soit environ 15 millions de DH. «L'idée est d'utiliser ce programme comme catalyseur pour déclencher d'autres initiatives qui seront financées par les fonds MEDA ou par la Banque Mondiale dans ses opérations normales», explique M. Guislain.

    Celui-ci dispose d'un délai de deux ans pour réussir à canaliser le conseil vers les pays de la Méditerranée et permettre ainsi de faciliter ce processus de libéralisation et de participation accrue du secteur privé. L'auteur de «Les privatisations» (1995) et «The Privatization Challenge» (1997), deux ouvrages édités par la Banque Mondiale, est pour l'heure au stade du tour de piste. Objectif: explorer et identifier les pays où l'intervention de ce programme conjoint aura plus de retombées positives.
    «C'est la demande qui détermine la priorité du programme de mon travail, dit-il. Le Maroc figure sur la liste des pays potentiellement intéressés». Le coordinateur, expert international ayant travaillé essentiellement pour des pays en transition, a pris contact avec plusieurs responsables marocains pour déterminer si l'ouverture du service public à la concurrence présente «un intérêt réel». D'autres pays de la région figurent dans son agenda. «La Tunisie, l'Egypte, la Jordanie, le Liban et la Palestine sont autant de pays où la privatisation et l'ouverture du service public au secteur privé sont des activités naissantes et croissantes».
    Ce programme vise l'ensemble des infrastructures, mais c'est le secteur des télécoms qui semble le plus mûr. M. Guislain estime que le besoin de réformes portuaires s'avère pressant dans la région.

    Mohamed CHAOUI

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