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    Salon International de l'Edition et du Livre : SIEL: Les éditeurs attendent une bouffée d'air

    Par L'Economiste | Edition N°:148 Le 06/10/1994 | Partager

    A quelques semaines du 5ème Salon International de l'Edition et du Livre, qui se tiendra du 11 au 20 novembre prochain dans le cadre de l'OFEC à Casablanca, les éditeurs s'activent et s'interrogent sur sa portée. Trois maisons d'édition, Eddif-Maroc, Le Fennec, Wallada, apportent leur témoignage.

    La préoccupation actuelle des maisons d'édition se situe peut-être plutôt autour de la préparation du Prix Atlas, qui sera décerné en décembre prochain, et couronnera un ouvrage de littérature (roman, nouvelle) ou de poésie. Parmi les favoris, Madame Chaouni (Le Fennec) prévoit deux titres qui doivent être publiés ce mois, dont "La troisième fête d'Ismaïl, Chronique algérienne" d'un auteur-femme, Algérienne, qui garde l'anonymat. Wallada retient surtout un ouvrage récemment paru, en juillet dernier, "Rivières profondes", recueil bilingue de poésies populaires berbères, rassemblées et traduites par Michaël Peyron. Quant à Retnani (Eddif-Maroc), il propose, parmi cinq titres, ce qui sera, dit-il, le "best-seller" du Salon, "L'homme du Livre" de Driss Chraïbi, qui publie en priorité au Maroc pour la première fois.

    Certes, les éditeurs ont la foi: en cas contraire, il n'y aurait pas d'édition au Maroc. Tous sont d'accord sur ce point. M. Retnani, qui vient de fonder une association avec les éditions Gaëtan Morin (Canada), est enthousiaste. Ailleurs on a au moins la joie de travailler dans un milieu choisi, selon son goût, et de faire du bon travail malgré les avatars. Car les problèmes ne manquent pas, qui font de l'édition un domaine économiquement défavorisé, reposant sur la seule conviction des responsables, et sur le fait qu'ils parviennent à ne pas en vivre.

    L'édition au Maroc, c'est le mécénat, ou l'apostolat, ou du funanbulisme, en tout cas la passion.

    Marché atypique

    Le livre se vend mal. "Le marché marocain est atypique", explique Mme Chaouni. Le créneau commercialement rentable est celui du livre scolaire, voire universitaire - études obligent - et tout ce qui touche le technique et le sociologique. "Le grand public s'intéresse à ce qui va lui apporter un plus, tant au niveau des compétences qu'au niveau social". D'où la réussite, par exemple, des livres de cuisine. Le lecteur marocain cherche un apport immédiat à la dépense qu'il opère en achetant un livre. C'est la raison pour laquelle la littérature est considérée comme un luxe, se vend si peu et concerne le lectorat francophone, surtout pour le roman, tandis que le lectorat arabophone s'intéresserait davantage à la nouvelle. Si l'illettrisme est ici en cause, de même que l'élitisme du livre, les tensions de la vie quotidienne empêchent également d'accomplir l'effort de la lecture: le "rêve télévisé" repose plus vite et plus facilement que la littérature. Mais le prix du livre reste un handicap majeur, surtout quand il est importé. Fabriqué au Maroc, il peut atteindre un niveau concurrentiel certain, pour une qualité presque assurée. Pourtant le prix du papier - importé et non exempté de droits de douane-majore les tarifs pour des bourses déjà tenues d'assurer des dépenses quotidiennes compromises. Pourtant, les éditions Le Fennec parviennent à vendre certains ouvrages autour de 30DH. "Le prix n'est pas le seul frein, ni le frein essentiel", affirme M. Retnani. "Quand le livre est de bonne qualité, la promotion fonctionne. C'est la promotion qui est nécessaire". Il cite la réussite de l'ouvrage "Soldats, domestiques et concubines" de Mohammed Ennaji (68DH), dont il a vendu 2.500 exemplaires en deux mois.

    En ce sens, une aide ministérielle est indispensable, souhaitée: "Les éditeurs sont oubliés, surtout s'ils se consacrent à la littérature et aux essais"... "On a besoin d'être soutenus, représentés"... Emissions radiotélévisées et rubriques culturelles doivent parler des livres, faire des comptes rendus: elles commencent à exister mais demeurent rares ou timides. La gratuité des livres semble attirer davantage que le travail à exécuter, le culturel est considéré à tort comme un luxe qui se monnaye. La distribution d'ouvrages ouvre une brèche dans des finances déjà lourdement grevées. Les libraires eux-mêmes baissent parfois les bras, paraissent "ne pas y croire", favorisent souvent le livre importé - qui jouit d'une meilleure réputation, assure une marge plus avantageuse, se montre plus fragile car payé en devises - par rapport au livre local. "Il faudrait mettre en valeur ce qui se fait sur place...". Les éditeurs se sentent seuls.

    Le Salon International de l'Edition et du Livre, c'est une ouverture, une "bouffée d'air". "Depuis que le Salon existe, l'esprit a changé vis-à-vis de l'édition, mais toutes les opportunités n'ont pas été saisies", dit M. Retnani. "Les gens se déplacent, achètent, bavardent", précise Mme Chaouni. De l'avis général, le SIEL permet des contacts: entre spécialistes nationaux et internationaux, entre auteurs, avec des lecteurs éventuels. "On expose, on fait connaître ce que l'on réalise, on vend directement, des contacts s'établissent entre les villes du Maroc et avec l'extérieur", commente Mme Mourgues, responsable des éditions Wallada.

    Comment exporter

    Cependant, là encore, se dressent des obstacles, en particulier pour les petites maisons d'édition: comment en effet exporter le livre marocain, qui est de plus en plus demandé à l'étranger, tant que le coût de l'expédition double presque le prix du livre, à la charge des éditeurs? Tant que, dans l'envoi des livres aux Salons à l'étranger, leur retour n'est pas pris en charge comme l'expédition? Certains ouvrages ne seront en conséquence jamais connus par un public potentiel, francophone ou arabophone. D'autre part, cette année, les éditeurs marocains ne bénéficieront pas de tarifs préférentiels comme en 1992, pour la location des stands. Le plus petit stand (9m2) passe ainsi, en deux ans, de 5.176DH à 8.614, ce qui risque de réduire leur présence en les assimilant aux participants européens et américains, dont ils n'ont ni les moyens ni les avantages. La date, fixée en novembre, coincée entre des Salons importants à l'étranger et la rentrée scolaire, pourrait être reportée au printemps pour plus d'efficacité de l'entreprise. D'ailleurs, selon M. Retnani, ce 5ème SIEL connaîtra les effets de la morosité mondiale.

    Devant ces difficultés, des éditeurs s'arrêtent faute de moyens, d'autres sont obligés de se consacrer davantage à vivre et faire vivre leur maison d'édition en diversifiant leurs activités, au détriment de l'édition. Un équilibre instable est parfois maintenu, entre les collections sponsorisées - collection Femmes/Maghreb chez Le Fennec par exemple - les beaux livres - un par an chez Eddif et Le Fennec - la littérature et les essais qui font l'objet de quotas. M. Retnani espère pouvoir reprendre, au sein de la nouvelle société d'édition maroco-canadienne, son projet de livres pour enfants, interrompu au troisième livre par manque de fonds.

    Thérèse BENJELLOUN

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