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    Politique Internationale

    Ronald Coase, Prix Nobel d'Economie

    Par L'Economiste | Edition N°:1 Le 31/10/1991 | Partager

    En décernant, le 15 octobre, le Prix Nobel d'Economie à Ronald Coase, nul doute que les jurés de Stockholm ont voulu récompenser les vertus de l'économie de marché, aujourd'hui universellement louées. Nul doute aussi qu'une telle récompense n'était pas envisageable tant que les économies centralisées de l'Europe de l'Est n'avaient pas recMonnu leurs propres faiblesses et opté pour des réformes allant toutes dans le sens d'une libéralisation de leurs économies.


    LES travaux de Ronald Coase ne datent pas d'aujourd'hui. Ses recherches sur la théorie de la firme, qui sont à la base de sa consécration d'aujourd'hui, datent de 1937. C'est à cette époque en effet que Ronald Coase découvrit que le modèle néo-classique ne cadrait pas avec l'analyse du comportement, celui des firmes managériales notamment. Dans ce type d'entreprises en effet, la distinction entre les propriétaires-actionnaires et les décideurs-managers posait problème. Fallait-il raisonner en fonction de l'entreprise, appelée à maximiser son profit et celui de ses actionnaires, ou en fonction du ou des directeurs qui cherchent plutôt à maximiser leurs utilités respectives.
    Ronald Coase préféra alors étendre purement et simplement le modèle néo-classique aux firmes managériales. Chacun poursuit donc ses propres objectifs, à travers l'entreprise Le propriétaire maximise son profit par la maximisation des profits de l'entreprise et le directeur lui, maximise son utilité. Cette divergence entre les intérêts des uns et des autres se traduit alors par la production ou la consommation "d'effets externes". Ces effets externes peuvent être positifs ou négatifs. Il rejoint en cela le problème rencontré par Alfred Marshall qui, lui, s'intéressait aux économies d'échelle.

    Ces effets externes ont reçu plusieurs définitions et interprétations. Disons simplement que ce sont des biens ou services, produits ou consommés en dessous ou au dessus de leurs "prix du marché" au sens que Pareto donnait à ce terme. Pendant des années, les effets externes n'ont alors été analysés qu'en fonction des nuisances ou des facilités qu'ils peuvent créer (1).
    Il a fallu attendre les années soixante et le développement de la théorie des droits de propriété pour enfin proposer une nouvelle interprétation des effets externes, grâce à la nouvelle théorie des "droits de propriété". Celle-ci s'est développée au cours des années 1960 et a connu plusieurs applications.

    On peut en retenir quatre :
    - la théorie économique de la production du droit;
    - l'analyse de l'efficacité des organisations économiques;
    - l'application du raisonnement économique et économétrique à la redécouverte de l'histoire;
    - la recherche de l'internalisation des effets externes.
    C'est cette dernière qui, ici, focalise notre attention.
    Et c'est à Ronald Coase que nous devons les plus importants développements sur cet aspect (2). Si une externalité existe dit-il, c'est parce que le marché échoue à l'intégrer. Il n'existe en général rien de particulier qui puisse empêcher le marché d'intégrer les effets externes. Ceci ne tient donc pas à l'incapacité du marché, c'est la nature de l'externalité qui peut être à son origine.

    Préjudices réciproques

    Et c'est Ronald Coase, dans son fameux article "the problem of social cost" (3) qui le premier insista sur la nature réciproque d'une externalité. Généralement, le problème n'était considéré que dans un seul sens. Si A lèse B, la question que l'on se posait était de savoir comment contraindre A à cesser le préjudice causé à B. "Ceci est faux, s'écriait Ronald Coase, nous avons à faire à un problème d'une nature réciproque. Empêcher le préjudice causé à B, infligerait un préjudice à A. La vraie question qui doit être tranchée est : A serait-il autorisé à léser B ou B autorisé à léser A ? L'essentiel est d'éviter le préjudice le plus sérieux" (4).
    Or, l'intervention de l'Etat ne peut que fausser les règles du jeu, d'autant plus qu'il n'existe jamais de droit "absolu". Pourquoi, en effet, dans le cadre d'une configuration donnée des droits de propriété, faut-il autoriser un individu à se baigner dans un lac et empêcher une usine d'y verser ses déchets.

    Et même à supposer que le droit puisse être modifié, pourquoi celui qui est défavorisé, ne peut-il pas prétendre à une indemnisation ?
    L'échange entre le producteur et le consommateur d'une externalité, affirment Ronald Coase et ses élèves, peut être conduit de façon "privée". L'individu A qui cherche à modifier le comportement d'un autre individu B à l'origine d'un effet externe, nuisible ou bénéfique, va chercher à engager un négoce, un "commerce" et donc un échange avec ce dernier et "ensemble", A et B, vont évoluer vers des positions préférables, sur leur "courbe de contrats" de l'optimum de Pareto.
    Le partage du bénéfice "social" entre A et B dépend bien sûr, de la force de négociation de chacun. Il peut, à la limite, être accaparé par l'un d'entre eux. Peu importe le "responsable" du préjudice, le résultat final reste identique.
    Ainsi considérées, la plupart des externalités, constate Ronald Coase, peuvent avoir un prix fictif. Le "marché" échoue cependant à l'imposer parce qu'il n'existe aucun moyen d'empêcher autrui d'en consommer (dans le cas d'un effet positif) ou de s'en protéger (dans le cas d'une nuisance).

    Comment en effet un planteur peut-il empêcher les abeilles de venir butiner les fleurs de ses arbres, pour produire leur miel ?
    Or, techniquement, un prix effectif peut être possible. S'il ne peut être obtenu au moyen d'un contrat bénéfique à toutes les parties, il ne sera pas réalisé. Selon R. Coase, les limites à la formation effective de ce prix peuvent être de deux ordres : institutionnelles (juridiques ou comptables) et économiques.
    Dans ces dernières on trouve tous les coûts qui viennent grever la concrétisation d'un contrat, appelés "coûts de transaction". Lorsque ceux-ci deviennent trop élevés, cela peut pousser les parties à renoncer à la transaction même lorsqu'elle s'avère mutuellement bénéfique.
    "Pour pouvoir conclure une transaction de marché, il est nécessaire de savoir avec qui on désire traiter, d'informer les gens que l'on désire voir engager une transaction, de conduire les négociations, de rédiger le contrat et d'engager les contrôles nécessaires pour s'assurer que les termes du contrat sont respectés (5). Ronald Coase s'intéresse alors à ces "coûts de transaction". Plus ils baissent, plus de contrats peuvent être concrétisés et plus d'externalités sont internalisées (par le marché).
    Ce sont donc ces coûts de transaction qui sont à l'origine de tout le mal. Ce n'est pas tellement l'externalité en elle même, ni même le marché, ce sont les coûts de transaction qui peuvent empêcher l'internalisation de l'externalité. Ces coûts ne doivent pas nécessairement être éliminés pour réaliser un optimum. Il suffit qu'ils baissent suffisamment pour permettre la concrétisation d'un contrat mutuellement bénéfique et l'internalisation de l'externalité. La réduction des coûts de transaction peut se faire tant par l'Etat que par le privé.

    L'Etat intervient notamment au niveau de la définition et de l'application des droits de propriété. Il est moins coûteux par exemple de persuader les automobilistes roulant par temps de pluie, qu'ils doivent éviter d'éclabousser les piétons que d'obliger les piétons à se protéger contre ces éclaboussures ou d'élever un mur le long des trottoirs ! Assigner aux piétons un "droit de propriété" leur permettant de poursuivre et d'obtenir dédommagement de tout conducteur malveillant qui les aurait éclaboussés est "économiquement" plus rentable que d'assigner à l'automobiliste un "droit" à éclabousser les piétons qui s'aventureraient à sortir par temps de pluie.
    Le privé, lui, intervient notamment à travers des firmes assurant de plus en plus tous les types de coûts de transaction. Ces coûts peuvent en effet être classés en trois types différents; les coûts de recherche et d'information, les coûts de négociation et de décision et les coûts de contrôle et d'application. Or de plus en plus d'entreprises se créent pour vendre de l'information. D'autres dispensent, moyennant paiement, la recherche; c'est le cas de nos petites annonces si répandues aujourd'hui, la négociation; à laquelle on peut se faire représenter par un homme de loi, le contrôle tel que les sociétés de gardiennage et de factoring. Ces coûts peuvent d'ailleurs être totalement ou partiellement évités par des stipulations contractuelles. C'est ainsi que les contrats d'assurance, en prévoyant une clause de déchéance dans le cas d'une violation des termes du contrat, se dispensent des coûts de contrôle et abaissent leurs prix pour être plus abordables.

    Et la boucle est bouclée. Parti de la théorie de la firme, Ronald Coase retourne à la théorie de la firme, à travers les coûts de transaction. Ceux-ci en fait ne sont que de nouvelles opportunités pour la création de nouvelles entreprises. Opportunités qui ne peuvent être saisies que si le marché peut les intégrer. L'action publique elle ne peut que fausser le jeu. Son rôle devrait donc se limiter à une modification permanente du cadre institutionnel, par le transfert de certains droits, afin de réduire justement ces coûts de transaction.

    Mohamed MELIANI

    (1) C'est notamment le cas dans la théorie du bien-être de Pigou.
    (2) Voir particulièrement "The wealth of nations" dans Economic Inquiry, 1977, vol. 15 n° 3 pp. 309-325, "the apointment of Pigou and Marshall's successor" dans Journ of Low Econ 1972, vol. 15 n° 2 pp. 473-485, Econ, 1975, vol. 18 n° 1 pp. 25-31.
    (3) (4) (5) "The problem of social cost" dans Journal of Low Econ, octobre 1960, vol. 3, pp. 1-44.

    ABSTRACT

    Ayant préféré intégrer, dès 1937, la firme managériale dans le modèle néo-classique, R. Coase s'est trouvé avec des effets externes sur les bras. Il ne se contenta pas des interprétations en termes d'interventions publiques. Et c'est seulement à partir des années 1960 et du développement de la théorie des droits de propriété que l'occasion allait lui être donnée pour affiner ses travaux sur les externalités. Celles-ci reçurent une nouvelle interprétation, liée à leur nature réciproque. Il exclut alors toute intervention publique. Le marché, dit-il, peut, tout seul, internaliser ses effets externes, au fur et à mesure que leurs "coûts de transaction" baissent. L'Etat peut alors y contribuer, mais uniquement pour abaisser ces coûts, par de meilleures définition et répartition des "droits de propriété".

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