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    Economie

    Ribat El Fath: Compétitivité et image : Bougez et le Maroc bougera!

    Par L'Economiste | Edition N°:260 Le 26/12/1996 | Partager

    Toutes les entreprises le savent bien: la bonne ou la mauvaise image du Maroc influent directement sur l'aisance ou la difficulté de leurs relations avec l'étranger.


    Les 11, 12 et 13 décembre à Rabat, quelque 55 conférenciers ont répondu à la question de Ribat El Fath «Le Maroc dans le monde, image et compétitivité». Par moments, il y avait deux colloques dans le colloque, un sur l'image, l'autre sur la compétitivité, selon l'expression de M. Fawzi Britel, expert-comptable et cheville ouvrière du colloque.
    Cependant, et même s'il n'y a pas une entité unique qui en serait responsable, toutes les conférences vont dans le même sens: il y a bien un «projet-Maroc» pour être plus compétitif, avoir une meilleure image, avoir des raisons ou davantage de raisons d'être fier... Le résultat de ce projet-Maroc sera ce que chacun y aura apporté.
    Même les communications pessimistes, citant ou stigmatisant les petites et grandes erreurs, se rapportaient implicitement à un étalon commun: les efforts à faire. Ainsi, selon les mots de M. Abdelkrim Bennani, secrétaire particulier de SM le Roi et président exécutif de l'Association, il y a «une flèche, un vecteur». Il a cependant stigmatisé la «sinistrose» dont il craint qu'elle «ralentisse ou affaiblisse» le pays. Ribat El Fath voudrait rassembler le bonnes volontés autour d'un mot d'ordre «Ensemble pour le Maroc» (1).

    Tirant les conclusions socio-politiques du colloque, M. André Azoulay, conseiller de SM le Roi, en appelle à plus de dynamisme de la société civile: «La compétitivité, c'est la responsabilité de tous». Il ne faut pas, insiste-t-il, qu'une image médiocre soit prétexte à l'immobilisme ou au renoncement. «Vous devez débattre de ce que vous voulez pour le Maroc, pas uniquement via les institutions, mais aussi dans la vie quotidienne», ajoute le conseiller. En somme: bougez et le Maroc bougera! Pour conforter son invitation, M. Azoulay rappelle qu'il y a cinq ans l'image du Maroc aux Etats-Unis évoluait entre le nul et le négatif. Aujourd'hui, indique-t-il, «la barre est redressée grâce à un travail déterminé».

    Fin du tabou culturel


    Même ton chez M. Allal Sinaceur, conseiller de SM le Roi: il faut avoir en tête «la nature extrêmement rigoureuse, dure, du monde dans lequel nous vivons», qui ne tolère «ni la paresse, ni la négligence». Bousculant une raideur très installée et qui veut que l'on ne se pose pas de questions sur la culture marocaine, il propose au contraire de choisir ce qui dans cette culture porte les valeurs de compétitivité et, sous-entendu, d'abandonner ce qui ne les porte pas.

    Changer l'Etat


    Implicitement, M. Sinaceur pousse à un travail tout en nuance pour revisiter les tabous et les raideurs qui encombrent nos esprits.
    Le colloque a aussi abordé le problème du changement, en particulier celui de l'Etat. Pour M. Abdelaziz Meziane, ministre des Travaux publics et connu pour ses réflexions sur le service public, le changement est une question de modernisation, avec en face une structure budgétaire nouvelle.
    L'objectif de cette structure est de répondre aux besoins des gens sans faire payer à tous ce qui n'est utile que pour certains d'entre eux. Sans le dire, il renverse l'idée encore très largement répandue qui veut que l'Administration soit une puissance impériale s'imposant à la société. Au contraire, M. Meziane en fait un prestataire de services collectifs, qui se plierait aux mêmes règles du marché que le ferait un prestataire à capitaux privés. Cette transformation de l'Etat, qui a déjà commencé pour quelques services publics, lui paraît plus en ligne avec la compétitivité exigée par la mondialisation.
    Mme Marie-France Garaud, éminence grise du gaullisme en France et, entre autres, animatrice de la revue Géopolitique, fait passer un souffle de saisissement sur l'assistance: «Dans la globalisation, explique-t-elle, seuls les Etats forts vont survivre (...), les Etats faibles vont disparaître». Mme Garaud regrette cette évolution qui lui paraît inéluctable.

    Les commentaires hors salle des auditeurs font le rapprochement entre les vues de Mme Garaud et les propositions de M. Meziane: si l'évolution de l'Etat ne se fait pas ou se fait mal, ou encore trop tard, alors le Maroc appartiendra à la catégorie des Etats faibles...
    M. Hassan Benabderrazak, fondateur et patron du bureau d'étude Agroconcept et membre du «G 14», souligne quant à lui le phénomène de concentration de l'information-formation, «tandis que le reste de la population vit sous le régime de l'empirisme». Il souhaite une organisation de la diffusion de l'information-formation qui lui semble être le point central pour accroître la compétitivité et relever l'image.

    Le colloque n'a pas démissionné


    LE plus souvent, les efforts de compétitivité, comme d'ailleurs d'amélioration de l'image du Maroc, sont ressentis comme devant s'organiser autour d'un programme bien défini à l'avance. Le plus souvent, cette demande est assortie d'une autre demande, politique celle-là, qui voudrait un guide ou un chef, qui aurait donc le pouvoir d'organiser les efforts autour du programme.
    Il s'agit d'une conception pyramidale du pouvoir et de l'organisation de la société.

    La fin du confort


    Cette demande est fréquente dans les sociétés humaines qui sont peu sûres d'elles ou bien qui ont peu d'expérience de la gestion démocratique des affaires communes. Il s'agit de la tentation totalitaire, mais qui, au lieu de s'imposer par le haut, s'impose par le bas, en réponse à la crainte de devoir prendre des responsabilités.
    «Le plus difficile, c'est de sortir du confort dans lequel vit l'assisté», disait, au milieu des années 80, M. Mohamed Kabbaj, aujourd'hui ministre des Finances, qui, à cette époque, était ministre de l'Equipement, de la Formation des Cadres et de la Formation professionnelle, et qui partageait avec son prédécesseur aux Finances, M. Mohamed Berrada, la responsabilité du CIPEP (Comité Interministériel pour les Entreprises Publiques). Ce CIPEP qui a joué un rôle clé pour remettre de l'ordre dans les affaires publiques, justement en coupant le cordon ombilical qui faisait que la plupart des entreprises publiques, sûres de la garantie de l'Etat, jouaient impunément avec l'argent des contribuables.

    En matière d'organisation sociale et politique, l'inconfort et la difficulté sont aussi de sortir de ce désir diffus de se décharger des responsabilités, de l'échelon inférieur vers l'échelon immédiatement supérieur et ainsi de suite jusqu'en haut de la pyramide. On pouvait craindre, compte tenu des idées dominantes du moment, que le colloque de Ribat El Fath se fasse l'écho de ce désir de démission collective et de la tentation totalitaire qu'elle comporte.
    Cela n'a pas été le cas. Le colloque a évité de démissionner collectivement. Il n'a pas renvoyé les responsabilités vers les échelons supérieurs ni posé des préalables, aussi habituels qu'impossibles. C'est probablement un acquis majeur des travaux de Ribat El Fath... et un bon signe pour la compétitivité de la maison Maroc.

    Nadia SALAH

    (1) Il existe une association «Ensemble le Maroc» dont l'objet est de tisser des liens d'intérêt, si possible d'affaires, avec la diaspora marocaine installée à l'étranger et disposant de compétences scientifiques et techniques.





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