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    Economie

    Reportage à Lahraouine : Blocus sur les matériaux de construction

    Par L'Economiste | Edition N°:240 Le 25/07/1996 | Partager


    Démolition de constructions illégales, barrages pour étouffer les chantiers, flambée des prix des matières premières et des matériaux... la Commune de Lahraouine a vécu et vit des moments chauds avec à la clé des poursuites judiciaires.


    "Je suis venu reprendre ma carte d'identité nationale que les représentants de l'autorité locale m'ont prise". Le "délit" de cet homme est d'exercer son métier de maçon à Lahraouine, commune ayant été le théâtre d'émeutes, le 14 juillet dernier. Le siège de cette commune située à la périphérie de Casablanca porte encore les traces de la foule en colère: grillages de fenêtres arrachés, volets détruits, portail défoncé... Pour décrire la foule en furie, à l'origine de ces dégradations, un des mokhaznis de service l'a comparée à "la sortie de supporters d'un derby de football entre le Widad et le Raja".

    Pour récupérer sa carte, ce maçon, comme d'autres ouvriers du bâtiment dans son cas, devra signer un engagement par lequel il ne devra plus retravailler dans la commune. D'ailleurs, dit-il, "je quitte Casablanca pour une autre ville".

    Ces incidents trouvent leur explication dans la destruction par les autorités locales des maisons édifiées sur un terrain bordant la route. Ces nouvelles habitations contrarieraient le projet immobilier de la Commune où devait être construit un collège.

    Dans tous les cas, la réaction des autorités locales à ces événements ne s'est pas faite attendre: une commission, composée de jeunes à l'allure sportive, casquettes, jean's, Reebok, lunettes de soleil et talkie-walkie, accompagnés des membres des forces auxiliaires, sillonnent le secteur. Objectif non officialisé: empêcher les constructions "illégales" pour éviter les destructions d'habitations, à l'origine des affrontements du 14 juillet. Les environs ont été d'ailleurs quadrillés par la police et la gendarmerie. Ces barrages interdisent l'entrée des matières premières et des matériaux de construction au niveau de chaque accès.

    Flambée des prix


    Ce verrouillage ne semble pas donner ses fruits ni atteindre ses objectifs. En effet, les constructions, loin d'être neutralisées, se poursuivent de plus belle. Les produits sont, par tous les moyens, acheminés vers l'intérieur, subissant ainsi une flambée des prix. A titre d'exemple, la brique qui se vendait à environ 2 DH en coûte aujourd'hui 5. Une benne de sable est écoulée à 1.300DH contre 600 auparavant. Le prix du sac de ciment est passé de 35 à 90 DH. L'eau pour la construction subit également le même embargo. La commune rurale de Lahraouine souffre de problèmes d'infrastructures et d'assainissement. Pour l'approvisionnement en eau, des citernes de fortune tirées par des ânes font du porte-à-porte. Sinon, les "futurs" propriétaires ainsi que les habitants doivent parcourir plusieurs kilomètres pour l'alimentation en eau.

    Samedi 20 juillet, à divers endroits, des ouvriers s'activaient sur plusieurs chantiers, de près de 60 mètres carrés chacun.
    Les maçons creusent des tranchées faisant office de fondations qu'ils remplissent de ciment, empilent les briques, le tout mesuré à la ficelle.

    Ces constructions sont édifiées sur des terrains agricoles où subsistent encore des plants de tomates en cette saison. Les "transactions" immobilières se poursuivent également. Le mètre carré est cédé entre 300 et 350DH. Les propriétaires de ces terrains agricoles les morcelaient en petits lots pour les vendre, sans aucune autorisation de lotissement.

    La majorité des acquéreurs des terrains sont des "talb mâachou", terme désignant les journaliers travaillant au nouveau Marché de Gros, situé à proximité. Le reste est composé d'habitants de bidonvilles de Casablanca ou d'ailleurs.

    Poursuites


    Outre le quadrillage de la zone, des poursuites ont été engagées à l'encontre d'une vingtaine de personnes. Celles-ci ont été arrêtées et présentées à la Chambre Criminelle près la Cour d'Appel de Casablanca, le 20 juillet. Motif: incendie volontaire, destruction de documents officiels, dommages aux de biens publics et agression de fonctionnaires. Leur dossier est bien lourd. Dix autres personnes ont été arrêtées et présentées le 22 juillet devant le parquet général qui doit décider ou non de leur poursuite.

    Sur place, après les déclarations des habitants de la région, avides de confidences sur les événements, mais aussi sur les problèmes des loyers, des conditions difficiles de vie, c'était au tour des autorités locales d'être sondées. Après avoir décliné notre identité, les mokhaznis avancent la même réplique: "si je vous dis quelque chose, je mentirai".

    Mais en attendant le caïd, les langues se délient quelque peu. Après un peu plus d'une heure et demie d'attente, le caïd revient de sa tournée dans le secteur. Il pénètre dans son bureau. Le mokhazni lui annonce la demande d'entrevue des journalistes de L'Economiste. En guise de réponse, il lui signifie de nous dire "qu'il n'y a personne".

    M. C. & M. O.

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