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    Réglementation financière, ce qui, peut-être, peut marcher…
    Par Michael Spence

    Par L'Economiste | Edition N°:3341 Le 16/08/2010 | Partager

    La controverse qui agite le monde sur la régulation de la finance fait toujours rage. Arguments et propositions, souvent contradictoires, se bousculent dans les champs public et politique, jusqu’à désorienter les lecteurs. L’idée de limiter de la taille et de l’envergure des banques a assez peu de valeur en termes de performances, provoque des débats animés. Ce fait est utilisé à l’appui d’un troisième argument: les institutions importantes en taille exercent trop d’influence politique, exposant leurs régulateurs au risque de “capture”. Autrement dit, les grosses institutions financières lucratives se débrouillent toujours pour avoir le système de régulation qu’elles désirent – un système en adéquation avec de grosses affaires très rentables, allant au-delà de ce que demandent leurs réserves et ne cherchant qu’à maximiser les gains à court terme. Une deuxième approche recueille généralement une adhésion assez large. Elle consiste à limiter l’effet de levier. L’argument principal ici est qu’un fort levier expose à un risque systémique fort – une situation dans laquelle les prix des actifs entrent en corrélation et où le péril, quand il apparaît, se répand rapidement. Par ailleurs, il est assez indiscutable que plus le système se complexifie, plus les fractures et les asymétries en termes d’information, de connaissance et d’expertise se multiplient. Ce type d’asymétries nuit, de multiples façons, aux performances du marché, et les conflits d’intérêts s’avèrent particulièrement dangereux dans ce genre de contexte, car ils incitent précisément à tirer profit de ces avantages. A un niveau un peu plus profond, deux trames antinomiques alimentent le débat public sur la crise. L’une est représentée par les tenants de la thèse de la “tempête parfaite”: il y a eu une multitude d’échecs, d’idées fausses, d’asymétries de l’information et de complexités, ainsi que de comportements inacceptables, mais les acteurs du marché, les régulateurs, ou les analystes n’ont jamais eu le sentiment que l’effet cumulé de ces problèmes pourrait conduire le système à un quasi effondrement. Les détracteurs de cet argument soutiennent que les acteurs sophistiqués avaient compris les risques systémiques, qu’ils y étaient indifférents, et qu’ils jouaient le jeu qu’ils avaient contribué à créer – en ramassant parfois d’énormes profits. Il semble que l’on soit d’avis aujourd’hui (souvent sans réserves) qu’il revient au gouvernement de fixer la structure et les règles d’un système financier dans lequel les acteurs seraient occupés, dans les limites de ce cadre, à satisfaire leur intérêt personnel. Si le cadre est bon, le système fonctionnera bien. Les règles sont chargées de garantir l’intérêt social collectif, au sein d’un système stable, efficace et juste. Mais dans un système complexe dans lequel l’expertise, la clairvoyance, et l’information en temps réel ne se concentrent pas au même endroit, et assurément pas dans les sphères des gouvernements et de la régulation, il semble que la confiance dans un tel cadre soit insuffisante et imprudente. C’est même faire peu de cas de l’importance de la confiance. Un point de départ meilleur, à mon avis, est l’idée d’une responsabilité partagée de la stabilité du système et de ses bénéfices sociaux – c’est-à-dire partagés entre les acteurs et les régulateurs.Il faut que les industriels de la finance, les régulateurs et les responsables politiques favorisent le sentiment du partage de la responsabilité collective sur le système dans son ensemble et son impact sur le reste de l’économie. Cet ensemble de valeurs pourraient s’enraciner profondément – dans l’industrie – et dépasser les marchandages auxquels on assiste sur la régulation. Ces valeurs devraient prendre le pas sur l’intérêt personnel étroit ou sur les occasions potentielles de profit, doublées d’une exploitation de l’avantage donné par l’information. Et on devrait les envisager comme un appendice aux normes, aux règles et au code de bonne conduite que l’on voit s’appliquer en temps “normal”. Certains objecteront que cette idée n’est pas viable parce qu’elle va à l’encontre de l’avidité, penchant inévitable chez l’homme. Pourtant ces valeurs façonnent d’autres professions. Entre médecins et patients, le fossé de l’expertise et de l’information est immense et impossible à combler. Les occasions d’en profiter ne manquent pas, mais elles sont limitées par les valeurs professionnelles, inculquées tout au long de l’entraînement à la pratique médicale, et renforcées par une forme tranquille d’évaluation par les pairs.Ce changement de valeurs et un modèle inhérent définissant les rôles ne suffiront sûrement pas à répondre au défi du risque systémique. Le fait de tricher avec les règles non plus. Mais s’ils étaient pris au sérieux, ils pourraient servir de rappel permanent de l’importance du secteur financier dans la bonne tenue de l’économie. Ils pourraient même aider à restaurer la confiance.


    Small is it beautifull?

    Face à la réforme de la régulation financière, certains proposent, avec des arguments plus ou moins convaincants, de limiter la taille et l’envergure des institutions financières. Ils affirment que des entités plus réduites peuvent faire banqueroute sans mettre en danger tout le système, en évitant aux contribuables le coût d’un sauvetage. Mais si le risque systémique se manifeste sous des aspects encore difficiles à saisir entièrement, les banques peuvent très bien toutes faire banqueroute, ou se trouver en difficulté simultanément, et porter ainsi un coup à l’économie réelle. Il est remarquable qu’il n’y ait eu, à ma connaissance, aucun cadre supérieur pour nous exposer, de manière détaillée, comment l’expertise qu’il détenait sur l’institution a pu se déployer pour parvenir à atteindre l’objectif collectif de la stabilité. Le soupçon qui se glisse au cœur de la colère des gens aujourd’hui est que les institutions qui ont influencé la formulation des règles juridiques et éthiques, pourraient contribuer davantage à la stabilité et cesser de se contenter d’obéir à ces règles.


    Trois pistes de régulations
    Le recours à des règles de transparence rigoureuses, prenant en compte les conflits d’intérêt, est l’une des façons de parer à cette éventualité. Ces conflits peuvent également être limités en contrôlant les attributions des institutions financières. Il faudrait, par exemple, parvenir à séparer, de multiples façons, les opérations de gestion d’actifs, de distribution, de souscription et de titrisation, ainsi que les transactions pour compte propre. Cette approche offre en outre l’avantage d’éviter qu’il n’y ait un amalgame, au sein de la même entité, entre différents profils de risque et les besoins en capital à y affecter, et que ceux-ci ne figurent sur le même bilan.Il y a deux autres façons de s’y prendre face à la complexité et aux asymétries. La première, très largement adoptée dans les pays en développement, consiste simplement à imposer des restrictions sur les produits (par exemple, les produits dérivés et les hedge funds), pour la simple raison que les avantages, en termes d’évitement du risque, sont de loin supérieurs à leur coût – l’accès au capital et la contagion des risques sont diminués. La deuxième est d’essayer de réduire les écarts d’information, ou leur impact, en régulant l’expertise et les incitations qui accompagnent le processus de notation (dont l’échec a eu des conséquences fâcheuses sur la crise actuelle).Copyright: Project Syndicate, 2010.Traduit de l’anglais par Michelle Flamand
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