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    Tribune

    Régionalisation: Les soubassements sociologiques

    Par L'Economiste | Edition N°:292 Le 07/08/1997 | Partager

    par Mostafa KHAROUFI(*)

    Les mutations économiques en cours au Maroc touchent toutes les régions et donnent à la politique d'aménagement du territoire et aux actions régionales de développement toute leur actualité. Selon l'auteur de l'article, la tendance manifeste de l'espace à s'organiser reste toujours imparfaite sous l'effet d'une croissance démographique encore mal maîtrisée.


    La question régionale se pose en termes d'aménagement du territoire à des fins de prévention, de correction et de régulation des déséquilibres économiques sociaux et spatiaux. Ces dernières actions sont nécessaires pour au moins deux raisons fondamentales. D'abord, les transformations socio-démogr-aphiques que connaît le pays depuis une trentaine d'années participent de nouveaux processus de recomposition spatiale dont les traits saillants sont aisément identifiables au niveau des régions. Ensuite, le changement économique rapide et l'urbanisation soutenue qui contribuent indéniablement à modifier la physionomie géogra-phique du pays et expliquent, par conséquent, l'utilité et l'actualité d'une organisation de l'espace.
    La mise en évidence de quelques lignes de force de l'organisation spatiale au Maroc proposée s'inspire, subsidiairement, de l'Histoire mais s'appuie essentiel-lement sur la géographie régionale, discipline qui propose un champ de prospection d'une certaine utilité et qui prend en considération une série de variables basées sur l'homme, son espace et leurs interactions.

    «Pays tribal» et espace régional


    Le peuplement du Maroc par des entités tribales et leur distribu-tion géographique consacrent certains traits de l'organisation territoriale actuelle. Car les grou-pements humains, malgré leur caractère hétérogène, semblent renforcer l'homogénéité au regard de l'économie et du mode d'organisation de l'espace domi-nant. Il arrive parfois, comme c'est le cas dans les régions monta-gneuses, qu'un cadre géographique tout préparé par la nature ait fixé la place d'un groupe et délimité son territoire.
    C'est ainsi que les tribus et confédérations de tribus se groupent en ensembles spatiaux ayant des traits ethnographiques et socio-économiques spécifiques. Ces derniers, qui sont du reste l'aboutissement de transferts, de pérégrinations et de brassages ethniques actifs, donnent aujourd'hui à la notion de tribu le sens d'une organisation humaine attachée à un support spatial dont les limites continuent, presque toujours, de marquer l'imaginaire. Il va sans dire que ces «pays» se découpent à leur tour en une multitude de finages correspondant aux divisions ethniques des tribus en fractions, sous-fractions et douars.

    Un tel schéma qui caractérise les régions de sédentarisation ancienne n'est pas partout valable dans les zones d'économie pastorale dominante jusqu'au début du siècle. Partant de là, le découpage régional qui est assez souvent critiqué peut toujours se justifier s'il ne remet pas en question l'intégrité des «pays» sus-mentionnés.
    Il en est ainsi pour la péninsule Tingitane où existe une mosaïque de «pays» caractérisés par la concordance quasi parfaite entre les micro-régions géomorpho-logiques qui conditionnent la vocation des espaces ruraux et les groupements humains qui vivent sur ces espaces. De cette catégorie relèvent par exemple le Habt, le Fahs et le Haut pays Jbala. De même, dans les provinces du Nord, une évaluation adéquate de la fonctionnalité du découpage devrait se faire par référence au traitement réservé aux «pays» identifiés déjà au début du siècle par les études géographiques et dont le peuple-ment est intimement lié aux principaux groupes Ghomara, Sanhaja et Zenata, signalés déjà par Ibn Khaldoun du fait de leur participation active à la vie politique du Maroc aux VIIIème et IXème siècles.

    D'autres espaces voisins montrent plusieurs aspects de cohésion, résultat non seulement d'une vieille fixation au sol, mais également de liens de solidarité ethnique: les Mtioua, Beni Mguil, Metalssa, Beni Bou Frah et les Beni Iteft du versant méditerranéen des Beni Ouriaghel sont des groupes qui se distinguent sur le plan linguistique par leur arabisation partielle ou totale et se rapprochent ainsi de la tribu de Targuist. Entre cette dernière et le pays Beni Snassen se localise l'espace des Beni Ammart, Gzennaia (Aknoul), Beni Bou Yahi, Houara et Ouled Rahou (aux alentours de Guercif), Beni Mahiou, Bou-Zeggou, Ahl Oued Za, Zkara, Beni Yaala, Beni Mathar et Ouled Sidi Abdel Hakim et une dizaine d'autres groupes voisins des Ouled Errar et Ouled El-Haj, au Sud-Ouest et des Beni Guil, au Sud-Est. Là, l'accentuation de l'aridité rend l'agriculture plus extensive et donne à l'élevage plus d'importance dans l'activité de la population.

    Ce qui est valable pour le Rif l'est autant pour les massifs montagneux similaires tels que le Haut-Atlas central et l'Anti-Atlas où l'espace est marqué par un vieil établissement de tribus qui exploitent soigneusement des territoires et dont la toponymie révèle la dilatation ou la contraction de l'économie agricole. Il l'est par contre beaucoup moins pour le Moyen-Atlas et le plateau central qui sont demeurés marqués par l'économie pastorale et la faible emprise de la vie humaine, sauf dans les zones de piémont.
    Dans le cas du Haut-Atlas, d'importantes confédérations (Goundafa, Glaoua, Aït Bougmez, Mgouna, Aït Hdidou, Aït Yafel-mane, Aït Ouaouzouite, Sektana, Chtouka, Zenaga, Mesguita, etc...), sont relayées par des tribus au sein desquelles l'unité géographique du territoire et le sentiment que ce dernier constitue un bien commun donnent à la «taqbilt» sa person-nalité et commandent ses relations extérieures.

    Carrefours ethniques


    S'agissant des plaines littorales, au Sud du Sebou, ces espaces constituent de véritables carrefours ethniques où les migrations et les transferts de population, les limites des «pays» sont plus fluides et davantage fixées par l'extension de la propriété des terrains agricoles et des pâturages. Ici, on distingue les Beni Ahsen, les Sefiane, les Beni Malek, les Chrarda, les Khlot, les Ameur, les Hsine et les Tlik à côté de la grande formation des Zemmours.
    L'élargissement des plaines vers le Sud de Rabat, jusqu'à Essaouira, laisse de grands espaces à des confédérations au sein desquelles les limites géographiques de groupes plus restreints diluent l'unité des grandes masses jadis plus homogènes. Il en est ainsi des Zaër (Guefiane, Beni Khirane), des Chaouia (Mzab, Ouled Saïd), des Doukkala, des Abda, des Ahmar et des Rehamna. Ces groupes ainsi que ceux du plateau central et du piémont: les Guerouane (au Sud de Meknès), Beni Mtir (d'El Hajeb), Aït Sgougou (au Sud d'Azrou), Zaïan (pays de Khénifra), Beni Zemmour et Ourdigha d'Oued Zem, Beni Ami, Beni Moussa et Aït Roboâ du Tadla ont subi une colonisation foncière massive qui a largement contribué à saper les bases de l'économie agricole et pastorale locale.
    Dans les espaces présahariens et sahariens, où la densité démographique est très lâche, les limites des territoires dévolus aux différents groupes sont fluides comme c'est le cas sur les plateaux de l'Oriental et dans le Maroc méridional où vivent les tribus des Aït Atta, Ouled Yahia, Aït Ba'Amraân, Aït Bella, Réguibât (Lgouacem à l'Est et ceux du Sahel à l'Ouest, etc...), dont le mode de vie, même s'il se cristallise autour des points d'eau, confère à l'espace des marques indélébiles.

    Flux d'hommes et de biens


    L'histoire du Maroc est riche en exemples d'espaces façonnés par les circuits d'échanges, la régularité des flux et l'exploitation complémentaire des potentialités par les communes. Le rôle d'agents structurants dans l'organisation de l'espace joué par plusieurs ports et centres urbains est à ce sujet significatif. Ainsi, Mogador (Essaouira) contrôlait-il le commerce des Chiadma, Haha, Chtouka, Ilalen, Sahel et Tindouf, c'est-à-dire le Souss et le Sud-Ouest saharien.
    Marrakech avait une relation privilégiée avec le port de Mazagan (El Jadida) dont l'aire d'influence remontait à l'Atlas, voire aux oasis d'Akka jusqu'à Oued Ziz. Fès dominait le commerce du Nord et du Moyen-Atlas.
    Ces circuits majeurs étaient relayés par un réseau d'échange plus court à partir de villes intermédiaires comme Sefrou, Ouezzane, El-Ksar par rapport à Fès. Demnat et Beni Mellal par rapport à Marrakech, Boujaâd par rapport à Casablanca, Tiznit par rapport à Mogador(1). A une échelle plus réduite, cette fonction structurante est complétée par les aires de chalandise et d'attraction exercées par les souks, les moussems et les zaouias qui formaient de véritables points d'articulation spatiale. A partir de 1892, la mise sur pied, par le Sultan Moulay El Hassan 1er, d'une poste reliant quatorze villes marocaines, avec une fréquence bihebdo-madaire, témoigne de réalisations s'inscrivant dans un souci d'organisation des flux. Ceci indique que, jusqu'au XIXème siècle au moins, les régions au Maroc, tout en jouissant d'une certaine autonomie, n'étaient ni comparti-mentées, ni déconnectées au sein d'un espace national en pleine mutation.

    Ainsi, pour bon nombre d'historiens(2), l'espace marocain était structuré; les villes avaient des fonctions différentes et entretenaient des relations entre elles et avec un arrière-pays plus ou moins étendu selon l'importance de la ville; les dynasties (qui le gouvernent) ont eu le souci d'unifier et d'organiser un espace national dont l'étendue était perçue par référence aux périodes de prospérité et de puissance de l'Etat marocain.
    Cette organisation s'appuie également sur la position privilégiée du Maroc dans la Méditerranée occidentale, grâce à laquelle il a maintenu, au cours de son histoire, le rôle d'intermédiaire obligé entre les continents africain et européen. Cette position est à l'origine de l'orientation des axes d'échange reliant le Sahara à la mer, qui constituent une des directions majeures de l'organisation de l'espace national, et qui expliquent un développement portuaire partiel.

    Sous le régime du Protectorat, le Maroc a connu un nouveau remaniement du territoire, dicté d'abord par une conception sécuritaire (régions civiles/régions militaires), puis par la nécessité de servir les intérêts coloniaux. La volonté de rompre les flux commerciaux entre le Sahara et la Méditerranée en faveur d'une colonisation qui, en donnant une configuration territoriale plus orientée vers la façade maritime du Nord-Ouest, allait induire un éclatement de l'organisation socio-traditionnelle.
    A une organisation régionale autocentrée s'est substituée une organisation spatiale extravertie. En effet, c'est sous le signe de la dispersion que s'est présentée l'orientation maritime; une contrainte imposée à laquelle l'aménagement du territoire accorde depuis une place prépondérante et dont l'effet cumulatif donnera à Casablanca un rôle de commandement dans l'organisation de l'espace.
    Il s'ensuit que les barycentres (centres de gravité) urbains se situent presque toujours à l'Ouest des centres ruraux, témoignant de cette tendance qui ramène vers le littoral atlantique central le fait urbain et qui exprime également le succès des villes côtières.

    Des éléments qui alimentent le processus de recomposition spatiale, la mobilité de la population tient une place prépondérante. Dominée jusqu'aux années 1960 par l'exode rural, cette mobilité a d'abord reproduit l'impact économique de la confrontation coloniale: destruction des tribus et création de réservoirs de main-d'oeuvre. Avec l'indépendance, ce type de migration n'a pas changé fondamentalement, car l'effet d'aspiration des ruraux par les villes a été de fait multiplié par l'attrait d'une modernité dont l'image était étroitement liée à l'urbanité. L'indice d'urbanisation réside dans la multiplication par environ 22 de la population des villes: 400.000 citadins en 1900, 8,7 millions au recensement de 1982 et plus de 13,4 millions au recensement de 1994(3).
    Il conviendrait d'ajouter les modifications ayant affecté les schémas et les champs migratoires. En effet, une partie des flux d'exode rural a été fixée par les petites et moyennes villes qui ont bénéficié, depuis le début des années 1970 jusqu'à la moitié des années 1980, d'une dynamique particulière liée aux retombées de l'émigration internationale (provinces du Nord et Souss plus particulièrement), et aux actions des pouvoirs publics, à travers les promotions administratives (principalement au rang de chefs-lieux de provinces et de cercles) et la diffusion des équipements sociaux et culturels. Il en est résulté un recentrage des flux migratoires autour de ces villes et des capitales régionales traditionnelles.

    Ces schémas migratoires liés aux transformations des rapports entre villes et compagnes laissent apparaître un relatif tassement de l'exode rural. Au dernier recensement, le poids de la population d'origine rurale dans la migration ancienne (10 ans et plus) qui concernait les deux tiers des migrants lors de la phase intercensitaire (1971-1982), ne porte plus que sur 60,45%. Le recul est perceptible dans certaines régions économiques comme le Tensift où ce poids relatif a régressé de 15%, celle du Nord-Ouest où le recul enregistré se situe à 18%, et la région du Centre-Sud où il atteint 10%. A l'opposé, dans la région du Centre-Nord, où le système agraire traditionnel a été sérieusement entamé par la forme d'exploitation coloniale (concentration de la propriété, mécanisation et libération de la main-d'oeuvre locale), la part de la population d'origine rurale dans l'émigration est restée élevée (65,79%)(4) . Le Centre-Nord continue d'être caractérisé à ce jour par une intense émigration familiale et définitive.

    Nouvelle hiérarchie urbaine


    Des déséquilibres créés par la colonisation entre les régions qui favorisent les potentialités des territoires dits «utiles» et qui continuent de marquer relativement l'espace du pays, il faut signaler la tendance urbaine qui renforce, dès les années 1930, le réseau des régions d'économie moderne, notamment l'axe Casablanca-Rabat-Kénitra, situé à la charnière des deux grandes régions du Nord-Ouest et du Centre-Ouest. Paradoxalement, l'Indépendance n'a pas changé structurel-lement les données de cette tendance. En effet, les modifications régionales et nationales du territoire marocain sont restées orientées, jusqu'aux années 1970, vers une plus grande centralité, liée au développement économique dans les espaces où la grande accessibilité facilite les échanges de flux.

    Le renforcement de certaines disparités entre les régions est accentué également par la forte mobilité spatiale de la population marocaine qui renforce, depuis une vingtaine d'années, des centres régionaux. Ces derniers présentent par conséquent deux mutations structurelles majeures:
    1- Les villes petites et moyennes situées dans les régions de forte intensité économique se distinguent par une croissance rapide qui tranche avec l'atonie démographique des cités marginalisées, appartenant au réseau urbain précolonial. Cette catégorie de villes développe des influences spatiales non négligeables Leur multiplication contribue à la diversification des flux migratoires (notamment inter-urbains) et soulignent le début de profonds changements dans l'organisation et le fonctionnement de l'espace.
    Les résultats du recensement de 1982, ceux de l'enquête démo-graphique nationale de 1986-88 et, plus récemment, le dernier recensement (1994) confirment cette tendance. La modernisation de l'économie de l'espace a ainsi entraîné des transformations qui ont donné naissance à une nouvelle hiérarchie urbaine qui a servi de support au découpage administratif et aux nombreuses promotions des centres urbains, consécutivement à la décentralisation (65 préfectures en 1994 contre 45 en 1982).
    En conséquence, diverses «stratégies» ont été déployées par les populations rurales (migrations pendulaires et quotidiennes, migrations à l'étranger, mobilité saisonnière, etc...).
    Outre les activités industrielles, peu sensibles aux économies d'agglomération, les services et le tourisme ont, dans certains cas, permis le «détournement» des flux migratoires vers des centres spécifiques; le cas d'Agadir, devenue du fait du tourisme une ville particulièrement attractive, illustre cela.

    De même voit-on se renforcer d'autres ensembles urbains face à l'axe Casablanca-Rabat-Kénitra, comme le «prolongement» urbain dans le sens Kénitra-Fès qui connaît un développement soutenu en liaison avec les facilités d'accès et les atouts liés à la situation des villes du Sebou.
    2- Dans les sous-ensembles qui composent le réseau urbain, la diffusion d'une micro-urbanisation en milieu rural reflète une «redistribution» partielle des migrations vers des espaces ruraux où certains centres communaux s'urbanisent intensivement. Quelques centres dans les provinces du Nord ont connu ainsi, lors de la dernière période intercensitaire, un accroissement remarquable: Beni N'sar (10,6%), Al-Aaroui (7,8%), Tissa (9,9%), Guercif (11,4%), Oued Laou (17,3%). La promotion administrative de certains d'entre eux a le mérite, dans bien des cas, de les intégrer à un tissu plus large et de stimuler le développement de leurs activités. Ils sont à l'origine d'une intensification des échanges et de la formation d'armatures enserrant dans leur maillage les zones rurales, permettant aux populations des campagnes environnantes de diversifier leurs sources de revenus par l'exercice d'activités non agricoles.

    Parce qu'il est un agent de transformation importante de l'espace, car il est le résultat de l'exploitation de certains avantages de situation géographique, le phénomène urbain est une variable à prendre en compte dans le découpage régional. Dans le choix de chefs-lieux de régions, le profil économique des villes doit être déterminant, soit pour promouvoir le centre le mieux équipé afin qu'il assure une fonction de commandement (cas de Kénitra dans le cas du Gharb), soit à dessein opter pour des centres dont on souhaite le développement sur la base de la fonction régionale (cas d'Al-Houceima dans le projet de découpage actuel).
    Nombreux sont les critères à prendre en considération pour approcher une classification des villes: les branches d'activités, la structure de l'emploi, la part des services (transport, logement, commerce, etc.) dans le produit d'un ensemble urbain régional, et le revenu urbain permettent d'adopter des raccourcis pour identifier le degré de concentration géogra-phique régionale (forte, moyen-nement forte et faible) et les tendances qu'elle dégage.

    Spécificité des espaces frontaliers


    La position géographique du Maroc donne à ses propres espaces frontaliers un dynamisme particulier et des virtualités projetées sur l'avenir. Les flux qui caractérisent ces espaces à l'Est et au Nord-Ouest impriment aux régions en question une certaine personnalité.
    Au plan démographique, la forte propension des populations à l'émigration sous le poids de contraintes écologiques et économiques cède le pas à une «fébrilité» migratoire à laquelle participent des populations de différentes régions telles que celles de Rachidia et Casablanca.
    Au niveau économique, ces espaces ont connu une dynamique d'échanges liée aux effets des restrictions que connaît l'économie algérienne qui suscitent des spéculations de part et d'autre des frontières.

    L'essaimage qui préside aux flux des biens tient à la fois à la nature des produits et à la stratégie des acteurs qui s'appuient sur des structures traditionnelles de transactions comme le souk el-fellah à Oujda (souk spécialisé dans les transactions portant sur des produits venus d'Algérie ou destinés à ce pays). Les villes frontalières en héritent une vitalité particulière, car dans bien des cas elles sous-tendent la promotion des bourgades au rang de centres urbains, comme c'est le cas de la nébuleuse urbaine autour de Nador et de Tétouan.
    Ainsi remarque-t-on des tendances à la spécialisation de chaque secteur des régions frontalières et de nouvelles structurations de l'espace à travers la redistribution des rôles entre les localités de part et d'autre des frontières. Les échanges en question ont la particularité d'animer d'assez importants flux d'hommes et de biens sur de longues distances mettant en contact, d'une part, plusieurs régions d'un pays entre elles et, d'autre part, un groupe d'Etats (comme l'ensemble maghrébin) avec l'extérieur.

    L'organisation régionale: Un processus dynamique


    Les mutations économiques en cours au Maroc touchent toutes les régions et donnent à la politique d'aménagement du territoire et aux actions régionales de dévelop-pement toute leur actualité et leur raison d'être. La croissance économique de ces vingt dernières années, qui est à l'origine d'une introduction d'activités productives dans tout le pays, se traduit, sur le plan géographique, par une grande concentration. La question lancinante qui se pose se rapporte à la manière de diffuser plus largement ces activités et d'établir une interaction entre l'organisation de l'espace et le développement. Dès lors, l'un des objectifs de la régionalisation est la correction des équilibres territoriaux par des actions réfléchies sur des espaces nouveaux, bien délimités, et s'appuyant sur des pôles susceptibles de recevoir des actions de développement et de diffuser leurs effets pour mieux résorber les disparités entre régions.
    L'organisation de l'espace au Maroc apparaît comme un processus dynamique. Elle est commandée par un mouvement de déséquilibre lié à la mobilité de la population et au développement rapide de l'urbanisation. Sous l'effet d'une croissance démographique encore mal maîtrisée, la tendance manifeste de l'espace à s'organiser reste toujours imparfaite.
    Il semble évident qu'il n'existe pas de découpage de l'espace qui soit valable en tout lieu et tout temps, mais que toute évaluation n'a de sens qu'en tenant compte des objectifs qui lui sont sous-jacents et des critères mis à contribution pour lui donner telle ou telle confi-guration.
    Mais l'objectif de la régionali-sation n'est-il pas de contribuer à la mise en place d'un cadre et de mécanismes aptes à enclencher des processus de développement dé-centralisé, fondé sur la mobilisation des potentialités régionales et la participation active des acteurs à la démocratie sociale?

    (*) Sociologue, géographe et diplômé des sciences politiques et administratives de l'Université de Toulouse, consultant au CNJA.
    (1) Abdellah Laroui: Les origines sociales et culturelles du nationalisme marocain (1830-1912). Paris, Maspéro, 1977, pp.51-52.
    (2) Xavier Planhol: Les fondements géographiques de l'histoire de l'Islam. Paris, Flammarion, 1968, p. 215.
    (3) Le taux d'urbanisation est passé de 8,5% vers 1900, à 29% en 1960, à 35% en 1977, à 43% en 1982, à 51,4% en 1994.
    (4) Direction Générale de l'Urbanisme, de l'Architecture et de L'aménagement du Territoire, -Résultats du projet migration interne et aménagement du territoire.- Rabat, 1996, p. 37.
    (Suite en page 42)

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