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    Réforme financière : M Mohamed Kabbaj: "Tout doit être articulé"

    Par L'Economiste | Edition N°:237 Le 04/07/1996 | Partager


    La réforme du secteur financier a atteint un stade crucial. M. Mohamed Kabbaj entend la continuer de manière harmonieuse avec calendrier à l'appui. La Caisse d'épargne, les caisses de retraite et la CCG vont subir une remise à niveau similaire à celle des banques ou de la Bourse. Dans le même sens, l'Etat modifie sa stratégie de financement extérieur. M. Kabbaj explique sa politique.


    - L'Economiste: Où en sont les projets d'amendements à la loi sur la Bourse le Dépositaire central?

    - M. Mohamed Kabbaj: Les textes sont déjà prêts. Ils sont déposés auprès du Secrétariat Général du Gouvernement qui s'intéresse de près à la réforme de la Bourse. Ils ne devront pas tarder à être présentés au Conseil des ministres. Ce n'est qu'une question de jours.

    - Et la Caisse Centrale de Garantie?
    - Le projet est passé le 1er juillet en Commission des Finances du Parlement. Normalement, il devra être adopté par le Parlement. La CCG se substituera à l'Etat pour toutes les garanties(1). Elle sera dotée d'organes d'administration, de gestion et de contrôle. En d'autres termes, un Conseil d'Administration composé des représentants de l'Administration, de Bank Al-Maghrib et des associations professionnelles sera mis en place. La CCG pourra offrir ses services aussi bien aux opérateurs publics que privés. Nous voulons en faire un instrument pour les encourager à aller sur le marché international.

    - La réforme comprend aussi la mise en place du marché hypothécaire. Où en est le projet?
    - Nous sommes actuellement en discussion avec les Ministères concernés et la Conservation Foncière sur ce dossier. C'est une approche nouvelle pour drainer l'épargne. Il s'agira, comme pour toute la réforme, de mettre en oeuvre un arsenal législatif et fiscal. Nous voulons avoir une vision d'ensemble pour cette réforme. Tout doit être articulé.

    - Le marché secondaire des Bons du Trésor ou les TCN est en place, mais le mécanisme ne fonctionne toujours pas, pourquoi?
    - Effectivement, nous avons mis en place tous les dispositifs nécessaires, notamment pour les Bons du Trésor et les TCN. Nous avons désigné des intermédiaires en valeurs du Trésor (IVT) pour dynamiser le marché. Il faut maintenant que les opérateurs privés s'y mettent. Au sujet des Bons du Trésor, nous avons reçu la demande d'autres banques que nous sommes en train d'étudier. Le problème du marché secondaire est le même que pour la Bourse. Les opérateurs n'arrivent pas encore à réagir normalement. Ces instruments nécessitent une nouvelle manière de gérer, un nouveau type d'entrepreneur. Le jour où les opérateurs le comprendront, ils pourront lever des capitaux. Malheureusement, il arrive souvent que les gens réclament des outils qu'ils n'utilisent pas

    - Les banques off-shore risquent de disparaître. Comment les sauver?
    - Nous avons essayé de leur accorder quelques nouveaux avantages. Mais cela n'a encore rien donné. Nous espérons que la zone franche industrielle prévue à Tanger pourrait sauver la zone financière off-shore. Pour ma part, j'ai pris la décision de discuter avec les opérateurs. Je dois les rencontrer à nouveau pour décider ensemble des moyens à mettre en oeuvre. Mais s'il n'y a pas de banques off-shore, la bataille s'arrête, faute de combattants

    - Dans le sillage de la réforme, l'Etat tente aussi de résoudre ses problèmes de financement, en aménageant ses dettes.
    - Notre stratégie est de réduire au maximum le coût de la dette, intérieure et extérieure. Actuellement, le poids de la dette, intérêts et capital, représente presque 50% de nos recettes fiscales. C'est insupportable. S'il n'était que de 30%, il serait possible de doubler le budget d'équipement.
    Notre premier devoir, c'est de ne pas augmenter la dette qui représente 67% du PIB. Pour des raisons de coût, nous n'allons pas nous jeter sur le marché extérieur. Nous essayons d'emprunter là où nous pouvons trouver des taux d'intérêt très bas. Notre objectif est de stabiliser la dette en termes absolus. Avec la croissance, elle devrait diminuer en termes relatifs. Pour que nous puissions y arriver, il faudra remplacer les dettes chères par des dettes bon marché. L'opération avec la France permet de rembourser des dettes qui supportent 11 ou 10,5%, avec un emprunt à 7%, c'est déjà cela de gagné.

    - Des projets similaires avec des pays autres que la France?
    - On est en train de discuter avec l'Espagne. Le principe est admis. Mais rien n'est encore arrêté avec d'autres pays. La même démarche est cependant possible avec l'Allemagne, la Grande-Bretagne, le Canada. La dette est actuellement importante. Nous voulons la ramener à un niveau raisonnable, entre 30 et 40% du PIB, et abaisser le coût moyen qui se situe aujourd'hui à 6,5%, toutes catégories d'emprunts confondues.

    Par Alié Dior NDOUR & Nadia SALAH


    Malgré ou avec l'existant

    "Reconstruire le paysage de l'épargne"


    "Nous préparons un plan pour modifier complètement le paysage de l'épargne" annonce M. Kabbaj. Son Ministère a commandé une étude globale(1). Pour le ministre, l'impératif est d'abord celui de la politique économique: 25% du PIB, soit quelque 60 à 70 milliards de DH contre 40 milliards aujourd'hui.

    Les participants au Forum Finance ne dénient pas du tout cet objectif mais en ajoutent un plus immédiat: couvrir les retraites.
    Dans la recomposition du paysage de l'épargne, le Maroc ne part pas d'un terrain vierge. Des opérateurs sont en place, même s'ils ne correspondent pas tous aux enjeux actuels: Caisse d'Epargne de la Poste, CDG, CNSS, sociétés d'assurances, CIMR, CMR, RCAR... Le ministre ne veut pas se prononcer sur les axes de la réforme: "laissez-nous d'abord y voir plus clair, mais d'ici la fin de l'été il y aura un projet cohérent et un calendrier, je vous le promets". Il "compte aller très vite" et souligne que c'est le gouvernement qui est demandeur auprès de la Banque Mondiale pour ce projet. Il espère même obtenir un prêt pour cette réforme.

    Le fait que le terrain ne soit pas vierge est à double tranchant. M. Kabbaj l'admet. Les institutions présentes peuvent présenter des résistances. La plus importante semble actuellement venir de la Caisse Nationale de Sécurité Sociale, qui a pris motif de la publication de données contenues dans l'étude en cours pour marchander sa participation aux travaux. En réalité, la Caisse est prisonnière de son propre statut, qui place l'UMT seule au Conseil d'administration, alors que sa rivale la CDT réclame des sièges.

    "La question n'est pas nouvelle", reconnaît M. Kabbaj, qui renvoie les syndicats dos à dos: "ils devront trouver une solution".
    La question est posée depuis une dizaine d'années, d'abord au CIPEP, puis maintenant au Conseil de Suivi du Dialogue Social, sans vraiment de réponse. En attendant, la Caisse fait toujours figure d'empêcheur de réformes. A l'autre bout, la CIMR pose toujours le même problème de survie à long terme du régime. Destinataire légal des fonds sociaux, la CDG est en train de changer de peau et de mode de travail, espérant se placer sous un ou deux ans comme un géant de l'épargne et des marchés financiers. La Caisse d'Epargne (le plus grand réseau du pays) est visée par la réforme des Télécoms et de la Poste et la CMR devrait voir son statut changer dès avant la fin de la session parlementaire.

    Nadia SALAH



    (1) Cf L'Economiste des 13 et 20 juin 1996.
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