Economie

Rapport Unicef 2006
Ces enfants que l’on ne voit plus

Par L'Economiste | Edition N°:2172 Le 15/12/2005 | Partager

. Au Maroc, 600.000 sont toujours exploités. Ils sont dans la rue, dans les maisons, dans les orphelinats…Un monde plus digne des enfants peut sembler impossible à atteindre, mais sa réalisation est pourtant simple. Il suffit de tendre la main aux petits exclus et invisibles. Tel est le mot d’ordre du dernier rapport sur la situation des enfants dans le monde 2006, qui a été lancé le 14 décembre à Londres par Ann Veneman, directrice générale de l’Unicef(1). Le thème choisi cette année est celui de «L’enfance exclue et invisible». Le rapport dresse une situation alarmante. Le monde ne fait pas assez pour améliorer le sort dramatique des centaines de millions d’enfants pauvres. L’un des objectifs du millénaire pour le développement (OMD), un deadline enclenché d’ici 2015. Pour les auteurs du rapport, les pays qui ont pris du retard en la matière doivent redoubler d’efforts avec l’appui des donateurs et des organismes internationaux. Le Maroc est également touché par le phénomène des enfants exclus et invisibles. Et fortement! Des efforts sont consentis dans le cadre d’un partenariat entre le Secrétariat d’Etat chargé de la famille, de l’enfance et des personnes handicapées, l’Observatoire national des droits de l’enfant et le Fonds des Nations unies pour l’enfance. Mais qui sont ces enfants invisibles au Maroc? Selon une note de l’Unicef Maroc, la majorité d’entre eux se trouvent dans les rues, dans les institutions, les orphelinats et au travail. On recense 600.000 enfants entre 7 et 15 ans qui travaillent tous les jours et sont exploités économiquement, dont 58% de garçons et 42% de filles. Près de 87% de ces enfants viennent du milieu rural et 85% n’ont aucun niveau scolaire. De même, 800.000 autres enfants sont à risque. Une petite fille domestique travaille 67 heures par semaine en moyenne dans des conditions très difficiles, souffre d’isolement et de séparation de sa famille. A Casablanca, à elle seule, plus de 23.000 filles de moins de 18 ans travaillent et les moins de 15 ans sont estimées à 13.800. Le nombre des institutions de bienfaisance est passé de 294 en 2002 à 500 en 2004, avec une augmentation conséquente des effectifs d’enfants recueillis qui sont passés de 29.304 à 46.500 pour la même période. La région de Sous-Massa-Draâ est en tête avec 158 institutions. Les raisons de placement sont liées principalement à la précarité économique et les problèmes sociaux des familles. En juin 2005, environ 2.321 enfants abandonnés étaient pris en charge par les centres relevant de ces associations. Ce nombre fluctue en fonction de celui des enfants recueillis par des familles en vue de la kafala. On compte 16 centres de sauvegarde de l’enfance au Maroc (relevant du Secrétariat d’Etat à la jeunesse). Ces derniers accueillent les enfants âgés de 12 à 18 ans. Le nombre d’enfants placés est passé de 3.682 en 2003 à 5.731 en 2004, dont respectivement 682 et 1.066 filles. Les 3 centres de réforme et d’éducation (Casablanca, Salé et Settat) accueillent les mineurs et les jeunes âgés de moins de 20 ans, dont le nombre était de 2.596 en 2003. S’y ajoutent, les centres d’accueil des ONG pour enfants en situation difficile. En juin 2005, les données collectées font état de 127 enfants placés dans les centres d’accueil.Les enfants handicapés font partie de la catégorie des exclus et des invisibles. En milieu rural, environ 78% (de 4-15 ans) ne sont pas scolarisés contre 58% (de 4-15 ans) en milieu urbain. Sont concernés également par l’exclusion, les enfants des rues menacés de surcroît d’exploitation sexuelle. La dislocation familiale, la perte des repères culturels et sociaux, la pauvreté et le manque d’un système d’éducation de qualité contribuent à aggraver la situation de ces enfants. La liste des exclus intègre également les 10% d’enfants non vaccinés, les 7% non scolarisés (en âge de scolarisation), les 30% âgés de 6 mois à 5 ans qui souffrent de l’anémie et les 300.000 enfants qui naissent chaque année avec la vulnérabilité à la carence en iode. Selon les conclusions du rapport mondial de l’Unicef, l’exclusion «touche les enfants dans tous les pays». Ses causes profondes sont connues: la pauvreté, les inégalités, les catastrophes naturelles, les discriminations entre les sexes ou les ethnies, la «mauvaise gestion des affaires publiques», et des maladies telles que le sida (quelque 15 millions d’enfants ont perdu un de leurs parents ou les deux à cause de la pandémie et près de 1.800 enfants de moins de 15 ans contractent le virus chaque jour) ou le paludisme. Les enfants des pays les plus pauvres sont ceux qui risquent le plus de mourir, de tomber malade et de souffrir de malnutrition. Plusieurs facteurs aggravent le risque d’invisibilité des enfants: ceux qui n’ont pas d’identité officielle ou n’ont pas été enregistrés à la naissance. En 2003, quelque 48 millions d’enfants, soit 36% de toutes les naissances de cette année, selon les estimations de l’Unicef, risquaient d’être exclus dès leur venue au monde car ils ne bénéficiaient pas d’un acte de naissance. En moyenne, plus de la moitié des enfants des pays en développement, à l’exception de la Chine, ne sont pas enregistrés chaque année.


Recommandations

Comme solutions, l’Unicef propose de redoubler d’efforts dans quatre domaines capitaux: la recherche, la législation, le financement et le renforcement des capacités et des programmes. Pour ceux qui vivent dans les régions isolées, les auteurs suggèrent de faciliter leur accès en dispensant plusieurs services et en ayant recours aux services de satellite et aux services mobiles.Fatim-Zahra TOHRY----------------------------------------------------------------------(1) Le document a été présenté au Maroc par Maie Ayoub von Kohl, représentante de l’unicef, lors d’une rencontre à Rabat.

  • SUIVEZ-NOUS:

  • Assabah
  • Atlantic Radio
  • Eco-Medias
  • Ecoprint
  • Esjc