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    Economie

    Rapport de la Banque Mondiale sur les programmes de redressement marocains : Résultats encourageants mais problèmes de structure

    Par L'Economiste | Edition N°:4 Le 21/11/1991 | Partager


    Voici maintenant une quinzaine d'années que le Maroc se trouve soit sous programmes d'ajustement, soit en préparation d'un programme d'ajustement, avec l'aide de la Banque Mondiale et du FMI. Durant ces 15 ans, les modalités d'action ont considérablement évolué. Un rapport, confidentiel, de la Banque Mondiale fait le bilan des réussites et avatars de ces programmes.



    DANS l'analyse des programmes de stabilisation et d'ajustement adoptés par le Maroc après le choc pétrolier d'Octobre 1973, l'année 1983 a été le tournant, au sens fort du terme, tant au niveau de la gravité de la crise financière qu'au niveau de la politique économique menée par le gouvernement.
    On parle souvent indifféremment de "stabilisation" et "d'ajustement" pour la période 1975-1987. Cependant, compte tenu de la nature différente des méthodes, il faut employer les termes de "programmes" de 1975 à 1983. A partir de l'été 1983, il vaudrait mieux parler "d'ajustement" au sens pur du mot.
    Pour résorber les déficits enregistrés en 1976-77 le gouvernement a tenté de mobiliser les ressources intérieures. Les méthodes de l'époque, étaient : la polique restrictive de crédit, l'augmentation des droits d'importation (1975, 77, 78 et 79), l'aggravation des restrictions à l'importation (1978-79) et la compression des dépenses publiques.
    En effet, en 1976, au moment de l'effondrement des cours mondiaux du phosphate, les investissements publics avaient atteint 28,1% du PIB - Les exportations demeuraient faibles, alors que les importations croissaient rapidemment - Les pouvoirs publics ont estimé nécessaire de doubler la taxe spéciale à l'Importation (8% au lieu de 4%), d'une part pour ralentir la progression de l'import, d'autre part, pour accroître les ressources publiques.
    Parallèlement, la compression de quelques subventions à la consommation, la diminution du taux de croissance des investissements publics et la politique de crédit avaient permis de réduire de 3% le déficit budgétaire. Par contre le déficit du compte courant s'est creusé.
    Concernant le programme de stabilisation monté pour 1978-79, par le gouvernement et le FMI, une question de choix s'était posée : il s'agissait de savoir s'il était préférable de promouvoir les exportations plutôt que de limiter les importations. Sur le plan budgétaire, on entendait résorber le déficit à travers l'augmentation des recettes et la compression des dépenses.
    En effet, déjà en 1975 et 77, le gouvernement avait décidé de porter les droits de timbres et la taxe spéciale à l'importation à respectivement 4% et 12%.
    Côté dépenses, les responsables ont tenu à maîtriser les investissements à l'exception des investissements d'infrastructures sociale, médicale et éducative.

    Malgré les efforts fournis dans la mobilisation des ressources intérieures, le déficit du budget général de l'Etat s'étant accentué , ceux-ci ont été en majeure partie financés par le recours aux emprunts étrangers.
    Ces derniers ont, en trois ans, de 1974 à 1977, augmenté de 12,5% à 37,9% du PIB.
    Dans l'incapacité de contenir le déficit du compte courant dû à l'augmentation des importations en matière de céréales , à celle des prix du pétrole brut ..., le gouvernement marocain a recouru aux facilités financières accordées par le FMI.
    En accordant ces facilités, le FMI a insisté sur la nécessité de développer l'épargne à travers des politiques de dépenses, de taux d'intérêt et d'impôts appropriées.
    Sur le plan de l'offre, les principaux effets bénéfiques étaient censés résulter d'un changement dans la composition de l'investissement : 70% de la formation brute de capital fixe devraient être entre les mains du secteur privé.
    Le programme visait en outre une importante orientation de la production vers les secteurs d'exportations (agrumes, conserves, phosphates ...) et l'instauration d'une politique de taux de change.
    Elément de ce programme, la dévaluation du dirham a été considérée comme étant une action à portée limitée à cause de la faiblesse de la demande et de l'élasticité de l'offre.
    A la fin de 1981, le programme a été suspendu et remplacé par des crédits stand-by sur 18 mois.
    Perçu comme un pont entre le programme de 1980 et le nouveau qui devrait prendre effet en 1983, le crédit stand-by visait la stabilisation, à court terme, des déficits du budget et du compte courant, la poursuite des réformes structurelles relatives aux entreprises publiques, aux impôts, à l'éducation, etc...
    En 1980-81, la Banque Mondiale avait, parallèlement au FMI, apporté son aide en accordant au Maroc un crédit d'ajustement structurel d'environ 500 millions de dollars, sous la condition d'améliorer l'efficacité de l'affectation et de l'utilisation des ressources par le secteur public.
    Avec plus de détails, la BIRD exigeait :
    - un taux de retour sur investissement de l'ordre de 10% au minimum;
    - l'élimination du transfert de capitaux aux entreprises publiques censées financer 1/3 des investissements par leurs fonds internes;
    - l'augmentation des taux d'intérêt sauf pour l'agriculture;
    - une réduction de 50% des subventions allant aux fertilisants et à l'alimentation.

    Les autorités marocaines et la BIRD n'étant pas tombées d'accord sur ces principes, les négociations ont été suspendues et le programme abandonné.
    A la fin de 1982, la dette extérieure ayant atteint un pourcentage critique de 78% du PIB, une assistance financière sous forme de nouveaux prêts et de réechelonnement des dettes a été vivement sollicitée ; d'où, les crédits stand-by de 1983-85 et 1985-87.
    Prévu pour couvrir la période allant de septembre 1983 à février 1985, le premier crédit stand-by était considéré comme une partie d'un programme à long terme conçu pour réduire de 15,3% à 3% le déficit des ressources affiché en 1987.
    Avant le rééchelonnement et le paiement des arriérés, il s'agissait d'atteindre en 1983, un déficit de 9% pour la balance des comptes courants et de 9,2% pour le budget général de l'Etat.
    Pour ce faire, politiques budgétaire, monétaire, commerciale et de taux de change devaient être harmonieusement menées.
    A l'exception d'un négligeable dépassement relatif à l'endettement du Trésor vis-à-vis des banques, la fin de l'année 1983 a été marquée par la réalisation des performances escomptées.
    Etant donné ces résultats, le gouvernement a décidé de poursuivre la même politique. Cependant, comme en 1981, l'année 1984 a mis en relief la persistance de certaines difficultés.
    Suite à la demande du gouvernement marocain, le FMI a, en 1985, accordé un crédit stand-by de 225 millions de DTS.
    La politique adoptée relevait de la même philosophie : rationaliser le secteur public, "contrôler" l'évolution des dépenses, stimuler l'épargne intérieure et l'affectation rationnelle du crédit entre les diverses opérations d'investissement.
    Cependant, les premiers mois suivant l'accord du crédit stand-by, ont été témoins de résultats négatifs, ce qui a provoqué un "remue -ménage considérable": des voix se sont élevées pour estimer que le P.A.S. ne résolvant pas les difficultés mais les aggravant,il s'en est suivi des retards d'application. En réalité, la leçon de l'expérience est qu'il faut maintenir une concordance entre le désarmement tarifaire et la réforme fiscale.

    Parallèlement à l'assistance du FMI, la BIRD a, dès 1983, contribué à l'ajustement structurel de différents secteurs notamment l'industrie, l'agriculture et les finances.
    A travers ses prêts, la BIRD a pu promouvoir des restructurations de fonds et souligner des difficultés dont souffre l'économie marocaine.
    Toujours selon la BIRD, les problèmes macroéconomiques des années 70 et 80 reflètent non seuleument une forte demande mais également d'importantes distorsions dans la structure de la production, du commerce et du système fiscal.
    Ces distorsions étaient et sont donc à la base de l'inefficacité de l'allocation des ressources.
    Malgré des avis partagés sur l'efficacité de la politique menée depuis les années 1970, les quelques signes de relance de l'économie marocaine portent à croire que les programmes de stabilisation et d'ajustement ont abouti.
    Dans l'ensemble, les perspectives d'une balance des paiements équilibrée pour 1992, de la libre convertibilité et du déficit Zéro pour 1993 sont encourageantes, conclut le rapport de la Banque Mondiale.
    D'autres problèmes ont néanmoins surgit : l'accès au crédit, le système des transports, l'équipement des terrains industriels, le coût de l'énergie, la qualité et le coût de la main-d'oeuvre ...
    Ces questions structurelles avaient été masquées par les hyper-protections.

    Hakima EL MARIKY

    Optimisme et discourt social


    M. Bottelier responsable du departement Maghreb de la Banque Mondiale a tenu avec les représentants de l'institution au Maroc une réunion de presse le 14 novembre au siège du Ministère chargé des Affaires Economiques et de la Privatisation.
    D'entrée, M. Bottelier, affiche son admiration pour les résultats économiques obtenus par le Maroc, simultanément à l'ajustement structurel. Le Dirham est jugé stable, l'inflation réprimée, l'équilibre budgétaire réalisé.
    L'accès aux financements internationaux est désormais facilité, la dette est maîtrisée. Tous ces résultats, conclut le responsable de la Banque Mondiale, dénotent un potentiel humain et administratif pour un pays qui a développé une croissance de 4% pendant son P.A.S. L'ajustement réalisé, la croissance ne put être que plus forte, de l'ordre de 7 à 8%, dans des conditions assainies à l'horizon 1993.
    Cette croissance devra profiter aux secteurs sociaux, négligés jusque là, au profit des équilibres économiques. Un plan social efficace et durable doit être désormais abordé, et être, avec l'infrastructure (hydraulique, route...) la priorité des finances publiques.
    Le secteur privé, marocain et étranger fera, surtout après la privatisation l'essentiel de la croissance. La Banque Mondiale attend un allègement de la pression fiscale.
    Payant moins d'impôt, l'entreprise sera incitée à l'épargne, la mobilisation des capitaux, l'investissement qui induira la croissance.

    C'est le «cercle vertueux» du développement économique dans toute sa mécanique académique.
    Resterait donc à l'Etat la tâche des infrastructures et du social. Comment pourrait-il financer ces secteurs sans augmenter les impôts et mêmes les diminuer ? L'assiette fiscale sera élargie par la forte croissance, qui crée donc de nouvelles ressources. L'évolution attendue est dans la production des richesses mais aussi dans leur réallocation : les ressources, comme la pression fiscale devraient être mieux réparties.
    La Banque Mondiale participe au financement de cette croissance pour 400 à 500 millions de dollars par an. Les encours sont dix fois plus importants. Après 1993, et une fois le P.A.S. achevé, le rôle de la Banque Mondiale deviendra un financement de secteurs publics.
    M. Bottelier ne fait pas grand cas du poids de la dette. L'Etat marocain peut honorer les échéances et sans qu'il y ait détournement de ressources financières de l'investissement. Car l'investissement doit être le fait des ressources privées et non publiques. Il appartient à l'Etat marocain de juger de l'opportunité de son transfert ou de sa conversion.
    Le même optimisme est de mise pour juger du défi posé par le marché unique européen. Les exportations ont bien augmenté de 15% par an jusqu'à présent. Au secteur privé d'utiliser un protocole Maroc/CEE très libéral, de développer de l'ingéniosité qui lui permettra de détourner les barrières des exportateurs asiatiques qui outrepassent les restrictions et les quotas.

    Khalid BELYAZID.




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