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    "Maman, l'avion m'a raté!"

    Par L'Economiste | Edition N°:240 Le 25/07/1996 | Partager


    Il suffit d'une panne d'avion pour s'apercevoir de toutes les défaillances de l'aéroport de Casablanca: téléphones sans voix, toilettes fermées, annonces oubliées, absence de nourriture, mépris des passagers.

    "Allô Maman, prépare les spaghettis! J'embarque tout de suite. J'arrive à Tanger dans une heure".
    Le jeune homme qui s'égosille dans la téléboutique de l'aéroport Mohammed V-Casablanca a parlé trop vite. Il ne mangera pas les spaghettis de sa mère ce soir, mais le lendemain à midi.`

    Ce vendredi 19 juillet, le vol RAM AT 480 est prévu pour 22 heures, et arrivée à Tanger à 22h50. Un bon horaire pour les amateurs de week-end, que la compagnie encourage par des tarifs appropriés.

    Notre homme franchit donc d'un pas allègre toutes les formalités: police, douane, donnant du "Tanger, Tanger", et recevant des préposés en uniforme des "sir, sir, sir...": car les aéroports marocains sont les seuls au monde où les voyageurs des vols nationaux et internationaux se mêlent aux mêmes portes, et dans les mêmes couloirs.

    21h30: Les 60 passagers de l'AT 480 sont dans la salle d'embarquement une demi-heure avant le vol. Car l'aviation est très stricte en matière d'horaire... pour les voyageurs, pas pour les avions. Pour tuer le temps, un homme d'affaires sort son téléphone mobile pour donner les dernières instructions à sa secrétaire attardée au bureau. Une jeune fille allume une cigarette pour noyer l'angoisse de l'avion. Un jeune engage une conversation: "Tu vas à Cabo?". "Non, à Kabila". C'est dans le sac.

    22h: La conversation continue sur "Olivia" et "les bains-douches".

    22h15: L'hôtesse de l'air affectée à terre laisse sa machine à composter les cartes d'embarquement et vient annoncer: "Mesdames et messieurs, le vol a du retard. Il y a une panne technique".

    Un panne? "De quoi?", s'interroge le fils prodige dont la maman cuisine si bien les spaghettis. L'hôtesse ne répond pas. "Quand partons-nous?", lance un Autrichien en anglais aux préposés de la RAM qui font semblant de ne pas comprendre la langue de l'aviation. "Je veux parler à un responsable. J'ai un rendez-vous demain matin à Tanger". Cause toujours. "Dites-moi si je dois prendre un taxi". Silence radio. "Je suis fonctionnaire au Ministère du Tourisme.... On ne peut décidément rien faire avec vous".

    Il ne trouve pour interlocuteur qu'un touriste saoudien, suant sous son keffieh. "Mais je suis en transit depuis 15h. Je ne peux attendre plus de 7 heures". Pas de réponse. L'homme s'en remet à Dieu, clément et miséricordieux, qui met le croyant à l'épreuve.

    Puis il calme sa femme, qui a pris les premières libertés dans l'aéroport en découvrant son visage et sa tête, et qui commence déjà à contester à haute voix. Une autre Saoudienne s'y met, puis leur bonne philippine. C'est le concert des réclamations.

    Le rendez-vous de la maintenance

    Patients par nature, les Marocains sont bien sûr les derniers à s'énerver: une dame de Tétouan met la RAM devant ses responsabilités: "Je suis cardiaque. A 23 heures, j'ai besoin de mes pilules qui sont dans ma valise. S'il m'arrive quelque chose...".

    23h: Il ne lui est rien arrivé. Les préposés de la RAM chuchotent: "Mais je te dis qu'il n'y a personne de l'ONDA". "Mais je te dis qu'il n'y a pas d'avion". "Mais non, c'est une panne". En guise de consolation, quelques canettes de limonade chaude sont servies aux passagers en salle d'embarquement. Ceux-ci se ruent sur le chariot affamés et assoiffés qu'ils sont.

    L'un d'eux, qui a tout avalé d'un trait, cherche alors les toilettes de la salle. Hors d'usage. L'ONDA les a fermées pour cause d'entretien. Puis il saute sur le téléphone pour appeler sa famille à Tanger.

    Hors d'usage. L'ONPT affiche aussi son avance technologique. Ce soir, c'est le grand rendez-vous de la maintenance. Trois grandes entreprises nationales, ne vivant que pour le service public, sont unies pour faire de Casablanca une grande plate-forme internationale.

    Minuit: Les premiers passagers excédés par la faim, la soif, l'incertitude se décident a rentrer chez eux et à renoncer, qui à sa visite familiale à Tanger, qui à son week-end à Cabo. Ils sortent... par la porte d'entrée sous le regard médusé des policiers et des douaniers habitués à ne voir les passagers que dans un seul sens.

    A l'aéroport de Tanger, l'inquiétude monte chez les familles et les amis qui attendent: car, bien sûr, nul n'a pris la peine d'aviser que le Casa-Tanger avait du retard.

    Pas d'avion, pas d'équipage. Les préposés de la RAM se confondent en excuses et politesses (Si, Si!). Les passagers qui restent sont transportés en car à l'hôtel Idou Anfa, qui n'a plus rien à donner à manger à ces affamés et surtout pas de spaghettis. Pour les boissons, il fallait payer.

    Finalement, l'avion de vendredi 22h part samedi à 9 heures du matin. Il aura fallu 12heures pour un Casa-Tanger. Le temps pour aller à Atlanta, en cette nuit d'ouverture des Jeux Olympiques.

    Khalid BELYAZID

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