×
  • Compétences & RH
  • Société Brèves International Brèves internationales Courrier des Lecteurs Les Grandes Signatures Documents Lois à polémiques Docs de L'Economiste Docs de Qualité Enquête de Satisfaction Chiffres clés Prix de L'Economiste 2019 Prix de L'Economiste 2018 Perspective 7.7 milliards Earth Beats Solutions & Co Impact Journalism Day cop22Spécial Cop22 Communication Financière
    Economie

    Pour la première fois, les chiffres de la dette jusqu'en 2001 : Le rééchelonnement: Une catastrophe financière

    Par L'Economiste | Edition N°:242 Le 08/08/1996 | Partager


    Les données de la dette jusqu'en 2001 montrent deux choses: cette dette est très lourde, on le savait; le rééchelonnement est une très mauvaise solution, même financièrement, on le savait moins.
    Il faudra attendre l'an 2001 pour voir la dette extérieure telle qu'elle existe aujourd'hui, c'est-à-dire sans compter les emprunts qui ont été faits au cours des six derniers mois et ceux qui vont venir dans les cinq prochaines années, pour voir les échéances de la dette descendre au-dessous de 20 milliards de DH. Le tableau ci-contre ne tient pas compte non plus des dettes effacées (400 millions de FF) ou en cours de conversion (750 millions de FF au lieu des 600 millions prévus initialement). Mais ces montants sont inférieurs à l'emprunt lancé avec la garantie de la Caisse Française de Développement (1,5 milliard de FF), emprunt qui fait partie du même arrangement politique avec Paris et dont les remboursements ne sont pas encore portés sur l'échéancier ci-contre.

    La signification stratégique de cet échéancier est que les trois prochaines années vont être au moins aussi terribles que l'année en cours, du point de vue de ce qui a été diplomatiquement nommé "la contrainte extérieure". Dans ce cadre, la raideur dont a fait preuve le ministre des Finances et des Investissement Extérieurs dans les séances de négociations sociales peut se comprendre...

    Les défaillances hors-Etat


    Le poids de la "contrainte extérieure" sera plus lourd si l'Etat continue à emprunter sans pouvoir décrocher des années de grâce au début des remboursements ou bien sans abaisser le taux d'intérêt moyen (cas de l'emprunt-CFD). L'autre danger est plus diffus et totalement imparable: la défaillance d'emprunteurs ayant par le passé obtenu la garantie de l'Etat. Le dernier accident en date est celui de l'ONCF: ses dettes antérieures au programme de redressement ont été totalement prises en charge par l'Etat. Mais le cas le plus choquant a été et reste celui de la plupart des entreprises de pêches hauturières du début des années 80. Entreprises privées, arguant de diverses protections politiques, vraies ou supposées, des sociétés de pêche ont surdimensionnés leurs emprunts pour obtenir la garantie de la CCG (Caisse Centrale de Garantie, fort mal gérée à l'époque) puis n'ont pas fait face à leurs engagements. C'est le contribuable qui paye aujourd'hui, le tout ayant été rééchelonné dans les packages de 1983 et 1988. Ces défaillances ont jeté une suspicion durable sur le secteur, où pourtant toutes les entreprises ne méritent pas d'être mises en accusation. L'inverse existe aussi, avec le cas de l'OCP: il a mis en péril le crédit de l'Etat dans la 2ème moitié des années 80 (après l'avoir soutenu en maquillant les comptes à la fin des années 70); l'OCP a pu reprendre en charge le paiement de ses propres dettes en 1995.

    Le mécanisme de la garantie va bien au-delà de l'anecdote puisque le tiers de la dette extérieure s'est formé de force. "Les administations entre elles ou avec le Parlement engagent des batailles homériques pour 20 millions de DH et, parallèlement, la signature de l'Etat, donc la poche du contribuable, est engagée par milliards de DH sans que personne ne pipe mot", s'indignent les autorités monétaires en analysant le contenu de la dette et de ses échéances. La réforme de la Caisse Centrale de Garantie n'introduit pas de surveillance particulière sur les procédures d'octroi de garantie par l'Etat(1). En revanche, le Trésor qui conserve son droit de regard sur l'endettement extérieur des entreprises privées ou publiques se montre aujourd'hui plus circonspect que dans les années 70 et 80 sur le choix des monnaies d'endettement: les catastrophes de l'endettement en Pesètes et surtout en Yens lui ont donné une leçon fort coûteuse.

    Le rééchelonnement, version financière du sida


    L'autre enseignement stratégique de l'échéancier de la dette extérieure est que le rééchelonnement est une solution hors de prix. Les effets de méfiance, suspension de lignes... consécutifs aux accidents de paiements sont bien connus: un pays qui est en rééchelonnement provoque à peu près les mêmes réactions que les porteurs de sida: on ne s'en approche qu'avec circonspection même si l'on tient des discours humanitaires pour critiquer l'exclusion dont il est victime.

    L'autre conséquence moins visible mais tout aussi pesante du rééchelonnement est qu'il provoque un fort renchérissement de la dette: les intérêts représentent la moitié (solution du Club de Paris) jusqu'au double (solution du Club de Londres) du principal(2). L'année 2001 est la dernière où les effets des rééchelonnements des années 80 se feront sentir. C'est le terme le plus long qui ait été obtenu.

    Nadia SALAH

    (1) Cf L'Economiste du 11 juillet 1996.
    (2) Le Club de Paris est le groupe des Etats prêteurs. Ce nom lui est donné parce c'est le Trésor français qui se charge des travaux de collecte des données et de préparation des négociations en cas de rééchelonnement. Le Club de Londres, ainsi nommé parce qu'il se réunit à Londres, est le groupe des banques prêteuses. Dans le cas du Maroc, les cochefs de file du Club de Londres étaient la BNP et la Citibank. Le Club de Londres coûte toujours plus cher que le Club de Paris.


    • SUIVEZ-NOUS:

    • Assabah
    • Atlantic Radio
    • Eco-Medias
    • Ecoprint
    • Esjc