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    Tribune

    Pour affronter la globalisation mondiale de l'économie : La culture de l'intelligence économique

    Par L'Economiste | Edition N°:148 Le 06/10/1994 | Partager

    Par Fawzi BRITEL*

    L'économie mondiale se globalise. La guerre est ouverte. La matière première et les capitaux ne sont plus les premières armes, c'est l'intelligence au sens anglais de information qui constitue l'arme stratégique des entreprises et des Etats.

    Affirmer que l'information intelligible et le savoir utile se taillent aujourd'hui une place de premier plan dans les prises de décision et dans les systèmes de gestion des diverses organisations privées, publiques ou associatives tiendrait aujourd'hui du lieu commun s'il n'était avéré qu'en cette matière l'improvisation tient souvent lieu de politique, plus particulièrement dans des pays comme le nôtre.

    Or, alors que l'ouverture et le désenclavement des marchés nationaux marquent de leur sceau l'économie mondiale du XXème siècle et que les relations commerciales bilatérales et multilatérales se voient encore plus renforcées dans la perspective d'une organisation mondiale du commerce, force est de reconnaître que le savoir économique et financier est devenu de plus en plus la pierre angulaire des politiques concurrentielles et compétitives tant à l'échelle nationale qu'internationale.

    Pour notre pays, il importe aujourd'hui plus que jamais d'amener l'opérateur à être conscient des enjeux couverts par une formation utile et une information intelligible afin de faire face, de par lui-même, aux aléas d'environnement international.

    Minier ou agricole

    En effet, la valeur ajoutée réside désormais essentiellement, non plus dans la matière, dans l'intrant ou le composant, mais dans la qualité du produit, dans le niveau de la productivité et de la formation et dans l'intégration des réseaux économiques nationaux. Mieux, au-delà de la maîtrise des batailles qui ont pour enjeu les gains de productivité, nous assistons à l'émergence d'une véritable guerre économique tous azimuts qui se traduit sur la scène internationale par des confrontations d'ensembles et de géostratégies économiques mettant ainsi en jeu divers acteurs en place qui usent, eux, de tous les moyens disponibles pour conquérir les grandes places dans les marchés extérieurs.

    Avant de procéder à l'étude des relations qui s'établissent entre stratégie de l'information et intelligence économique, il y a lieu de passer en revue les traits saillants spécifiques de l'économie de cette fin du XXème siècle.

    La globalisation: un état de "guerre" économique permanent

    Le monde économique actuel connaît une complexité et une turbulence accrues qui se traduisent par les traits saillants suivants:
    - Les moyens d'information et de transport ont élargi le champ de vision de l'individu, de sorte que dans le grand village planétaire la gestion des données se fait en temps réel.
    - L'environnement social par le jeu de la démocratie et de la responsabilisation des acteurs sociaux modifie les règles de la décision alors que les experts, les groupes de pression, les organismes représentatifs, les opinions publiques influent tous sur la vie économique.
    - La mondialisation et l'internationalisation des industries suppriment les frontières géographiques: les marchés étrangers s'ouvrent, la sous-traitance se délocalise, les fournisseurs ne sont plus obligatoirement nationaux, des alliances inter-entreprises sont conclues hors-frontières, les investissements et les filiales s'expatrient. Simultanément, plusieurs tendances émergent avec force.

    Ainsi :
    - l'évolution technologique s'accélère, la production industrielle se tourne vers la haute technologie, l'innovation devient une nécessité permanente;
    - la concurrence s'exacerbe face à la conjoncture économique de plus en plus incertaine et les relations entreprises/clients/fournisseurs se compliquent, la notion de secteur protégé n'existe plus;
    - les mouvements des capitaux accentuent les tensions financières et économiques et se manifestent par diverses spéculations, OPAOPE, par une volatilité des parités monétaires et des risques financiers accrus;
    - l'atomisation et la spécialisation extrême des marchés obligent à adapter et à diversifier les produits dont la durée de vie est souvent plus courte et l'écoute "marketing" du client devient la règle;
    - la collaboration des entreprises est de plus en plus constatée : l'entreprise en général n'a plus tendance à tout faire elle-même;
    - des impératifs technico-économiques sont imposés par l'harmonisation des normes, législations et réglementations et il est aujourd'hui nécessaire de penser standard régional, voire mondial (et non plus seulement national).

    D'aucuns pourront par leur vécu quotidien vérifier et étoffer la vivante réalité de l'accélération de ces mutations et de la complexité des comportements économiques. A travers les jeux conflictuels, déclarés ou souterrains, les confrontations ouvertes ou secrètes, les tactiques non avouées, les ruses, les alliances, les coalitions, l'information ne connaît plus ni règles, ni limites. Sur-information, sous-information, espionnage, désinformation sont ainsi autant de pions sur un immense espace ludique agressif.

    L'intelligence économique, l'atout-maître

    Ce constat de tensions internationales, omniprésentes, rend les entreprises de plus en plus vulnérables, alors que pour vivre et se développer, il leur faut s'assurer d'une certaine stabilité. Grandes, petites, industrielles ou de services, elles doivent porter une attention accrue et pertinente à leur environnement. L'information devient une matière première, un facteur de productivité, de compétitivité et de succès.

    Ainsi, dans un environnement de plus en plus agressif et concurrentiel, les entreprises prennent vite conscience de leurs carences internationales. Elles ne sont guère préparées à l'instabilité mondiale. Elles se doivent de concevoir une stratégie de développement à partir d'une pratique concertée, défensive ou offensive de l'information et ce, dans une perspective globale.

    Toute organisation ne peut plus, dès lors, se contenter d'une simple activité documentaire qui collecterait de l'information pour les questions qu'elle serait amenée à poser. La documentation s'habille alors d'une forte valeur ajoutée, devient VEILLE. Tout système d'information documentaire se transforme en système d'information stratégique, comme une collecte volontaire organisée et cohérente, de l'exploitation et de la diffusion de toutes les informations possibles sur l'environnement technique, économique, commercial, concurrentiel ou social.

    L'entreprise doit ainsi développer une sensibilité à son environnement. Dès lors, la compréhension de l'entreprise devient globale, panoramique mais sélective, centrée sur les facteurs pouvant avoir un impact majeur sur les décisions importantes de l'entreprise. Elle englobe tous les environnements, tous les acteurs internes ou externes (clients sous traitants, concurrents, partenaires, groupes de presse...), tous les comportements et leurs interactions.

    L'organisation a dès lors la faculté de connaître et de comprendre. Elle est une unité pensante, capable et intelligente où veille concurrentielle, veille technologique, veille commerciale, veille produit, veille politique, veille économique, veille d'acquisition, veille sociale, veille informatique s'imbriquent dans un concept d'intelligence, globale et stratégique.

    Dès lors, l'on peut considérer l'intelligence, non seulement comme la collecte, l'évaluation et la diffusion de l'information, mais également comme une approche globale de l'environnement, mêlant des stratégies externes à la gestion des ressources technologiques et humaines de la firme.

    Ainsi, le système d'intelligence soutient l'entreprise dans la formulation et la mise en oeuvre de sa stratégie à long terme par une incessante action à court terme, tactique qui vient réorienter la "vision" de l'entreprise.

    Culture ouverte

    Tout système d'information est dès lors en cette matière fondamentalement amené à:

    - passer d'une culture fermée à une culture ouverte de l'information, construite sur un besoin de connaissances;

    - passer d'une culture individuelle à une culture collective de l'information, à travers notamment des actions concertées entre le secteur public et le secteur privé, la mise en oeuvre dans l'entreprise d'une dynamique collective de gestion de la connaissance où l'information devient moyen de maîtrise de l'environnement.

    L'intelligence économique couvre ainsi tous les maillons de la chaîne, du renseignement économique ouvert jusqu'à l'action qui privilégie les stratégies d'influence et les réseaux relationnels.
    Concrètement, l'intelligence économique répond à un besoin de connaissance des intentions et des capacités des acteurs qui interagissent dans un environnement concurrentiel.

    Elle relève fortement de spécificités culturelles et nécessite des moyens importants et spécialisés. Il importe aujourd'hui d'adapter les structures de l'économie nationale aux divers défis relevés par la concurrence internationale notamment en matière de production d'une information de qualité à travers des systèmes informatifs dynamiques et producteurs d'un savoir relatif à l'environnement économico-financier permettant d'éclairer les opérateurs économiques nationaux dans des prises de décisions pertinentes et également assurer les conditions de viabilité et de sécurité financières pour les partenaires économiques du Maroc qui veulent s'y implanter ou s'y relocaliser. Il appartient donc à tout acteur de s'intégrer dans un processus information/savoir/décision/action et d'en revendiquer la cohérence et l'intelligence. A cet effet, notre économie, nos entrepreneurs et notre "Administration" doivent générer un modèle spécifique de développement d'une intelligence économique afin d'en faire la première ressource nationale, bien avant les phosphates ou les oranges. Conciliant formation, information et dynamisme interne, cette intelligence est le passage obligé de la "haute route" de la croissance à "grande vitesse". C' est, dès lors, une nouvelle culture de l'information économique et financière qui doit apparaître en surface dans le paysage marocain pour substituer, au comportement familio-entrepreneurial, des comportements économiques ayant le sens de l'intérêt national qui inscrivent leurs actions collectives dans le cadre d'une conception intégrée du développement économique et social de nos villes, de nos villages et de notre société.

    * Professeur universitaire

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