×
  • Compétences & RH
  • Société Brèves International Brèves internationales Courrier des Lecteurs Les Grandes Signatures Documents Lois à polémiques Docs de L'Economiste Docs de Qualité Enquête de Satisfaction Chiffres clés Prix de L'Economiste 2019 Prix de L'Economiste 2018 Earth Beats Solutions & Co Impact Journalism Day cop22Spécial Cop22 Communication Financière
    Courrier des Lecteurs

    Politique monétaire: Les conflits latents

    Par L'Economiste | Edition N°:310 Le 25/12/1997 | Partager

    Il y a des leçons à tirer de la crise asiatique: quelle politique de taux de changes? Quelles relations entre finance, affaires et politique? Quelle précaution prendre si l'on veut une croissance à deux chiffres?...


    La politique monétaire s'était faite oublier depuis quelques années. La voilà qui revient au galop, sous la faveur de la crise des Dragons asiatiques. C'est sans doute la leçon centrale de l'exposé de M. Adil Douiri devant les invités de HEM le 18 décembre 1997 à Casablanca.
    Attention, dit M. Douiri, administrateur-délégué de la première banque d'affaires marocaine, CFG, il y a des différences entre le Maroc et les pays d'Asie, mais il y a aussi des ressemblances. C'est là que la politique monétaire revient au galop.
    L'Asie aujourd'hui en crise avait deux systèmes, soit l'ancrage au Dollar, soit l'ancrage à un panier, comme le Maroc. "Dans les deux cas, parce qu'il est artificiel, le taux de change ne transmet aucun signal à l'activité économique". Il ne dit pas si les entreprises sont plus productives ou moins productives que leur environnement. Il ne dit pas, surtout lesquelles d'entre elles peuvent emprunter à l'extérieur, en devises et lesquelles doivent s'abstenir. "En Thaïlande, par exemple, il y avait un organisme parapublic qui se chargeait de faciliter l'emprunt en devises pour les PME". Evidem-ment, lorsque le Dollar se met à monter ou bien lorsque la croissance se ralentit un tant soit peu, la boule de neige se forme. Les PME peinent pour rembourser, les banques se montrent méfiantes, ce qui aggrave les difficultés. Le mécanisme récessif démarre alors, avec d'autant plus de brutalité que la méfiance vis-à-vis de la valeur de la monnaie nationale s'aggrave du fait même de la récession. "Même les entreprises locales se sont mises à stocker des Dollars en vendant des Baht thaïs, et c'était normal puisqu'elles devaient rembourser en Dollars", souligne M. Douiri.

    Quand le signal arrive, c'est déjà tard, souvent trop tard, comme lorsqu'un barrage cède sous la pression de l'eau. Les six pays mis en crise ont réagi de manière différente. Hong-Kong a défendu sa monnaie et y a engagé une grande partie de ses réserves, qui étaient parmi les plus élevées au monde. Il a réussi pour l'instant, mais ce sont les cours boursiers qui ont payé la facture, avec des baisses brutales. "Lorsqu'on n'ajuste pas la monnaie, c'est tout le reste qui s'ajuste à la monnaie", explique M. Douiri. Dans la salle, M. Mehdi Boughaleb, PDG d'Al Amane et l'un des plus gros investisseurs institutionnels en bourse, dresse l'oreille. Derrière lui, un exportateur du textile s'agite sur sa chaise: il a vu que la défense de la monnaie de Hong-Kong réduit la compétitivité des confrères exportateurs. Pas besoin de lui faire un dessin pour qu'il "marocanise" le raisonnement.
    Les Philippines ont essayé de faire pareil, mais n'avaient pas assez de munitions, poursuit M. Douiri. Elles ont donc abandonné rapidement et laissé flotter la monnaie, qui a dégringolé. C'est peut-être ce qui donnera le ressort pour un redémarrage rapide, sur la base d'une monnaie faible, peut-être sous-évaluée. Mais en attendant, la dette extérieure est devenue énorme. Elle a gonflé dans l'exacte proportion de la baisse de la monnaie locale. Là, ce sont les fonctionnaires du Trésor, absents, qui auraient dû dresser l'oreille et avec eux les contribuables.

    Au Maroc, c'est l'Etat et ses entreprises publiques qui sont endettés à l'extérieur, pas les entreprises privées. Pas besoin d'être devin pour voir qu'il y a un conflit d'intérêt latent entre la puissance publique et les entreprises privées sur la question du taux de change. Le flottement libre résoudrait une bonne partie du problème, "mais, reconnaît M. Douiri, c'est effrayant pour tout le monde une monnaie qui monte et descend tout le temps".
    Autre ressemblance qui fait sourire toute la salle: "L'allocation amicale des ressources", selon l'expression de M. Douiri. L'Asie en est pétrie, jusqu'au Japon tout moderne qu'il soit. Le Maroc connaît bien ce système du "cosy-féodalisme", le féodalisme intime où le capital suit les réseaux de famille, d'amitiés, d'échange de services... "L'allocation amicale des ressources n'est évidemment pas l'allocation optimale, telle que le veut le marché des capitaux", taquine M. Douiri en laissant à ses auditeurs une belle matière à réflexion.

    Nadia SALAH

    • SUIVEZ-NOUS:

    • Assabah
    • Atlantic Radio
    • Eco-Medias
    • Ecoprint
    • Esjc