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    «Nous sommes raisonnablement optimistes»

    Par L'Economiste | Edition N°:297 Le 25/09/1997 | Partager

    L'augmentation des marges et la reconstitution des stocks restent au centre des préoccupations du GPM. La faiblesse des marges conjuguée au programme de reconstitution des stocks freine les investissements. Toutefois, les opérateurs restent optimistes.

    - L'Economiste: Est-ce que le secteur de la distribution pétrolière couvre bien les besoins du pays?
    - My Abdellah Alaoui: Le secteur de la distribution permet la satisfaction de 75% des besoins énergétiques du pays avec un actif de 6 milliards de DH. Il dispose d'un réseau de plus de 1.800 points de vente. Mais c'est également un secteur réglementé et dont l'économie est administrée. Il doit être en conséquence rémunéré de façon juste et équitable. Or, actuellement les sociétés tirent leur croissance dans le développement du marché quand c'est possible et dans les marges qui leur sont allouées. Concernant le marché, il s'agit d'abord d'un marché de consommation qui connaît aujourd'hui une certaine stagnation du fait de la sécheresse. Les ventes de gas-oil ont baissé de 2% et le fuel de plus de 25%, ce qui représente un manque à gagner très important.

    - Les marges restent le talon d'Achille de votre activité?
    - L'approvisionnement de la population aussi bien en gaz butane qu'en carburant nécessite des investissements très lourds, alors que la rentabilité reste incertaine puisque les marges de distribution ne répondent plus aux objectifs des opérateurs. Si nous voulons maintenir le rythme des investissements, les marges doivent être réactualisées. On ne discutera pas avec les pouvoirs publics des taux mais il faut qu'un effort sérieux soit fourni. Rappelons que le secteur de la distribution investit chaque année 1 milliard de DH sans tambour ni fanfare. Les sociétés envisagent même d'acheminer les cargaisons par bateaux afin de minimiser les coûts.
    Si les sociétés continuent d'investir, c'est parce qu'elles sont engagées dans ce métier depuis plusieurs décennies. Elles croient néanmoins aux promesses qui leur ont été faites. Partant de là, elles ont rempli leurs engagements, notamment en matière de reconstitution de stocks de sécurité. Le programme est respecté. Cette opération aura quand même coûtée la bagatelle de 3,5 milliards de DH. Les financements de ces stocks ont été faits par voie d'emprunts. C'est une ponction non négligeable sur leur trésorerie au détriment de leurs investissements. Elles ne pourront pas à la fois reconstituer les stocks, investir et créer des emplois dans un système administré où elles n'ont pas de marge de manoeuvre pour pouvoir tirer des profits en amont.

    - Comment allez-vous faire face aux répercussions de la hausse du Dollar?
    - Si la tendance est maintenue, il y a des craintes de voir le marché de l'essence carburant, du gas-oil et du fuel encore baisser. Et cela est un obstacle sérieux pour le développement. En tant que gestionnaires, nous ne pouvons pas être pessimistes, parce que nous pensons que cette crise est passagère. Le prix du pétrole reviendra à son cours normal. De même pour le Dollar.
    Nous pensons qu'après l'hiver les prix baisseront et que le marché ne continuerait pas à décroître. Au contraire, avec la croissance de la population et les efforts entretenus pour stimuler l'économie maro-caine ainsi que l'intérêt manifesté par les grandes capitales boursières à l'égard du Maroc, nous sommes raisonnablement optimistes.

    - Quels sont vos projets d'investissements en cours?
    - Les sociétés ont commencé à construire de nouvelles entités de stockage, notamment un dépôt à Mohammédia et un autre à Agadir. C'est un secteur qui nécessite un redéploiement concret.
    La naissance de nouveaux pôles nous amène à envisager de nouveaux stockages dans de nouvelles régions.
    Par ailleurs, les sociétés de distribution sont appelées à jouer un grand rôle dans l'investissement et créer également des emplois. Ce sont, en effet 5.000 nouveaux postes qui seront ainsi crées durant les cinq prochaines années, notamment dans les centres emplisseurs et les unités de production de lubrifiants.
    De nouveaux pipelines et des dépôts marins seront également construits. La logistique qui est derrière est très importante. Mais s'il n'y a pas un coup de pouce au niveau de la structure des prix, il y aura des malheurs.

    - Après la privatisation des raffineries et de la distribution, comment sont vos relations?
    - Les raisons commerciales vont prévaloir sur les états d'âme. Les relations des opérateurs devront être plus conventionnelles afin de délimiter les responsabilités de chacun. A l'avenir, ces rapports seront plus clairs. Les contrats passés par le GPM avec les raffineries, notamment pour la qualité du produit et les conditions de paiements, seront mieux définis.

    - Il reste les problèmes de la qualité.
    - Je crois que la pression est exercée par le cahier des charges. Les raffineries seront amenées à améliorer la qualité en investissant dans des unités de désulférisation et de déparaffinage.
    La pression sera également exercée par les pouvoirs publics qui restent responsables politiquement de la qualité de la consommation. Ils n'ont pas démissionné pour autant lorsqu'ils ont cédé les raffineries.
    Ils continueront la pression pour arriver à des normes internationales, notamment pour le taux de soufre.


    «Il y a trop de stations-service»

    Alors que les sociétés de distribution réclament haut et fort des augmentations de marge, le ministre de l'Energie et des Mines, M. Driss Benhima tempère.
    Sur le fuel-oïl, produit fortement consommé par l'ONE, depuis la privatisation des sociétés pétrolières, chaque appel d'offres a conduit à des prix plus bas à cause de la concurrence. Quant aux autres combustibles, les marges restent étroitement liées à une organisation de la distribution. «Nous sommes dans un pays où il y a trop de stations-service», souligne le ministre, convaincu que les sociétés de distribution peuvent optimiser leurs moyens de production et leur gestion. «Tant que nous n'aurons pas abouti à une convergence de vue sur cette position, il sera difficile pour le gouvernement de tenir compte du point de vue des distributeurs concernant leurs marges», poursuit-il. Autre grand dilemme, les marges sont administrées par l'Etat.

    D'où le dialogue de sourds entre l'Administration qui dit «aux distributeurs améliorez votre gestion et vos marges seront suffisantes» et les distributeurs qui disent «nous ne pouvons pas investir, nous moderniser et aller de l'avant avec des marges insuffisantes».
    Ceci étant, il y a peut-être des projets de hausse de marges qui verront le jour. Mais le dialogue de sourds risque de persister, car les marges qui pourraient être accordées par l'Etat seront toujours jugées insuffisantes. L'idéal serait de dégager des marges libres. Mais «une libéralisation implique une situation de concurrence saine. Ce n'est pas encore le cas», conclut le ministre.

    Propos recueillis par
    Rafik IKRAM et Fatima MOSSADEQ

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