×
  • Compétences & RH
  • Société Brèves International Brèves internationales Courrier des Lecteurs Les Grandes Signatures Documents Lois à polémiques Docs de L'Economiste Docs de Qualité Enquête de Satisfaction Chiffres clés Prix de L'Economiste 2019 Prix de L'Economiste 2018 Perspective 7.7 milliards Earth Beats Solutions & Co Impact Journalism Day cop22Spécial Cop22 Communication Financière
    Entreprise Internationale

    Nike: Seconde affaire avec les Musulmans américains

    Par L'Economiste | Edition N°:289 Le 17/07/1997 | Partager

    De notre correspondant aux USA, Fayçal BEN HASSAIN

    Nike rappelle 38.000 paires de chaussures avant qu'elles n'atteignent les devantures des magasins. Motif: échapper au boycott des Musulmans améri-cains qui ont reconnu dans le logo de la nouvelle collection le nom d'Allah.


    Les grandes compagnies américaines sont en général très soucieuses de ne pas choquer l'opinion publique nationale. Toutes sont passées par des moments difficiles au cours desquels la puissance des lobbies s'est dressée devant elles, un de leurs produits ou certaines de leurs décisions «politiquement incorrectes». Les puissants groupes américains étudient donc très minutieusement chacun de leur produit en passant au crible toute objection qu'un lobby pourrait soulever. Ils cherchent à éviter à tout prix d'aller à l'encontre de ses idées, de ses opinions politiques, d'une race, d'une religion ou d'une des nombreuses lois qui s'évertuent à épargner la susceptibilité de tous.
    Apparemment le fabricant de vêtements de sport Nike avait oublié ou , pis, négligé l'importance des Musulmans américains lorsqu'il créa un nouveau logo pour de nouvelles baskets qu'il s'apprêtait à lancer sur le marché. Faute impardonnable, car il s'était déjà heurté à eux en 1995 pour une publicité placardée près de l'Université de Californie qui montrait un joueur de basket-ball en pleine action au-dessous duquel était inscrite la phrase «Ils l'appellent Allah».

    Le Council on American-Islamic Relations (CAIR), le conseil chargé des relations entre l'Islam et les Américains basé à Washington, avait alors protesté officiellement sans toutefois aller jusqu'au blasphème mais en critiquant Nike pour manque de respect envers la religion musulmane. Celui-ci avait bien entendu retiré les panneaux publicitaires et s'était excusé auprès des Arabes et Musulmans américains. Les deux côtés avaient alors «cohabité» en paix jusqu'à cette nouvelle affaire.
    Elle débute avec la présentation à la presse des modèles destinés aux collections de cet été 1997 appelés «Air Bakin», «Air Melt», «Air Grill» et Air B-que», tous faisant référence à la chaleur et aux très populaires parties de grillades dont sont friands les Américains pendant la belle saison. Le logo qui allait avec était censé représenter les flammes provenant d'un feu de charbon de bois. En fait, il reprenait le nom d'Allah calligraphié. Immédiate-ment le CAIR, vigilant au respect des Américains en général envers l'Islam et les Musulmans aux Etats-Unis, montait au créneau.

    Don de 50.000 Dollars


    En effet, il s'était notamment renforcé lors de l'attentat d'Oklahoma City il y a deux ans lorsque les médias commençaient à accuser les Musulmans et les Arabes américains d'en être les auteurs et avaient jeté la suspicion sur les membres de cette communauté. D'autant que son importance grandit puiqu'il englobe les noirs américains comme les citoyens US d'origine arabe et leurs familles. Certes, leur nombre n'est pas précisément connu, car les recensements se font par rapport à la couleur de peau et de l'origine ethnique, les religions étant soigneusement tenues à l'écart de ce genre de compte.
    Il n'empêche que les Musulmans américains commencent à avoir un certain poids aux Etats-Unis et surtout à s'organiser efficacement. Et même si des barrières pratiquement insurmontables divisent les noirs et les Arabes américains, au moins lorsque l'Islam est en jeu, les différents groupes font cause commune et par là gagnent en puissance et en crédibilité. D'autant qu'ils ne défendent pas n'importe quoi n'importe quand. Leur lutte vise tout d'abord à faire reconnaître l'Islam comme religion tolérante et respectable et les Musulmans comme citoyens des Etats-Unis d'Amérique à part entière. Ce qui n'est pas tâche facile quand les Américains par souci de simplification à l'extrême mélangent intégrisme, jihad, problèmes du Moyen-Orient, fondamentalisme ou encore Arabes sans discernement.

    Dans le cas de Nike, le CAIR avait en plus un autre atout en main qui était de nature à décourager n'importe quelle compagnie, quelle que soit sa taille au niveau international. L'appel au boycott de tous les produits de Nike dans le Monde arabo-musulman! La menace était si sérieuse que les plus hauts responsables de la marque signèrent un accord avec le CAIR pour retirer du circuit, avant même qu'elles n'atteignent les vitrines des magasins, les 38.000 paires de chaussures au logo contesté. C'est une première dans l'histoire de Nike, qui a en plus présenté ses excuses officielles aux Musulmans du monde entier.
    Nike a, en outre admis que cette malheureuse affaire leur permettra de mieux connaître l'Islam et d'ouvrir un dialogue positif avec les Musulmans américains afin d'arriver à mieux comprendre leurs problèmes dans la société. Et pour prouver sa bonne foi, Nike va faire un don de 50.000 Dollars à une école élémentaire musulmane qui sera choisie plus tard pour y construire un terrain de jeu.

    Retrouvez dans la même rubrique

    • SUIVEZ-NOUS:

    • Assabah
    • Atlantic Radio
    • Eco-Medias
    • Ecoprint
    • Esjc