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    Economie

    Mourad Chérif: "Défions-nous de la force et de la complaisance"

    Par L'Economiste | Edition N°:310 Le 25/12/1997 | Partager

    Pas de pitié pour les employeurs qui mettraient des enfants en danger, mais pour le reste il faut une politique "intelligente" au long cours pour qu'il n'y ait plus d'enfants au travail. C'est ce que propose M. Mourad Chérif, ministre de l'Habitat, de l'Emploi et de la Formation Professionnelle.


    · L'Economiste: N'y a-t-il pas un laxisme ambiant dans la lutte contre le travail des enfants?
    · M. Mourad Chérif: C'est très tentant de dire la loi est là, appliquons-la coûte que coûte. Cela donne bonne conscience. Mal-heureusement, les enfants au travail sont une réalité économique et sociale, donc une action trop brutale aurait pour conséquence, non pas de supprimer la réalité, mais de la faire plonger dans la clandestinité, de rejeter ces enfants vers cette clandestinité. Alors, nous ne pour-rions plus rien pour eux. Je crains même si nous ne faisons pas preuve d'intelligence dans la lutte qu'au lieu de travailler chez un artisan ou chez une maîtresse tisseuse, ces enfants soient envoyés à des formes d'exploitation infiniment plus brutales, l'exploitation sexuelle ou l'exploitation d'organes.

    · Au risque d'être accusé de mollesse...
    · Pas du tout. Il y a trois sortes d'approches possibles. Vous pouvez avoir l'approche forte dont nous parlions, avec les risques de la clandestinité et tout ce que cela suppose. A l'autre extrémité, il y a l'approche complaisante, celle qui essaye de repeindre la réalité en rose en disant que les employeurs s'occupent de l'éducation, de l'avenir des enfants. Je ne dis pas que cela n'arrive pas, mais nous ne pouvons pas parier là dessus. D'ailleurs nos enquêtes prouvent le contraire. La complaisance, à mon avis, sert à perpétuer un état de fait que tout le monde condamne aujourd'hui. Il y a enfin une approche différente qui veut partir de la réalité pour l'amener à changer. C'est celle que je qualifie d'intelligente.

    · Mais quand des enfants sont en danger vous n'allez pas attendre que la réalité évolue?
    · Si vous pensez comme moi à ce scandale d'il y a quelques années où des enfants ont été intoxiqués par de la colle que leur donnait leur employeur, alors là il n'y a pas à hésiter. C'est la sanction pénale. Pas d'enfants travaillant avec des produits toxiques, pas d'enfants en situation dangereuse, quel que soit leur âge. Nous entreprenons d'ailleurs de former les inspecteurs du travail pour qu'ils s'intéressent de près à la situation des enfants au travail. Il faut souligner que le Maroc n'est pas totalement démuni: la loi n'est certes pas au niveau international, mais elle prohibe totalement le travail en dessous de 12 ans. Nous nous en servirons. En revanche, pour les autres formes de travail, nous devons employer l'approche évolutive. Nous allons d'abord nous mettre à niveau institutionnellement. Il faut que nous révisions nos textes, quitte à sortir la question des enfants de la réforme du Code de Travail, pour aller plus vite. Ensuite, nous devons aussi former les inspecteurs du travail, les médecins du travail, les assistantes sociales et d'une manière générale tous les corps qui sont concernés par les enfants. Nous comptons beaucoup sur les ONG, à qui nous avons fait une large place dans le séminaire de cette semaine. Les ONG sont en contact quotidien avec le terrain et leur expérience est inestimable.

    · Les enfants qui travaillent ne sont pas tous dans les mêmes conditions. A la campagne, ils travaillent auprès de leurs parents. Ce n'est pas la même chose que les petites bonnes ou les petits ouvriers.
    · Lorsque je dis que nous devons avoir une démarche différenciée, c'est justement parce que la réalité est différenciée. Lorsque les parents se font aider par leurs enfants, le problème est la non-scolarisation, pas l'exploitation. Il faut l'approcher par la scolarisation, pas en allant reprocher aux parents d'exploiter leurs enfants. Cela n'aurait aucun sens pour eux et cela risquerait de les raidir contre l'école. La nouvelle approche du Ministère de l'Education Nationale avec ses écoles non formelles ou celles des ONG qui vont dans le même sens paraissent mieux adaptées à la réalité.
    Pour les enfants qui travaillent chez des artisans ou dans des petites usines, ils ont une sorte de statut d'apprentis. C'est très ambigu, reconnaissons-le. Mais cela donne l'opportunité de les approcher, de pousser l'employeur vers l'amélioration du sort des enfants. Il faudra faire preuve de discernement et peut-être de fermeté pour amener les enfants vers l'alphabétisation, vers les couvertures médicales, vers la formation professionnelle. C'est une politique à long terme que
    nous engageons et qui implique plusieurs départements de l'Etat.

    Propos recueillis par Nadia SALAH

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