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    Maroc/Israël : Commerce bloqué au port

    Par L'Economiste | Edition N°:227 Le 25/04/1996 | Partager

    Embargo de la Ligue Arabe mais contacts nombreux et encouragés entre les hommes d'affaires marocains et israéliens qui débouchent sur des contrats. Résultats: blocages en douane et au port.


    Trois petites sociétés de droit marocain vivent des problèmes kafkaïens, du fait du flou qui règne entre le maintien de l'embargo politique de la Ligue Arabe sur le commerce avec Israël et le développement des contacts d'affaires avec l'Etat hébreu, contacts officiellement encouragés au Maroc.
    Une de ces sociétés, Cosmic, court des risques importants du fait de sa petite taille. Les deux autres, Foods&Goods, un négociant, et Cap Solaire, un industriel, rencontrent aussi des difficultés pour travailler.
    Les faits sont simples.
    Les 23 et 24 octobre dernier, M. Abdelouahab Moumni, administrateur de Cosmic, société spécialisée dans l'importation et la distribution de matériel et de consommables informatiques, participe à la mission d'hommes d'affaires marocains partis en Israel dans le cadre du Med Partenariat. Rappelons que la mission marocaine était organisée par la Fédération des Chambres de Commerce européennes au Maroc.

    Suite à cette mission, Cosmic a importé des onduleurs, acquis auprès de la société israélienne Gamatronic, pour un montant de 10.000 Dollars, auxquels s'ajoutent environ 3.000 Dollars de frais de transports et d'assurances. Les marchandises sont arrivées le 5 mars 1996 au port de Casablanca. Les onduleurs ne sont pas soumis à restriction d'importation. La visite douanière ne relève pas d'inscription mentionnant l'origine israélienne, conformément à l'usage qui s'est établi pour les importations directes ou indirectes en provenance de ce pays. Néanmoins, le dédouanement n'a pas pu se faire. Le 28 mars 1996, Cosmic s'inquiète par fax auprès de l'Administration de la Douane, rappelant la mission d'affaires et l'absence d'inscription d'origine. En fait, si les onduleurs ne portent pas de marque d'origine, les emballages comportent la mention "Conformes aux Normes israéliennes" (en anglais). La Douane n'a pas relevé cette mention. Cosmic ne reçoit pas de réponse écrite à son courrier. Cosmic indique avoir reçu une réponse par téléphone, qui lui indiquait que "la Douane a des instructions pour ne pas dédouaner", sans explication supplémentaire. A L'Economiste, les services de presse de la Douane précisent que les instructions viennent du Ministère des Finances, ce qui n'a pas pu être confirmé auprès de ce Ministère. Il n'a pas pu être retrouvé de traces d'instruction, de note ou de circulaire du Ministère des Finances allant dans ce sens.
    Le 13 avril 1996, M. Ali Alaoui, autre administrateur de Cosmic envoie un deuxième fax à l'Administration des Douanes, mentionnant l'absence de réponse écrite au premier fax. Il explique que "la situation devient plus que critique" pour la société. Il demande à "connaître ce qui de droit pour permettre de débloquer cette situation". Au moment où nous mettions sous presse, les administrateurs de Cosmic attendaient la réponse écrite. Oralement, l'Administration des Douane "compatit" et suggère à Cosmic de "faire des propositions pour dénouer son problème". La société propose d'occulter la mention des normes ou d'abandonner les emballages.

    Selon M. David Daddon, responsable du Bureau de Liaison israélien au Maroc, "la situation est incompréhensible". Il a contacté le Ministère des Affaires étrangères, celui du Commerce, de l'Industrie et de l'Artisanat et celui des Finances et des Investissements.
    Foods and Goods, quant à elle, a du vin d'Israël, qui se trouve en attente au port. Chez Cap Solaire, le problème est différent. Il s'agit de la fixation du droit de douane à appliquer aux intrants servant à la fabrication des chauffe-eau solaires et des climatiseurs montés. Selon Cap Solaire, les droits normaux devraient être de 2,5%, suivant la nomenclature douanière. Cependant, l'Administration des Douanes et des Impôts Indirects considère que le taux doit être de 35%. L'entreprise industrielle s'interroge sur d'éventuelles "mesures discriminatoires".
    Ces affaires embarrassent aussi le système bancaire. En effet, si "officiellement il ne peut pas y avoir de paiements directs en faveur ou en provenance d'Israël", la pratique est différente.
    Les banques ouvrent des accréditifs en faveur des sociétés qui désirent importer de ce pays et plusieurs banques marocaines ont établi des réseaux de correspondant-banking avec leurs homologues israéliennes, soit directement, soit indirectement via l'Europe ou les places off-shore.
    Les sociétés prises dans ces difficultés commerciales rappellent volontiers les multiples contacts avec leurs homologues israéliennes. Sont particulièrement citées les rencontres entre hommes d'affaires lors de la Conférence Economique de Casablanca sur le Moyen-Orient et l'Afrique du Nord, à l'automne 1994. A aucun moment, indiquent les sociétés, un quelconque signe leur a donné à penser que la doctrine marocaine changerait vis-à-vis des relations économiques avec Israël. D'ailleurs, est attendue pour début juin, une mission d'hommes d'affaires israélienne.

    Hicham ARIF

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