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    Enquête

    L'Université Al Akhawayn d'Ifrane démarre : L'AUI rompt avec les mythes universitaires

    Par L'Economiste | Edition N°:144 Le 08/09/1994 | Partager

    La première université privée du pays sera payante mais refuse la sélection par l'argent. C'est l'élitisme intellectuel qui sera cultivé. La langue anglaise et l'organisation à l'américaine créent des ruptures avec les traditions des universités françaises qui marquent celles du Maroc.

    La science de Berkeley, le cosmopolitisme de Paris, le maintien d'Oxford, la vocation à diffuser l'Islam de la Karaouiyine... L'université Al Akhawayn d'Ifrane (AUI) est un peu tout cela à la fois.

    Créée par le Dahir du 3 août 1993 sous la Présidence d'honneur de Sa Majesté le Roi, la première université privée du Maroc osera plusieurs innovations dans un domaine universitaire, bien conservateur, même s'il est réputé "progressiste", politiquement du moins.

    Ce sont tous les grands principes de gratuité de l'enseignement, d'égalité, de cours magistral, de liberté de l'enseignant... qui sont remis en cause.

    Sont introduits, en revanche, le principe du paiement pour l'acquisition des connaissances, la sélection à l'entrée, la pédagogie active. La culture générale et même la morale sont réintroduites pour oublier que les universités au Maroc, et partout dans le monde, étaient l'espace de toutes les contestations sociales.

    Le lieu même, Ifrane, constitue la première rupture. Jusque-là les universités s'installaient en fonction de la pression démographique estudiantine. Après Rabat, ce fut Casablanca, Fès, Marrakech... puis les villes moyennes : Kénitra, El Jadida... Ici, ce n'est pas l'université qui va vers le grand nombre, mais l'élite qui monte vers elle.

    Les grandes universités du monde américain (dont l'AUI s'inspire fortement) ont été créées loin des bruits des grandes villes, sur des campus verdoyants pour que s'épanouisse la matière grise.

    La sélection est une autre rupture par rapport aux universités égalitaristes, ouvertes sur titre à tous les bacheliers (à quelques exceptions près comme les facultés de médecine ou les écoles d'ingénieurs).

    Dans sa mission, il est précisé que "l'admission... se fait sur la base d'une sélection appropriée permettant le choix des meilleurs candidats qui présentent le plus grand potentiel dans les études". Ainsi si l'objectif est d'accueillir 400 étudiants en janvier prochain, l'université ouvrira avec des effectifs limités, si 150 ou 200 éléments présentent le niveau requis.

    A pleine capacité, cette université formera 3.600 étudiants.

    Si la sélection par le niveau et la motivation promet d'être serrée, en revanche, la sélection par l'argent est rejetée et paradoxalement par la première université payante.

    Il en coûtera 22.000 DH aux Marocains et 33.000 DH aux étrangers par semestre pour les seuls frais de scolarité. Le logement en résidence universitaire coûtera 2.400 DH en chambre double et 5.600 en single. Tout cela hors frais de nourriture, de soins de santé... A ce sujet, l'assurance maladie sera obligatoire.

    Bourses et prêts-études

    Pour que ce coût ne soit pas un handicap, "l'AUI déploiera tous les efforts" pour faciliter l'accès aux candidats méritants. "Al Akhawayn, université de l'élite et pas de l'élite sociale" soutiendra les bons profils dans le besoin, pour une bourse, un prêt-étude octroyé par une banque, le travail sur le campus et même les trois à la fois.

    Même principe de sélection pour les enseignants qui devront faire la preuve de leur compétence scientifique et pédagogique.

    L'ouverture aux enseignants étrangers (30%) est prévue pour "stimuler une saine émulation scientifique", précise la mission.

    L'ouverture à l'étranger est un choix structurel qui garde contre le risque de sclérose, "c'est un peu comme l'eau de lac et l'eau de mer. L'une est stagnante, l'autre toujours renouvelée, propre et riche".

    Les recrutements sont d'ailleurs en cours pour des enseignants à plein temps.

    Pas question de monter des cursus avec des "turbo-profs" comme l'on surnommait les enseignants des nouvelles universités autour de Paris. Les professeurs doivent, en plus de leur enseignement, être "à disposition" des étudiants, affichant même leurs horaires d'accueil. L'enseignement continue après le cours.

    Le cours magistral du haut d'une chaire n'est pas le moyen pédagogique privilégié. Le plus grand amphi de 660 personnes servira surtout aux cérémonies.

    Au contraire, la majorité des cours aura lieu en petits groupes par classe. L'étudiant devra, en arrivant, avoir préparé son cours, car le professeur lui aura indiqué le chapitre et le livre en référence.

    Sur le contenu, une rupture évidente est marquée par la langue d'enseignement qui est l'anglais.

    Le débat, plus politique que pédagogique, entre les défenseurs de la langue nationale et ceux du français, moyen d'accès à la science, est planté là.

    L'arabe et la civilisation arabo-islamique font néanmoins partie des cursus obligatoires. Il s'agit de marquer le côté marocain de l'AUI qui n'est pas une université américaine hors Etats-Unis comme celle de Beyrouth.

    Attention à la morale

    Une de ses missions est d'être un pôle de dissémination de la langue arabe et de la civilisation musulmane. Mission qui se greffe sur la formation scientifique pour laquelle l'étudiant étranger viendra.

    Il n'y aura d'ailleurs aucune limite au nombre d'étrangers, contrairement aux établissements publics qui limitent leurs effectifs à 10% du total.

    Autre rupture de taille, l'AUI ne sera pas l'espace libre, ouvert aux idées, par extension aux contestations politiques et morales. Sur la vieille franchise universitaire, qui interdisait même à la police l'accès aux campus s'étaient greffés tous les gauchismes et une ambiance libertine au risque de dérapages vers les drogues.

    Aussi le Dahir donne le ton à la discipline qui devra régner, dans son article 24.

    Il prévoit : "la suspension immédiate de tout étudiant peut être prononcée par le Président pour manquement aux règlements de l'Université et notamment un comportement contraire à la bonne moralité ou pour utilisation, détention ou distribution illicite de stupéfiant ou de substances psychotropes". Un Conseil de discipline est instauré.

    D'une manière générale, l'éducation est mise en valeur et associée à une instruction scientifique qui se veut efficace.

    Plus encore, les religions trouveront des lieux d'épanouissement : une mosquée, et puis une église, une synagogue.

    La mosquée ne domine pas le campus par son minaret. Elle est même décaissée. On y imagine déjà les étudiants y descendant en groupes, à l'appel du muezzin, un soir d'hiver,
    sous la neige.

    K.B.

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