International

L'Otan veut soigner son déficit d’image
De notre envoyé spécial à Bruxelles, Amin RBOUB

Par L'Economiste | Edition N°:2166 Le 07/12/2005 | Partager

. Le dialogue avec les pays de la Méditerranée au cœur de la stratégie de l’Alliance. Redéploiement vers de nouveaux domaines d’intervention. Prochainement, une visite d’officiers de l’Otan au Maroc«Redéploiement, élargissement, transformation». Ce sont là autant de mots-clés qui reviennent dans les discours des responsables de l’Organisation du traité de l’Atlantique nord (Otan). C’était lors d’une journée organisée par la division de la diplomatie publique de l’Alliance à l’attention d’un groupe de journalistes provenant des pays de la rive sud de la Méditerranée et du Moyen-Orient. L’objectif est de sensibiliser des médias de ces régions arabes au nouveau rôle de l’Alliance et son redéploiement vers de nouveaux domaines d’application.Au lendemain de la guerre froide, l’Otan n’est plus menacée directement. Le nouveau contexte mondial se caractérise par le risque terroriste et beaucoup d’incertitudes (problèmes ethniques, prolifération d’armes de destruction massive, massacres de civils). L’après-11 septembre et la lutte contre le terrorisme dictent de nouvelles mesures de sécurité et des mécanismes de coopération appropriés. En clair, un nouveau mode opératoire. «Nous sommes passés de la confrontation à la coopération en matière de sécurité», a tenu d’emblée à préciser Nicola De Santis, chef de la section du dialogue méditerranéen de l’Initiative de coopération d’Istanbul (à la division diplomatie publique, de l’Alliance). Selon lui, l’Otan qui est une organisation politique avec une projection sécuritaire compte approfondir la dimension politique. Aucune décision militaire ne peut être prise sans une décision politique au plus haut niveau.En 2006, un sommet de l’Otan sera organisé. Le lieu n’a pas encore été déterminé. Mais une chose est sûre, le sommet devra déterminer les modalités de transformation des champs d’intervention de l’Alliance.. Chef d’orchestreEn revanche, les responsables de l’Otan sont conscients qu’il y a un déficit d’image et un décalage dans les perceptions du véritable rôle de l’Otan, non seulement dans le monde arabe, mais aussi en Europe. Pour le secrétaire général de l’Alliance, Jaap de Hoop Scheffer, il dit comprendre que l’image que se font certains pays de l’Alliance n’est pas toujours reluisante. «Un dialogue sérieux sera amorcé pour instaurer la confiance et discuter des fausses perceptions». L’objectif aujourd’hui est de redresser l’image de l’Alliance et dissiper toute fausse perception. Mais au préalable, instaurer un climat de confiance. Car de nombreux pays ainsi que l’opinion publique, notamment arabe, croient dur comme fer que l’Alliance n’est qu’un instrument militaire de la politique étrangère des Etats-Unis. La situation en Irak a exacerbé cet a priori qui érige les Etats-Unis en chef d’orchestre. Pourtant, dans le QG de l’Alliance à Bruxelles, l’on est catégorique. L’Otan est une organisation politico-militaire, intergouvernementale et multilatérale. «Toutes les décisions se prennent par consensus. Si l’un des 26 pays alliés est contre, la décision n’est pas validée», répète-t-on à l’Otan. Et c’est ce qui a avorté l’intervention militaire de l’Alliance en Irak, est-il ajouté. Notre intervention en Irak se limite à des trainings de formation qui ont bénéficié à un millier d’officiers supérieurs, dans la nouvelle académie militaire. 500 autres officiers irakiens ont été formés dans des centres à l’étranger, précise-t-on. Aujourd’hui, l’Otan est déterminée à renforcer sa coopération avec les pays du sud de la Méditerranée (appelés aussi pays du dialogue méditerranéen) que sont le Maroc, l’Algérie, la Mauritanie, la Tunisie, l’Egypte, la Jordanie et Israël. Pour rappel, le dialogue avec les pays de la Méditerranée a été enclenché en 1994. Autre détail important, le Maroc est parmi les premiers pays à y avoir adhéré. Mieux encore, c’est l’un des pays qui a apporté la plus grande coopération militaire hors alliés. Il participe avec des contingents au Kosovo et en Bosnie-Herzégovine. Une visite de responsables militaires de l’Otan sera effectuée dans deux semaines au Maroc afin d’étudier les modalités de coopération avec l’état-major des Forces armées royales ainsi que des stages de formation pour officiers supérieurs, a confié le colonel Guisepe Clemente à L’Economiste.Visiblement, la Méditerranée, particulièrement les pays du Maghreb, est devenue un enjeu stratégique dans le redéploiement de l’Otan. A part les manœuvres militaires, l’Otan propose un menu de coopération à la carte. Il s’agit d’une large palette avec différents aspects, notamment des opérations de maintien de la paix, la réforme de la défense, la gestion des conséquences de catastrophes, la lutte contre le terrorisme. Mais ce dernier aspect nécessite aussi le partage des renseignements, l’échange d’informations, un élément capital dans la lutte antiterrorisme. L’Alliance propose également un concept qui lui est cher, l’interopérabilité. Concrètement, il s’agit de mener des opérations militaires communes avec les pays partenaires, un moyen de croiser les expertises et roder les forces armées partenaires à mener une véritable mise à niveau.Le Maroc, l’Algérie et Israël étaient les premiers à demander à participer à combattre le terrorisme en mer aux côtés des forces alliées. Baptisée Active Endeavour, cette opération de grande envergure est l’un des enjeux majeurs de la coopération en Méditerranée avec l’Alliance. Ce programme parrainé par l’Otan permet le déploiement de bâtiments militaires navals dans la Méditerranée. Il vise: «le maintien et la protection des routes maritimes commerciales très fréquentées en Méditerranée ». Jusque-là, les pays du dialogue méditerranéen ne participent pas à ces opérations.Autre grand événement attendu au QG de l’Otan, la réunion ministérielle à laquelle participeront les ministres des Affaires étrangères. Condoleeza Rice est très attendue à Bruxelles. La ministre devrait s’expliquer notamment sur le transfert, par la CIA, de présumés terroristes dans des centres de détention secrets en Europe. Washington n’a jamais confirmé ou infirmé l’existence de ces centres. Gênée, l’UE, qui fait des droits de l’homme l’un des premiers critères d’adhésion, demande des explications à ses alliés.

  • SUIVEZ-NOUS:

  • Assabah
  • Atlantic Radio
  • Eco-Medias
  • Ecoprint
  • Esjc