×
  • Compétences & RH
  • Société Brèves International Brèves internationales Courrier des Lecteurs Les Grandes Signatures Documents Lois à polémiques Docs de L'Economiste Docs de Qualité Enquête de Satisfaction Chiffres clés Prix de L'Economiste 2019 Prix de L'Economiste 2018 Solutions & Co Impact Journalism Day cop22Spécial Cop22 Communication Financière
    Economie

    Lester Pollack, président du Morocco-US Trade and Investment Council : "Il y a un intérêt économique réel pour le Maroc"

    Par L'Economiste | Edition N°:248 Le 03/10/1996 | Partager

    L'idée de créer un Conseil (ou Comité) Maroc-USA pour le Commerce et l'Investissement aux Etats-Unis n'est pas nouvelle. L'initiative que Sa Majesté le Roi Hassan II a lancée lors de la signature des accords du GATT à Marrakech en avril 1994 a finalement vu le jour le 3 juin 1996. Le premier bureau a ouvert ses portes à Washington en présence d'une délégation marocaine. Celui de NewYork doit ouvrir cet automne. Entretien avec M. Lester Pollack, président du Morocco-US Trade and Investment Council.


    · L'Economiste: Pourriez-vous nous parler du Conseil?
    - Lester Pollack:
    Les buts du Conseil sont de favoriser et de stimuler les investissements américains au Maroc dans diverses industries afin de fournir les moyens d'accroître les échanges mutuels entre les deux pays. Pour résumer, il s'agit d'une façon plus générale d'encourager les relations économiques entre le Maroc et les Etats-Unis.

    - Comment fonctionnera-t-il pratiquement?
    - Il y aura deux bureaux aux Etats-Unis: l'un à Washington et l'autre à New York.
    Le premier servira de point de contact pour les nombreuses compagnies US qui ont des représentants dans la capitale et qui souhaitent s'informer sur le Maroc. Il aura pour tâche de contrôler et suivre de près les actions du gouvernement et du Congrès qui pourraient motiver ou relancer les relations commerciales entre le Maroc et les USA. Mais en général ce bureau observera de près toutes les lois et actions légales qui concernent le commerce et les échanges entre les deux pays. De plus, nous organiserons pour les milieux politiques et d'affaires de Washington des programmes, des activités et des événements particuliers afin qu'ils trouvent des opportunités d'investir dans l'économie marocaine et d'avoir une bonne vision d'ensemble du pays comme nation émergente.
    Quant au bureau de New York, il s'occupera du même genre de questions mais également des problèmes de faisabilité de projets spécifiques destinés à des industries bien déterminées tant en amont qu'en aval du processus. Il ouvrira cet automne et sera installé au 10 Rockfeller Plazza, en plein Manhattan.

    - Quel est le budget d'un tel Conseil?
    - Cette information n'est pas de nature à être publiée actuellement. Mais ce sera un budget qui sera alloué afin de financer les coûts administratifs d'une entreprise (les bureaux, le personnel, téléphones, fax, etc...), ainsi que les différentes activités qu'il aura. Notamment d'encourager les voyages d'affaires dans les deux pays.
    Ce budget vient entièrement de contributions du secteur privé des deux pays, de membres d'organisations américaines ou même de personnes privées qui croient dans les opportunités que le Maroc offre et dans le rôle du Conseil en tant que fer de lance des investissements au Maroc.

    - Quelles relations le Conseil entretiendra avec l'ambassade du Maroc à Washington et particulièrement avec son service économique?
    - Le Conseil est une entreprise non gouvernementale, alors que l'ambassade oui. Mais si cette dernière peut très bien être une source d'informations économiques sur le Maroc, elle n'est en aucun cas impliquée dans les affaires proprement dites du Conseil.

    Programme d'information

    - Comment allez-vous vous faire connaître?
    - Nous publierons beaucoup de matériels comme des lettres à une fréquence que nous fixerons plus tard ainsi que des informations qui seront partie intégrante du processus éducationnel. En outre, le Conseil participera à des forums de discussion afin de parler du Moyen-Orient et de l'Amérique du Nord comme nations émergentes ainsi que des progrès du Maroc dans son rôle de pays phare dans les réformes de son économie. Ceci afin de la stabiliser définitivement. Il aura donc un programme d'information sous formes de lettres, de réunions qu'il organisera, de publication de brochures et de forums qu'il tiendra sur différents projets qui seront ouverts à tous.
    - Participerez-vous à des salons internationaux aux Etats-Unis?
    - Nous participerons à toutes sortes de programmes et forums internationaux.

    - Pensez-vous que les milieux d'affaires US sont suffisamment intéressés par le Maroc pour justifier la création d'un tel Conseil?
    - Si nous nous basons sur les sommets économiques de Casablanca et d'Amman ainsi que sur les échanges de points de vue entre les hommes d'affaires américains et marocains, alors oui, il y a un intérêt économique réel de la part de milieux d'affaires américains pour le Maroc. Ces derniers ont saisi l'importance d'essayer de pénétrer et de s'implanter dans le Royaume.
    Il y a aussi l'expérience de plusieurs compagnies américaines déjà présentes au Maroc couronnée de succès qui pousse d'autres à y venir. Par exemple Goodyear, Westinghouse ainsi que des institutions financières qui ont créé des fonds d'investissements telles que Salomon Brothers.

    - Pensez-vous que les hommes d'affaires marocains sont prêts à s'attaquer au marché US?
    - Il me semble qu'il y a une certaine prise de conscience de leur part. Ils se sont rendu compte qu'en termes d'exportation ou même d'investissement dans certaines industries un intérêt commun existe entre les deux pays. Et les Marocains commencent à montrer un désir d'investir et de commercer avec les Etats-Unis.

    - Avez-vous des projets dans le court terme. Des missions ou des voyages d'affaires au Maroc? L'organisation de forums?
    - Il y a des visites régulières que les milieux d'affaires font au Maroc que le Conseil encourage vivement. Il y a aussi des personnes qui amènent au Maroc des investisseurs professionnels et confirmés. Nous avons une conférence qui se tiendra au Maroc sur les investissements qui devront y être faits, ainsi que dans la région du Maghreb d'ailleurs, conférence que nous avons encouragée de toutes nos forces. Ce sont des investisseurs qui brassent des sommes considérables d'argent sous forme de fonds de retraites de grosses sociétés et de nombreux Etats. Notre responsabilité est donc d'encourager les gens qui investissent et ceux qui soutiennent et financent les investissements.

    - Aurez-vous des relations avec d'autres organismes américains comme l'OPIC (Overseas Private Investment Corporation) ou la EX-IM Bank (Export-Import Bank)?
    - Oui. Les responsables du département américain du Commerce et de l'OPIC sont en contact continu avec nous. Ils savent que le Conseil existe et ont montré un réel enthousiasme lorsqu'il a commencé à se former. Nous avons donc des relations très actives avec eux. En outre, l'OPIC a crée un fonds d'investissement pour le Moyen-Orient et l'Afrique du Nord et nous sommes en relation avec les gens qui s'en occupent et nous encourageons pleinement leurs activités.

    Propos recueillis par
    Fayçal BENHASSAIN
    Notre correspondant aux Etats-Unis


    Comment s'attaquer au marché américain

    S'attaquer au marché américain est une opération d'envergure et nécessitant des efforts constants et convergents. C'est ainsi que le Maroc devait d'ores et déjà faire comme toutes les puissances économiques et nommer des ambassadeurs qui ne seraient plus des diplomates, mais des hommes d'affaires agressifs et efficaces. C'est loin d'être le cas. C'est l'exemple non seulement de la France, mais aussi d'autres pays comme le Brésil par exemple.
    Mais il ne faut pas être naïf: quiconque souhaite pénétrer le marché US ou ouvrir le sien aux Américains doit impérativement investir, et quelquefois des sommes qui peuvent paraître colossales. Mais celui-ci ne peut se faire n'importe comment. Les bureaux du Morocco-US Trade and Investment Council de Washington sont situés dans l'un des immeubles les plus luxueux de la capitale: le très célèbre Watergate. Or, même sans connaître le budget alloué à l'organisation, il n'est pas bien difficile de deviner que le seul coût de la location de ces bureaux se chiffre à des milliers de Dollars. Plus celui de New-York qui se trouvera, lui, en plein coeur de Manhattan. Seront-ils, comme disent les Américains, "cost-effective", c'est-à-dire d'un bon rapport rendement-prix? Il s'agit d'un Conseil à but non lucratif, donc qui ne rapportera pas d'argent.
    Un autre conseil que n'importe quel séminaire enseignera aux hommes d'affaires souhaitant réussir: faire parler de sa société, ou du produit que l'on veut vendre. Certaines sociétés dépensent des millions de Dollars en publicité afin de se montrer sans arrêt aux consommateurs. General Motors par exemple a un budget de 2 milliards de Dollars par an pour la simple publicité. Mais ils sont les plus gros vendeurs d'automobiles des USA. Et ils sont présents partout: dans les journaux, les magazines, la télévision ou la radio et maintenant sur Internet. Si le Morocco-US Trade and Investment Council n'investit pas dans ce que l'on nomme pudiquement les "public relations", il ne pourra jamais être connu du grand public. Or, les experts de la Banque Mondiale et du Fonds Monétaire International sont formels: la base du tissu économique international et par conséquent américain aussi est constitué d'abord et surtout de petites et moyennes entreprises. Ce sont celles qui sont les plus créatrices d'emploi et de richesses des nations. Ce sont à elles que tout homme d'affaires avisé devrait s'adresser en premier lieu. Mais il y a aussi les autres paramètres qui assurent le succès ou non des échanges avec les Etats-Unis. D'abord une harmonisation des lois avec celles qui régissent le commerce international, leur connaissance non seulement par les avocats, mais aussi par n'importe quel fonctionnaire marocain. Car ce sont des plaintes qui reviennent souvent: un blocage malgré des directives gouvernementales claires par un agent administratif qui use et abuse de son autorité. Or les Américains, tout le monde le sait, détestent tout ce qui ressemble de près ou de loin à l'Administration. Un petit accroc dans ce domaine est pour eux la fin de l'aventure dans le pays incriminé. Or, encore aujourd'hui, s'ils s'adressent à des représentants officiels du gouvernement marocain, ils obtiennent des réponses pour le moins évasives sinon complètement contradictoires avec ce que leur ont dit d'autres hommes d'affaires. Car il serait inconscient de se cacher la réalité.
    Si le Maroc, et principalement les plus hautes autorités, ont une bonne presse et réputation chez les Américains, l'ensemble du pays n'est pas classé en haut du tableau quant aux risques encourus par les milieux d'affaires qui souhaiteraient s'y aventurer. Les transports, les communications, les hôtels, les banques, plus une multitude de petits services restent ou d'un niveau médiocre ou beaucoup trop chers.
    Mais le marché américain est à la portée de beaucoup d'hommes d'affaires marocains, malgré les obstacles. Le Morocco-US Trade Investment Council peut s'avérer d'une aide appréciable s'il arrive à convaincre le milieu d'affaires marocain de ses faiblesses, des changements à apporter et surtout des réformes à poursuivre. Quant aux Américains, il faut qu'ils s'aperçoivent que s'ils vont au Maroc ce n'est pas pour manger un bon couscous ou un délicieux tajine, mais tout simplement pour vendre plus et facilement ou pour faire fabriquer à un coût nettement inférieur à celui que leur offrent des pays d'Asie du Sud-Est ou d'Amérique du Sud. De la même façon, s'ils s'adressent au bureau du Morocco-US Trade and Investment Council, ils ne seront pas impressionnés par le luxe environnant, mais par la qualité du service rendu et des informations données.

    F. B.

    • SUIVEZ-NOUS:

    • Assabah
    • Atlantic Radio
    • Eco-Medias
    • Ecoprint
    • Esjc