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    Enquête

    Les stock-options institutionnalisés en France

    Par L'Economiste | Edition N°:638 Le 15/11/1999 | Partager

    · Le nombre d'options distribuées a doublé en trois ans
    · Le système ne répond pas à des critères communs. Il reste discrétionnaire et totalement opaque


    «Les stock-options à la française, c'est un système gagnant à tous les coups», explique un banquier français. «Ceux qui rentrent dedans savent qu'ils ont toutes les chances de gagner beaucoup d'argent et, dans le pire des cas, d'en sortir sans avoir perdu un Franc». Depuis une quinzaine d'années, les grands dirigeants français ont subtilement détourné la vocation première des options. Normalement, cet élément variable du revenu est censé récompenser au cas par cas les performances des responsables des entreprises et surtout les motiver à faire mieux: en termes de résultats, de stratégie et d'appréciation de l'action.
    Mais, très vite, le montant des options s'est envolé et la fréquence de distribution s'est accélérée.

    Claude Bébéar, Pinault-Valenciennes et les autres


    La croissance en volume d'abord: selon L'Expansion (septembre 1999), le nombre des stock-options distribuées a doublé en trois ans et la valeur de la plus-value potentielle des dirigeants des 40 premières sociétés françaises a progressé de près de 70%. Elle se situerait autour de 45 milliards de Francs. «Plus le niveau du salaire est élevé, plus les montants d'options sont importants», ajoute Anne Laurence Guilamila du cabinet Hewitt, spécialisé dans les rémunérations. «Dans les tranches de salaires supérieures à un million de Francs annuels, les volumes d'options se situent entre 100 et 200% du salaire». Mais surtout l'attribution des options s'est véritablement institutionnalisée. «Il y a quelques années, elle était irrégulière. Les dirigeants pouvaient en recevoir une année, puis plus du tout lors des années suivantes.
    De l'avis général, la distribution des stock-options ne répond pas à des critères communs aux grands groupes. A l'exception d'un seul: les montants astronomiques distribuées. Comment expliquer qu'après vingt ans passés à la tête de Paribas, André Lévy Lang, son PDG démissionnaire, bénéficie d'une plus-value sur ses options évaluée entre 150 et 200 millions de Francs, alors que Philippe Jaffré, l'ex-PDG d'Elf, pendant cinq ans seulement empochera plus de 200 millions? Rien ne le justifie, ni les résultats des deux groupes, ni les performances individuelles.
    Pas un banquier, pas un responsable financier ne s'aventure aujourd'hui à dire que tel ou tel PDG mérite plus qu'un autre. «La vraie question française porte sur les critères d'attribution», explique un fiscaliste. «Comme le système est discrétionnaire et totalement opaque, personne ne saurait dire aujourd'hui pourquoi un patron est plus riche qu'un autre».

    Paranoïa


    Au top-ten des Français enrichis aux stock-options, il semble que Claude Bébéar, le PDG d'AXA, et Didier Pinault-Valenciennes, celui de Schneider, supplantent de très loin tous leurs collègues. La plus-value potentielle de l'assureur français, maison mère et filiales confondues se situerait actuellement autour d'un milliard de Francs.
    «J'ai toujours été contre les distributions annuelles d'options», a déclaré récemment Marc Viennot le président d'honneur de la Société Générale. Et d'ajouter: «Cela se transforme en rente de situation». Pas étonnant dans ces conditions que les PDG développent un sentiment puissant de paranoïa dès qu'on leur demande combien ils gagnent. Comme s'il y avait dans ce système d'options quelque chose d'illégitime.
    Cette opacité s'accommode d'ailleurs fort bien d'une gestion d'options tout aussi peu transparente, connue seulement de ceux qui sont dans le système et qui peut varier d'une entreprise à l'autre. Parfois, les pratiques sont franchement illégales, mais la surveillance est inexistence. Certains responsables attendent la publication des résultats annuels (s'ils sont bons, le titre monte en bourse) pour exercer leurs options. «Dans ce cas, la question du délit d'initié se pose», signale un juriste spécialisé dans les montages fiscaux des plans de stock-options. «La pratique semble assez courante, ajoute-t-il. A contrario, la direction d'un grand groupe international coté en bourse a décrété récemment qu'il était interdit de lever ses options pendant les six premiers mois de l'année, qui sont les mois correspondant à l'annonce des résultats annuels».

    Nathalie BENSAHEL
    Syndication L'Economiste-Libération (France)


    Les plans conditionnels


    Les gestionnaires de fonds se montrent très vigilants à la fois sur ce que coûtent les directions des grands groupes dans lesquels ils investissent (les salaires, les bonus, les primes et les options des plus hauts responsables), mais aussi sur la gestion des options. C'est d'ailleurs en partie pour cette raison que certains groupes introduisent maintenant la notion de risque dans leurs programmes de stock. L'idée consiste à faire le lien entre les performances économiques de l'entreprise, le «value added» (valeur ajoutée) et l'attribution d'options. Ce sont les fameux plans conditionnels.
    Chez Alcatel, les 2.500 dirigeants et cadres supérieurs bénéficiaires de stock-options ne pourront les exercer en l'an 2000 qu'à condition que la marge opérationnelle du groupe ait progressé d'au moins 6,5% par rapport à 1999. Chez Vivendi, le critère de référence c'est le cours de l'action. Les 50 premiers responsables du groupe profitent d'un nouveau plan d'options en or, à savoir 1% du capital distribué, plus de 5 millions d'options à se partager dans cinq ans. Mais attention, pour cela il faut que le titre augmente de 25% par rapport à un échantillon d'actions équivalentes.

    N. Be.

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