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    Enquête

    Les hommes dans l'ombre de la licence GSM

    Par L'Economiste | Edition N°:666 Le 23/12/1999 | Partager

    · Un commando d'universitaires motivés uniquement par l'esprit d'aventure
    · Avec peu de moyens et d'expertise, ils ont tout de même réussi un joli coup

    Ils sont cinq universitaires. Ils ont comme point commun leur volonté de fer. Ils ont atterri à l'Agence sans aucune expérience mais ont tout de même réussi leur premier coup. MM. Mohamed El Kadiri (directeur technique), Mohamed Benkamoun (directeur conseiller), Amine Mounir Alaoui (directeur des Technologies de l'Information), Omar Mouddani (directeur de Réglementation), Ahmed Khaouja (directeur Evaluations et Concurrence) sont ces hommes de "coulisses" derrière le succès de l'attribution de la deuxième licence. Leur patron ne tarit pas d'éloges sur eux. Et ils le lui rendent bien.
    Il faut dire qu'ensemble ils ont connu leur plus belle aventure. Les mousquetaires de Mostapha Terrab sont arrivés dès la création de l'Agence et ont participé à la mise en place de cet organe, unique au Maroc. Ils ont vécu des moments heureux, des jours gris...". Dès sa nomination à la direction générale de l'Agence, M. Mostapha Terrab a fait appel à ces universitaires pour l'aider. Il leur a confié le dossier de la deuxième licence qu'ils ont mené avec une "pédagogie" exemplaire.
    A titre d'exemple, les universitaires avaient prévu des séances "orales" après le lancement de l'appel d'offres et aussi exigé des opérateurs d'être courts et concis dans leurs offres en les limitant à 40 pages. "De cette manière, nous avons obligé l'opérateur à faire une autoévaluation", est-il indiqué. Tout avait démarré en juin 1998 suite à l'approbation par le Conseil d'Administration de l'Agence de la mise en place d'un processus d'attribution de la licence GSM.
    Mais l'idée d'une licence par enchères remonte à plus loin: "Tout a démarré lorsque l'Américain GTE qui, dans le cadre de ses prospections au Maroc, avait exprimé son intérêt pour la licence et affirmé qu'il était prêt à payer le prix fort, raconte M. Benkamoun.

    Tirer les compétences des expériences internationales


    Si les "mousquetaires" de Terrab n'avaient vraiment pas une grande expertise en la matière, ils ont tenu à y pallier par leur sérieux et leur volonté d'apprendre. "Nous avons beaucoup appris grâce au contact des opérateurs candidats, ainsi que celui des banques d'affaires. Chacun d'eux avait sa propre évaluation du marché et du prix de licence, chacun disposait d'une tonne de documents qu'ils n'hésitaient pas à nous donner...", souligne M. Kadiri.
    Le statut actuel des employés de l'ANRT est le même que celui de l'ex-ONPT. Des négociations avec les Finances sont en cours pour revoir ce statut.
    Par ailleurs, l'équipe GSM s'est inspirée des expériences internationales. Le cas de l'Egypte, dernière licence à avoir été attribuée a été édifiant pour l'ANRT. A rappeler que l'Egypte (50 millions d'habitants) a tiré de sa licence 500 millions de Dollars, alors que le Maroc (30 millions d'habitant) a obtenu 1 milliard. L'absence d'expérience s'est fait ressentir également dans la rédaction du cahier des charges. A ce niveau aussi, l'équipe s'est inspirée de plusieurs pays: "Nous nous sommes identifiés chacun à un pays jusqu'à nous en imprégner totalement. C'était la seule manière d'acquérir des compétences". Souvent, cette équipe en contact permanent avec les candidats lançait quelques ballons d'essai pour sonder les candidats et voir jusqu'où ils peuvent aller. "Ce qui nous réconfortait et nous poussait à valoriser encore plus cette licence, c'est la qualité des candidats et leur présence depuis la préqualification", indique M. Alaoui.

    Tout n'était pas rose


    Mais tout n'était pas rose. Durant les huit mois du processus, l'équipe GSM connut tout de même des moments de découragement, "lorsqu'on avait du mal à retenir les collaborateurs, faute de moyens financiers. Comment peut-on constituer des équipes compétentes et en contrepartie sans leur offrir des motivations salariales", s'interroge M. Kadiri.
    Mais le moment le plus rageant a été à cinq jours avant la remise des offres en juin lorsque les Finances ont demandé d'inclure la TVA dans les offres financières alors que l'ANRT avait demandé des éclaircissements deux mois à l'avance. "C'était un moment de rage et aussi de panique. La seule question qui nous hantait était de savoir si l'on allait retenir ces candidats après ce changement de dernière minute". Heureusement que cet incident, qui aurait pu changer beaucoup de choses, n'a pas eu de grandes conséquences. Les opérateurs avaient tellement investi en temps et en argent que cette précision tardive ne les a pas découragés.
    Il n'en reste pas moins que jusqu'à maintenant les observateurs s'interrogent sur le pourquoi de cette précision à la dernière minute. Deux théories: la première réside en un besoin d'argent. La deuxième, faire capoter le processus. Ce qui ne serait pas étonnant vu que la libéralisation des télécoms rencontrait une résistance au sein du gouvernement actuel. A se demander ce qui a motivé cette équipe. Deux facteurs, répondent-ils sans ambages, d'abord le challenge: tout était à construire. Et en second lieu, "une considération pour le patron". "Et ce n'est pas par souci de carrière que je vous le dit, car nous avons toujours la fac comme alternative", souligne avec beaucoup d'humour M. Moudani (la cinquantaine).


    "Jugé sur le prix misé"


    Pour ces universitaires, les moments durs, les nuits blanches ont été évidement oubliés le jour de la consécration de leurs efforts. Le moment marquant est unanimement l'annonce du jack-pot: "Nous savions que nous allions être jugés sur le prix misé. Pourtant, on oublie de part et d'autre que l'offre technique est aussi importante", indiquent les membres de l'équipe.
    Pour certains, le moment inoubliable était lors du point de presse donné par l'ANRT, devant l'incrédulité qui marquait les visages des journalistes, des candidats et des professionnels quand le milliard a été annoncé. C'était en fait la consécration de moins d'une année de travail acharné avec peu de moyens humains et financiers et beaucoup de bâtons dans les roues. Ils regrettent tous la fin de l'aventure. Rendez-vous en 2003 pour la troisième licence...

    Badra BERRISSOULE

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