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    International

    Les chemins tortueux de la réforme financière
    Par le Pr. Jean Pisani-Ferry

    Par L'Economiste | Edition N°:3418 Le 06/12/2010 | Partager

    Il y a deux ans, les gouvernements sont intervenus pour sauver la peau des marchés financiers. Et pourtant ces mêmes marchés effrayent aujourd’hui les gouvernements, du moins certains d’entre eux.En Europe, le marché pour la dette grecque est bloqué et l’écart de rendement des dettes irlandaises et allemandes s’est récemment creusé de manière inquiétante. L’Espagne est parvenue à réduire son écart de rendement par rapport à l’Allemagne, mais au prix d’une volte-face politique. Le Portugal a annoncé des mesures d’austérité draconiennes, en espérant un effet identique. Mais alors même qu’ils ne risquent pas de perdre leur accès au marché obligataire, la plupart des gouvernements des pays développés attendent nerveusement le verdict des mêmes agences de notations qu’ils vilipendaient il y a peu.Ce revirement est choquant. Pour l’opinion publique, tout laisse à penser que les acteurs arrogants des marchés financiers n’ont rien appris, alimentant l’impression que rien n’a changé – sauf pour le pire. Les gouvernements, dont le mandat est de contrôler les marchés financiers, semblent avoir produit beaucoup de bruit inutile, mais peu de réformes. Que ce soit voulu ou non, les autorités de réglementation semblent avoir manqué leur chance de mettre en œuvre de sérieuses modifications des règles de la finance mondiale et les gouvernements sont aujourd’hui tellement affaiblis qu’ils sont à la merci de ceux qui, il y a peu, imploraient leur aide.Ce sentiment politiquement destructeur alimente la rancœur contre les financiers et les marchés. Il n’en reste pas moins que si personne ne se risque à dire «mission accomplie», il est faux de dire que rien n’a été fait.Des membres du groupe de réflexion Bruegel de Bruxelles, Stéphane Rottier et Nicolas Véron, ont récemment mené une étude qui établit un tableau détaillé des progrès accomplis dans la réforme de la réglementation financière au cours des deux dernières années, en se référant au programme entériné par la réunion du G20 à Washington en novembre 2008.Ils ont, sans surprise, découvert que la mise en œuvre était partielle, avec un écart marqué entre les points dont le suivi dépendait d’institutions internationales importantes, comme le FMI, et les points qui ne devaient que faire l’objet d’une coordination entre les diverses autorités nationales. Mais dans l’ensemble, le résultat n’est pas égal à zéro: les Etats-Unis ont adopté une réforme financière approfondie en juillet, l’Union européenne s’apprête à approuver un ensemble de mesures législatives et le comité de Bâle vient de donner le feu vert à de nouvelles normes prudentielles concernant les risques de crédit.Il faut bien admettre par ailleurs que le point de départ de cette étude n’était pas vraiment idéal. Le programme de Washington du G20 n’était ni ambitieux, ni bien structuré. Il n’avait pas pour objectif de mettre la finance mondiale au pas et n’était pas basé sur une analyse approfondie de la crise. Les gouvernements, pressés d’agir au plus vite et incapables à ce stade de définir les réformes structurelles prioritaires, se sont donné une longue liste fourre-tout de mesures à prendre.Il n’y avait alors aucune manifestation des idées plus radicales avancées ultérieurement, comme la règle Volcker (adoptée dans la législation américaine) séparant les activités bancaires traditionnelles et les activités pour compte propre ou comme le mécanisme de résolution de crise par lequel la dette d’une banque est converti par une clause contraignante en actions de la banque (une mesure que plusieurs pays envisagent actuellement). La question de la taille des établissements bancaires, trop grands pour faire faillite, n’avait pas non plus été abordée.En fait, dans cette pause de réflexion, les gouvernements n’ont pas perdu l’occasion de se montrer fermes et les marchés financiers n’ont pas repris le dessus. Il est vrai que l’équilibre de pouvoir n’est plus ce qu’il était il y a deux ans. Le contournement des règlements a repris de plus belle, peut-être parce que les enjeux sont plus élevés. Mais cela ne signifie pas pour autant que la capacité des gouvernements à réglementer a été handicapée par leur statut d’emprunteur. Même si la Grèce a plus ou moins renoncé à avoir accès aux marchés de capitaux, l’Allemagne peut emprunter à des taux plus favorables que jamais. Et si la dépendance des États envers la bonne volonté des marchés obligataires ne les empêche pas de réformer la réglementation financière, cela vaut d’autant plus pour l’UE et le G20. Tout comme nous avons appris à distinguer entre les gouvernements en tant qu’actionnaire et en tant qu’autorité de réglementation – une évaluation nécessairement prudente, du fait que les actions des uns ne coïncident pas forcément avec les intérêts des autres – nous devons aujourd’hui distinguer entre les gouvernements en tant qu’emprunteur et en tant qu’autorité de réglementation financière.Il serait dommage que les gouvernements exigeant une plus grande prudence des institutions financières dans la gestion des risques ignorent dans le même temps le risque souverain. Même si cela paraît injuste, il est logique de s’attendre à ce que les agences de notation, qui s’étaient montrées laxistes dans l’évaluation des risques de crédit, évaluent aujourd’hui rigoureusement toutes les formes de risque, y compris le risque souverain.Les livres d’histoire ne sont pas encore écrits, ni le vainqueur déclaré. Les réformes financières peuvent encore capoter. Mais il serait prématuré de les qualifier d’échec.


    La réflexion continue à évoluer

    Près de deux ans plus tard, les réformes financières restent inachevées, en partie parce que la réflexion sur la manière de procéder continue à évoluer. De nouvelles priorités, mieux définies ne peuvent émerger qu’après une période d’évaluation et de débats. L’envers de la médaille est qu’un certain élan a été perdu, en particulier au niveau du G20. La volonté d’appliquer des solutions globales s’est émoussée au fur et à mesure que l’ordre du jour financier dépendait de plus en plus des considérations nationales.Mais l’une des évolutions positives récentes est la création d’institutions publiques plus solides. L’époque où Londres se vantait de sa réglementation «légère» est bien finie. Aujourd’hui, tant les Etats-Unis que l’Union européenne sont en train de mettre en place des institutions capables de soutenir, et de mettre en œuvre, des réformes dans la durée.Copyright: Project Syndicate, 2010.www.project-syndicate.orgTraduit de l’anglais par Julia Gallin

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