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    Enquête

    Les besoins en personnel sont criants aux Pays-Bas

    Par L'Economiste | Edition N°:712 Le 25/02/2000 | Partager


    · La pénurie est surtout ressentie dans l'informatique et les technologies de communication
    · Faute de suffisamment de chômeurs à placer, le Bureau du travail néerlandais va se débarrasser d'un tiers de ses 8.500 employés dans les trois années à venir


    Quand on embauche, l'agence pour l'emploi débauche. Faute de suffisamment de chômeurs à placer, le Bureau du travail (ANPE néerlandaise) va se débarrasser d'un tiers de ses 8.500 employés dans les trois années à venir. Grâce à une croissance économique de 3% depuis 3 ans, le nombre des chômeurs est passé de 520.000 en 1994 à 200.000 aujourd'hui, soit seulement 2,9% de la population active: le taux le plus faible depuis 1980.
    Dans n'importe quelle rue commerçante d'Amsterdam, les cafés, restaurants, magasins divers, ont collé sur leur porte un petit papier souvent écrit à la main: on recherche du personnel. Lorsque l'on parle de "crise" aux Pays-Bas, ce n'est plus celle de l'emploi, mais celle de la main-d'oeuvre. "Les besoins en personnel sont criants", reconnaît Jasper Kat de la VNO, le syndicat des patrons néerlandais. Presque tous les domaines sont touchés. En tête: le secteur de l'informatique et des technologies de communication. Ensuite, ceux de la santé, de l'enseignement, de la métallurgie, du bâtiment, et dans une moindre mesure, de l'hôtellerie. En fait, presque toute la main-d'oeuvre est rare. "Nous avons mis une annonce pour un représentant dans la région de Rotterdam, et nous n'avons eu que 4 réponses, toutes insuffisantes. Il y a 5 ans, nous aurions reçu 50 ou 60 lettres!", relate Ans Terbach, chef du personnel du grossiste de papier Proost & Brandt.
    Dans une situation de quasi plein-emploi, les travailleurs font la fine bouche. "Ces secteurs en crise souffrent d'un problème d'image. La métallurgie est associée au bruit, à la saleté, les hôpitaux au travail de nuit et le week-end, les employés deviennent critiques", raconte Peter Stoks du Bureau du travail. Alors aujourd'hui, on n'a plus peur de partir de son travail pour trouver mieux ailleurs: un million de personnes s'inscrivent et se désinscrivent au Bureau du travail chaque année, ce qui révèle une très grande mobilité. Jacinta De Moor, 32 ans, vient de démissionner de son poste de conseiller en communication dans une municipalité. "Le marché de l'emploi est tellement favorable, c'était le moment de quitter mon boulot qui ne me plaisait plus. Depuis, on m'a proposé un poste intéressant dans un ministère, mais j'ai dit non, je ne veux plus être fonctionnaire. Je suis sûre que je trouverai ce que je veux!", raconte la jeune Néerlandaise.
    Les diplômés des écoles supérieures et des universités sont les plus demandés. Parfois, les entreprises viennent les chercher sur les campus. Mais les jeunes des lycées professionnels sont également convoités. "Souvent, ils sont placés en stage dans le cadre de leur scolarité. L'entreprise leur propose un contrat et ils arrêtent leurs études", raconte Kitty Roosemond, spécialiste de l'emploi au FNV, le plus grand syndicat néerlandais. Pourtant, l'arrivée des jeunes ne sera pas suffisante pour combler le manque: "Cette réserve-là est épuisée. Il faut trouver une autre solution".
    Certaines entreprises n'hésitent pas à aller voir au-delà des frontières pour trouver l'employé tant recherché. Dans le Sud du pays, des Allemands et même des Irlandais travaillent déjà comme métallurgistes. Mais aussi des Belges, des Anglais, des Français et même des Américains arrivent par centaines dans ce pays de cocagne. Les agences d'intérim, le Bureau du travail et autres bureaux de placement essayent de développer progressivement leurs antennes à l'étranger.
    Au sein du programme européen Eures, les diverses agences pour l'emploi de l'Union tentent d'accorder l'offre et la demande du marché européen. Pour l'instant, ce système fonctionne au cas par cas. "Mais nous voulons l'expérimenter au niveau d'un secteur entier, par exemple celui des infirmières", raconte Florence Kuyper, responsable d'Eures aux Pays-Bas, qui lorgne sur le lot d'infirmières au chômage en Suède et en Angleterre.


    900.000 personnes inaptes au travail

    La très forte productivité néerlandaise est l'une des raisons de la crise de la main-d'oeuvre. En effet, si les Pays-Bas n'ont que 200.000 chômeurs, ils comptent également 900.000 personnes qualifiées "d'inaptes au travail" qui sont prises en charge par le système social. Cette catégorie, qui n'est pas comptée dans la population active, recouvre des invalides et des malades chroniques, mais aussi de nombreuses personnes surmenées ou qui souffrent de maux psychologiques divers. "La moitié des gens deviennent inaptes à cause de leur travail. Le travail est ici très intensif, chaque instant est programmé. Les gens sont pressurisés", affirme Kitty Roosemond du FNV.
    Ainsi, la crise de la main-d'oeuvre proviendrait-elle aussi du travail qui, dans ce pays, rend les gens "inactifs". Le FNV conseille alors plutôt aux entreprises de "faire diminuer le stress au boulot, fournir des gardes d'enfants, offrir la possibilité de mieux combiner vie privée et travail". Ce qui permettrait à de nombreux "inaptes", moins résistants au stress, de revenir sur le marché de l'emploi. Ils ont confiance: "Vu le peu de demandes, nous sommes dans une position de luxe et pouvons poser nos conditions", raconte la syndicaliste. Pour preuve, la Fondation du travail, organe de concertation des patrons, syndicats et gouvernement, s'est mise d'accord en décembre dernier sur des directives pour améliorer les conditions de travail.

    Sophie PERRIER
    Correspondante à Amsterdam
    Syndication L'Economiste-
    Libération (France)

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