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    Economie

    L'entreprise marocaine malade du syndicalisme irresponsablePar maître M'hamed EL FEKKAK, avocat au barreau de Casablanca

    Par L'Economiste | Edition N°:910 Le 06/12/2000 | Partager

    . Nous invitons le syndicalisme marocain à assimiler la culture d'entreprise dans une optique de syndicat citoyen.(Extrait du discours de SM le Roi Mohammed VI à l'occasion de l'inauguration de plusieurs unités de valorisation des phosphates à Jorf Lasfar).. Les entreprises structurées et respectueuses de la législation du travail sont les cibles préférées des organisations syndicales Dès le lendemain de l'indépendance, et pour témoigner sa reconnaissance envers la classe ouvrière pour son rôle d'avant-garde dans le combat pour l'indépendance et l'édification de l'économie nationale, le Maroc a institué la liberté syndicale (juillet 1957) permettant ainsi la formation de syndicats professionnels, dans le but de défendre les intérêts collectifs de la classe ouvrière.La première centrale syndicale est née cette année-là. Cette liberté syndicale a été instituée avant celle des libertés publiques (novembre 1958) et bien avant la première constitution marocaine (loi fondamentale 1962).Le Maroc a été parmi les premiers pays du tiers monde à faire bénéficier sa classe ouvrière d'une telle liberté, le syndicalisme marocain, très actif, a longtemps dominé la scène syndicale en Afrique.. Dérapage non contrôléLe syndicalisme marocain, avait dès les premières années de l'indépendance, exercé une pression sociale soutenue sur les employeurs de l'époque (étrangers dans la plupart), en multipliant les conflits sociaux qui, malheureusement, débouchaient, le plus souvent, sur des grèves suivies de perte d'emplois.Une bonne partie de ces employeurs avaient été obligé de fermer leurs entreprises.Personne, à l'époque, ne pouvait se mettre au travers de ce syndicalisme déchaîné et effervescent, alors qu'on savait très bien que son dérapage ne pouvait avoir de conséquences bénéfiques sur l'économie et encore moins sur l'emploi.Le Maroc était entré, à partir de cette année-là, dans l'ère du désinvestissement, et il a fallu que l'Etat prenne la relève en investissant massivement dans tous les secteurs d'activité économique, y compris ceux réservés généralement au privé.Pendant longtemps, le capital étranger se désintéressait totalement du Maroc, pour de multiples raisons, dont notamment l'impossibilité de contenir les conflits sociaux.. Syndicalisme politiséEn 1960, une deuxième organisation syndicale a vu le jour à l'initiative d'un grand parti politique. Elle était née pour servir de support syndical et briser le monopole qui était exercé à l'époque par la première organisation.Puis, une troisième organisation syndicale est née en 1975, à l'initiative d'un autre parti politique qui avait, cette année-là, consommé son divorce avec la première organisation syndicale. Toutes les formations politiques qui se sont constituées par la suite avaient tenu à créer un support syndical, une sorte de filiale à vocation ouvrière mais, seules les trois premières formations ouvrières dominent aujourd'hui la scène syndicale.. Mission détournéeLa mission essentielle des organisations syndicales consiste à défendre les intérêts collectifs des salariés par un combat pacifique, qui place au-dessus de toute considération l'amélioration des conditions sociales des salariés d'une part et, d'autre part, l'amélioration de la productivité de l'entreprise et sa modernisation pour faire face à la compétitivité, tout en élargissant les opportunités d'emploi.Malheureusement, le bilan du syndicalisme marocain durant les quatre décennies de son existence n'est pas flatteur.Certes, notre syndicalisme a marqué des points positifs, mais il a marqué trop de points destructifs pour que son bilan soit considéré aujourd'hui comme globalement positif.. Entreprises cibléesLe nombre de salariés, occupés aussi bien par le secteur formel qu'informel, se compte par millions. La plupart d'entre eux ne bénéficient pas des avantages que leur accorde la loi. Ils touchent un salaire inférieur au Smig, travaillent plus que huit heures par jour dans des conditions d'hygiène déplorables, ne bénéficient pas de congé annuel ni de couverture sociale minimale (CNSS) etc.Ainsi, le syndicalisme marocain qui milite pour le bien-être de la classe ouvrière, depuis près d'un demi siècle, n'a vraiment pas de quoi être fier, ces salariés à qui la nation rend hommage une fois par an (1er mai) sont, en fait, laissés pour compte.Le tissu économique national est constitué dans sa majorité de PME/PMI, dont une grande partie opère dans l'économie informelle ou gérée d'une manière informelle sans aucun respect des lois sociales.Il est rare que ces entreprises soient saisies par des revendications syndicales afin de les obliger à respecter le Smig, la durée du travail, le congé annuel, l'affiliation à la CNSS, le respect des prescriptions concernant l'hygiène et la sécurité etc.Par contre, on remarque que les entreprises structurées, respectueuses de la législation du travail sont les cibles préférées des organisations syndicales.Les mouvements sociaux au sein de ces entreprises ont souvent pour objectif la défense d'un intérêt ou conflit individuel en utilisant des revendications à caractère collectif pour la forme.. Caractère collectif pour la formePlusieurs conflits sociaux déclenchés dans des entreprises structurées revendiquent une part du bénéfice au profit des salariés ou un siège au sein du Conseil d'Administration ou, encore, des stock-options, le tout dans le but (apparent) d'améliorer la situation sociale des salariés. Derrière ces revendications déraisonnables, se cache la volonté de régler un conflit individuel qui concerne souvent un délégué syndical licencié.Dès que son cas est réglé, les revendications officielles sont oubliées.Toujours est-il que ces revendications, même dans le cas où elles représentent une part de sincérité, ne constituent pas une priorité qui doit préoccuper le syndicalisme, son énergie ne devrait-elle pas être dépensée au profit de ces millions de salariés travaillant dans l'informel ou dans l'économie informelle et qui ne bénéficient pas du minimum d'avantages prévus par la loi?Dans une des activités touchant les produits énergétiques, une dizaine d'entreprises, de taille moyenne, se partagent le marché, elles exercent leur activité sans le moindre respect de la législation du travail: conditions d'hygiène et de sécurité déplorables, salariés temporaires depuis des années, des journées de travail de plus de 10 heures, salaire inférieur au Smig sans congé annuel… sauf une seule entreprise dont les ouvriers bénéficient des avantages qui ne sont pas accordés aux plus hauts fonctionnaires du Royaume: avances sur indemnités en cas de maladie ou d'accident en attendant le règlement de la CNSS, pèlerinage aux lieux saints, couverture médicale totale, retraite CIMR, une assurance-vie payée par l'entreprise, indemnité d'astreinte, prime de naissance, indemnité de déménagement, prime de services rendus… et pourtant, c'est la seule entreprise qui connaisse depuis des années des mouvements de grève ayant pour but d'améliorer la rémunération et les avantages de ces salariés, alors que plusieurs fonctionnaires ne refuseraient pas le statut d'ouvrier pour bénéficier de ces avantages.. Energie gaspilléeOn aurait souhaité que cette énergie débordante, dont fait preuve notre syndicalisme, soit dépensée pour la promotion de la mission de la classe ouvrière en tant que force de proposition, d'encadrement et de mobilisation. Ceci en vue de faire bénéficier l'ensemble des salariés des avantages que la législation du travail leur accorde en utilisant des moyens pacifiques, civilisés et responsables afin de faire aboutir des revendications à caractère strictement collectif.Le syndicalisme revendicatif auquel s'accrochent aveuglément nos organisations ouvrières constitue aujourd'hui un handicap majeur pour la relance de notre économie.Notre syndicalisme devrait faire le point sur la situation désastreuse de notre économie et sa part de responsabilité dans ce désastre dû, en grande partie, à la tension sociale subie par l'entreprise marocaine.Il devrait changer d'optique pour assimiler une nouvelle culture de syndicalisme fondée, non sur l'adversité, mais sur un partenariat qui place au-dessus de toute considération, l'intérêt général de l'entreprise en améliorant la productivité pour faire face aux exigences du nouveau système économique auquel le Maroc a adhéré, à la libération de l'économie, à la mondialisation et à la concurrence.Le syndicalisme marocain devrait réviser, sans tarder, les moyens utilisés jusqu'ici pour exprimer son mécontentement ou pour faire aboutir ses revendications, il devrait renoncer, notamment, à la confrontation, aux voies de fait et à la violence; des moyens qui, généralement, aboutissent à la fermeture de l'entreprise et à la perte d'emplois.Dans certains pays civilisés, on porte des brassards pour exprimer son mécontentement. Chez nous, on porte l'arme blanche pour attaquer les non-grévistes et les forces de l'ordre chargées d'évacuer les grévistes en exécution de jugements rendus par les tribunaux.Le syndicalisme responsable et citoyen, auquel le Souverain a appelé à plusieurs reprises, n'est pas pour demain. En attendant, les fermetures d'entreprises se succèdent et les pertes d'emplois se multiplient. Des milliers de salariés sans emploi doivent leur chômage à notre syndicalisme irresponsable. Quant au profil bas observé par les pouvoirs publics, on ne sait pas s'il est dû au respect des droits de l'abus ou de l'abus de droit?. Le régime juridique des syndicatsLa liberté syndicale a été reconnue pour la première fois au Maroc par le Dahir du 16 juillet 1957.Il ne s'agit pas seulement des syndicats ouvriers, mais de tous groupements professionnels ayant pour objet la défense des intérêts économiques, industriels, commerciaux et agricoles de leurs adhérents.Objet:Les syndicats professionnels ont exclusivement pour objet l'étude et la défense des intérêts économiques, industriels, commerciaux et agricoles de leurs adhérents qui exercent la même profession, ou des professions connexes concourant à l'établissement de produits déterminés.Des syndicats peuvent être créés entre fonctionnaires. Les fonctionnaires chargés d'assurer la sécurité de l'Etat et la défense de l'ordre public ne peuvent bénéficier de ces dispositions.Formation:La formation d'un syndicat professionnel n'est soumise à aucune condition, à l'exception cependant de celle qui consiste à déposer auprès de l'autorité locale compétente les statuts du syndicat projeté et la liste complète des personnes chargées de son administration.Fonctionnement:Les syndicats professionnels jouissent de la personnalité civile, ce qui leur donne notamment le droit d'ester en justice, d'acquérir et posséder ainsi que contracter.Les droits que leur confèrent la personnalité civile sont mentionnés aux articles 10 à 18 du dahir.Fédération de syndicats:Des unions, fédérations ou groupements de syndicats peuvent se constituer dans les mêmes conditions prévues aux articles 1, 3, 4, 9 et 10 du dahir.L'union, la fédération ou le groupement devra déposer ses statuts dans les mêmes conditions prévues pour les syndicats professionnels.Fin du syndicat:Les syndicats professionnels cessent d'exister en cas de dissolution volontaire, statutaire ou prononcée par la justice.

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