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    L'Education Nationale et les technologies nouvelles : Le MEN veut créer des îlots de changement

    Par L'Economiste | Edition N°:227 Le 25/04/1996 | Partager

    Radio, télévision, CD Rom et Internet: une réflexion est menée au Ministère de l'Education Nationale pour introduire les nouvelles technologies, dans un système perçu comme archaïque et inefficient. Le ministre, M. Rachid Benmokhtar, explique sa vision.


    Pourquoi un pays en développement, qui n'a même pas scolarisé tous ses enfants, et où l'enseignement est devenu synonyme de "baisse de niveau", veut-il recourir aux technologies de la communication de l'éducation? car lorsque l'élémentaire manque, au présent, il est difficile de se projeter dans le futur.
    "Ce qui se passe en dehors de l'école évolue vers les technologies multimédia. Il est impératif que l'école s'en rapproche", rétorque. M. Rachid Benmokhtar.
    De plus, les technologies ne sont pas neutres. "Elles obligent à aller vers des formations, des approches pédagogiques non magistrales, même si elles ne sont que partiellement utilisées. C'est un raccourci pour l'amélioration du système", continue le ministre, convaincu du progrès comme peut l'être un ingénieur; il a fait toute sa carrière dans l'informatique et l'organisation avant de prendre en charge le délicat département.
    Néanmoins, il ne veut pas construire une autoroute à même la terre. Il compte introduire d'abord des îlots de changement, et provoquer ensuite une dissémination de la technologie avec le temps. Car l'enjeu n'est pas immédiat, mais sur les 10 prochaines années.

    M. Benmokhtar pense à un "projet" technologique pour accompagner les changements d'organisation, épousant la réforme globale. Car les technologies ne sont pas installées pour elles-mêmes. Elles sont là pour améliorer le niveau de l'éducation. "C'est un vecteur d'amélioration, il faut donc chercher le bras de levier et non le point final. Objectif: avoir le résultat maximum avec un effort minimum". C'est donc par les enseignants qu'il faut passer pour introduire ces technologies et améliorer le système.
    Et là, il y a deux pôles, la télévision et Internet. Des outils peuvent alors être mis en place pour la formation des enseignants, ou pour les aider à réaliser leurs cours.
    La radio est un moyen facile, peu onéreux, apte à passer les messages pédagogiques, avec des supports, des cahiers ad hoc.
    Le MEN réfléchit aussi à utiliser la télévision pour véhiculer des bases thématiques: des émissions sur la science, l'écologie... à reprendre par l'enseignant. Le réseau existe, le temps d'antenne inutilisé existe. Il y aura aussi des expérimentations de formation des enseignants, dans les zones éloignés, par la télévision interactive.
    Par ailleurs, des "centres de documentation et d'information" sont montés dans les délégations. Ils sont équipés de moyens informatiques, de CD Rom et constituent une base de documentation ouverte à tous les enseignants. L'idée est d'en faire des pôles d'attraction pour les enseignants et les élèves.
    M. Benmokhtar souhaite les ouvrir le soir et les week-ends.

    Le cours magistral en cause


    Sur le plan pédagogique, le cours magistral sera mis en cause. "L'enfant est déjà préparé à l'image. Il est dans la civilisation de l'écran. L'école est encore dans la civilisation de la mémoire. Ce sont deux concepts antinomiques sur le plan de l'apprentissage", remarque d'abord le ministre. Il ajoute qu'avec l'outil nouveau, l'enseignant et l'enfant seront les récepteurs du message conçu par un tiers. Cela changera du rapport magistral où l'enseignant était l'émetteur unique et l'élève récepteur obligé. Le "par-cur" sera remis en cause, pour une approche plus participative et plus compréhensive. Actuellement, il s'agit surtout d'apprendre le texte sans grand souci de comprendre.
    Du coup, des résistances peuvent naître chez des enseignants confortablement installés dans leurs anciennes méthodes. "Les résistances naissent d'une mauvaise explication du progrès, d'une préparation insuffisante", réagit M. Benmokhtar. Il faut leur montrer que c'est dans leur intérêt. D'ailleurs, "quand on visite nos établissements, on s'aperçoit qu'il y a des gens pleins d'initiatives, curieux. Et il y a des gens blasés".
    Il faut donc passer de nouveaux messages, et vite. Car les choses s'accélèrent. Quel temps avons-nous pour prendre le train en marche. "L'enseignement est un système qui a un temps de réponse long". Le "produit élevé ne sort qu'après 12 ans", répond le ministre. Il faut donc viser un enseignement globalement rénové par la technologie à long terme et corriger dès maintenant les défauts décelés, au niveau des programmes, de l'enseignement des langues...

    Khalid BENYAZID


    M. Rachid Benmokhtar
    Utiliser l'infrastructure existante


    - L'Economiste: Y a-t-il un risque de zèle sur les technologies nouvelles, parce que le ministre est ingénieur versé dans l'informatique?
    - M. Rachid Benmokhtar: Mon background est un atout dans deux sens. Il lève le blocage et permet la nuance entre le gadget et l'utile, mais le ministre de l'Education doit aussi analyser sa maison, connaître ses moyens matériels, les capacités d'adaptation de ses hommes. Tout cela amortit le zèle. Mes détracteurs disent que je réagis comme un ordinateur. Cela ne tient pas la route. L'ordinateur ne fait qu'appliquer des procédures.

    - Y a-t-il un handicap actuellement?
    - Il y a un retard actuellement. Le pourcentage des écoles où l'on trouve déjà des ordinateurs est faible. A la limite, nous n'avons rien fait. Dire que nous allons installer un ordinateur dans chaque école est une utopie. Nous n'avons pas les moyens. Même le meilleur niveau pour les installer n'est pas déterminé: primaire, collège, lycée.

    - Comment introduire les technologies nouvelles coûteuses, alors que les enseignants se plaignent du manque de chaises et de craie?
    - Notre approche est l'utilisation des moyens existants pour ne supporter que les coûts marginaux. Ainsi, pour la radio, il nous faut préparer des documents, des cours. Pour la télévision, nous utilisons le réseau de la TVM, qui existe et qui n'émet pas à certaines heures. Il n'y a donc pas d'investissement lourd d'infrastructure. Nous pouvons supporter les coûts marginaux et puis nous n'allons pas dans le grand nombre.

    - Quelles matières seront renforcées pour ces nouvelles technologies?
    - Une grande erreur est d'enseigner des matières comme les mathématiques ou la physique pour elles-mêmes. Je suis modestement de formation scientifique, avec de bons livrets scolaires. Et c'est pour cela que je peux me permettre d'affirmer que l'une des grandes déperditions est dans la manière d'enseigner les sciences, les mathématiques et la physique. A force de vouloir faire des "forts", on aboutit à quelques excellents élèves et une grande masse de moyens. Il ne faut pas enseigner les sciences pour elles-mêmes mais expliquer à quoi elles servent. Il faut introduire le réflexe à travers l'exercice simple, appliqué. Il faut arriver à la progressivité de la connaissance et à l'illustration de la connaissance.
    Les technologies nouvelles permettent ces passages. Pour exemple, en montrant un engrenage on peut expliquer beaucoup de concepts mathématiques: mouvement, surface, entraînement, changement de vitesse. C'est aussi important que les formules. L'enseignement des sciences sera simplifié.

    Propos recueillis
    par Khalid BELYAZID

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