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    Politique Internationale

    A l'écoute de la musique : La Pastorale, refuge de Beethoven

    Par L'Economiste | Edition N°:248 Le 03/10/1996 | Partager

    Françoise Fabien va régulièrement partager avec les lecteurs de L'Economiste connaissances et plaisirs musicaux. Cette semaine La Symphonie Pastorale de Beethoven.

    Ecouter la musique... mais encore? Faut-il une attirance, une disponibilité, des connaissances? Une initiation? Pour les uns elle est compagne chère, pour les autres une grande dame un peu intimidante qu'on ne sait trop comment aborder. Musicologues et savants s'aident de la partition, rêveurs s'isolent du reste du monde la tête dans les mains, parfois dans l'obscurité.
    A l'écoute de la musique, à l'écoute de la pensée du compositeur, de ceux qui ont doté le monde d'impérissables chefs-d'oeuvre, pour qu'elle soit moins malaisée, plus efficace, peut-être faut-il au moyen de quelques repères, de quelques clés pénétrer plus aisément dans cet univers quasi-magique qui, entre terre et ciel, nous rapproche du divin.
    La 6ème Symphonie de Ludwig Van Beethoven, pourquoi s'appelle-t-elle "Pastorale", dans quelles dispositions d'esprit se trouvait son auteur lorsqu'il a tracé les premières notes et que, huit mois plus tard, il achèvera la partition?

    La genèse de l'oeuvre

    Nous sommes en 1808 à Vienne. Il y a déjà près de 15 ans que le jeune musicien allemand s'est installé dans la capitale de l'Autriche. Il a connu fugitivement Mozart peu de temps avant sa mort, pris quelques leçons du vieux maître Haydn. Les Viennois se sont peu à peu habitués à ce jeune homme un peu fruste, un peu bougon et plutôt mal habillé. Il faut dire qu'il a bénéficié, dès le début, de solides protections. Des mécènes -nous dirions aujourd'hui dans notre déplorable jargon des sponsors- l'ont pris en amitié. Il trouve gîte, couvert et excellent quatuor d'archets chez le Prince Lichnowski. Les riches familles Walstein et Brunswick l'honorent de leur amitié. Ses leçons de piano sont fort appréciées de même que son jeu. L'archiduc Rodolphe le protège. Ses oeuvres, un peu déconcertantes pour le public de l'époque qui privilégie la finesse et la grâce, mettent un peu plus de temps à être admises et comprises. La surdité commence à l'isoler du reste du monde. Mondain par force et par devoir, il finit, chaque fois que cela lui est possible, par se réfugier au sein de la nature, dans les bois et les forêts avoisinant Vienne. Ses amis les arbres, les chants d'oiseaux, qu'il entend à peine cependant, lui apportent apaisement, consolation, oubli.
    C'est dans ces dispositions d'esprit que naîtront les premières esquisses de sa 6ème symphonie. Sa composition s'étendra d'ailleurs sur une durée assez longue, presque deux ans. Les tableaux musicaux sont alors fort à la mode, les oeuvres dites à programme ne sont pas nouvelles surtout lorsqu'elles s'inspirent de la nature. Les Saisons de Vivaldi écrites un siècle auparavant en témoignent et sont incontournables. Mais Vivaldi n'utilisera qu'un orchestre fort modeste -qui peut être réduit à un quatuor d'archets. Celui conçu par Beethoven, romantique avant la lettre, est imposant. Outre les pupitres des cordes, instruments à vent, bois et cuivres sont doublés sans oublier les puissantes timbales.
    Beethoven va concevoir sa "Pastorale" en 5 mouvements illustrant chacun une scène de la vie champêtre.
    Une symphonie adopte le plus souvent une forme très classique, 3, 4 ou plus rarement 5 mouvements correspondant aux anciennes divisions de la Suite, puis de la sonate issue de la danse, alternance donc de mouvements vifs et lents, soit, selon la nomenclature italienne: allegro, andante, menuet (remplacé plus tard par le scherzo) et finale allegro. Beethoven, tout en respectant ce schéma dans la 6ème symphonie, donne à chaque mouvement une appellation correspondant à une idée, un programme précis qu'il a lui-même noté: éveil d'impressions gaies en arrivant à la campagne -vif, rapide, allègre c'est-à-dire allegro.
    2ème mouvement: scène au bord du ruisseau, plus lente, très descriptive, harmonies imitatives où l'on retrouve le même motif exposé par les instruments à cordes repris par les instruments à vent, le rythme du ruisseau s'amplifie peu à peu tandis que les chants d'oiseaux se font entendre: rossignol confié à la flûte, caille au hautbois et coucou à la clarinette. Une page d'une intense poésie.
    Réunion joyeuse de paysans, c'est le titre du 3ème mouvement, page pittoresque, humoristique sur des rythmes de danses populaires, notamment la bourrée, danse française adoptée par les précurseurs de Beethoven, notamment Bach et Haendel.
    Tout se précipite avec le 4ème mouvement décrivant avec une grande intensité dramatique l'orage qui interrompt rondes et farandoles, éclairs, foudre, tempête, tout est admirablement suggéré avec le déchaînement de l'orchestre. Un apaisement graduel va bientôt ramener la lumineuse tonalité du début, l'arc-en-ciel n'est pas loin, et les flûtes entraînent les dernières nuées menaçantes.

    Sensations de lointain

    La conclusion, sentiments de reconnaissance après l'orage, est d'une merveilleuse sérénité, clarinettes et cors notamment éveillent non seulement des sentiments agrestes mais aussi des sensations de lointain s'estompant peu à peu dans la plus extrême douceur.
    Ce n'est évidemment pas lors d'une première écoute, d'une première approche avec la 6ème symphonie que ces sentiments seront perceptibles à l'auditeur même de bonne volonté. Mais comment ne pas être saisi par la tranquille majesté, l'harmonieuse beauté de cette oeuvre qui mérite si bien son titre de pastorale.
    Ceux qui ont la possibilité d'assister à un concert où figure la 6ème symphonie sont des privilégiés. Rien ne vaut le contact entre le public et les interprètes et la perfection glacée d'un CD ne vaudra jamais la présence vivante. Cela permet aussi d'identifier sans trop de peine les différents instruments.
    Privé de cette joie, l'enregistrement y supplée, certains préfèrent d'ailleurs à l'atmosphère d'une salle de concert la tranquillité de son chez-soi.
    Tous les grands chefs d'orchestre ont enregistré -parfois plusieurs fois- la 6ème symphonie.
    Allemands et Autrichiens sont passés maîtres dans les interprétations beethoviennes. Bruno Walter, Wilhelm Fürtwangler et, surtout, Herbert Von Narajah restent les plus prisés mais on peut choisir aussi la rigueur de Kurt Masur, l'éclat de Saiji Ozawa, l'élégance racée de Carlo-Maria Giulini, sans oublier l'impétuosité étourdissante du grand Arturo Toscanini dont l'intégrale des 9 symphonies de Beethoven a été regravée sur disques compacts.
    Bonne écoute!

    Françoise FABIEN

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