×
  • Compétences & RH
  • Société Brèves International Brèves internationales Courrier des Lecteurs Les Grandes Signatures Documents Lois à polémiques Docs de L'Economiste Docs de Qualité Enquête de Satisfaction Chiffres clés Prix de L'Economiste 2019 Prix de L'Economiste 2018 Solutions & Co Impact Journalism Day cop22Spécial Cop22 Communication Financière
    Tribune

    L'économie en quête de confiance

    Par L'Economiste | Edition N°:298 Le 02/10/1997 | Partager

    par Mohamed Larbi EL HARRAS*

    Les grandes réformes économiques de ces dernières années ne semblent pas avoir eu d'effets décisifs sur la croissance économique. Pour relancer l'activité, il faut rétablir la confiance des opérateurs.


    Les indicateurs comptables relatifs à l'économie marocaine semblent actuellement satisfaisants: un niveau bas d'inflation (environ 3%), les avoirs extérieurs équivalent à plus de 5 mois d'importation (4 milliards de Dollars), les déficits du Trésor et du compte courant extérieur compris entre 2 et 3%, le taux de couverture des échanges extérieurs en amélioration (71% au lieu de 68%).
    Pourtant, trois agrégats fondamentaux enregistrent des résultats négatifs: investissement qui a du mal à repartir, situation préoccupante de l'emploi, consommation en berne avec toutes ses conséquences sur l'activité économique et surtout sur le moral de la plupart des chefs d'entreprises.
    Ainsi, à titre d'exemple, un déclin sensible de l'investissement fut enregistré ces dernières années par rapport à la décennie 1980 (21% du PIB au lieu de 24%)(1).
    Sur un autre plan, force est de constater que le Maroc a entrepris depuis le début de la décennie quatre-vingt des réformes écono-miques significatives: programme d'ajustement structurel (PAS), privatisations, projet ambitieux d'ouverture sur l'Union Européen-ne, et adhésion au GATT puis à l'OMC.
    Dans le domaine de la réglementation des affaires, beaucoup de textes ont fait l'objet de profondes réformes: le secteur bancaire, le secteur financier, la législation fiscale, la réglementation des prix, le code du commerce, etc...
    Cependant, malgré ces réformes, la croissance semble ne pas être au rendrez-vous. En effet, le taux de croissance moyen reste limité (4,5% de 1985 à 1990; 1,2% de 1991 à 1995). Les taux de croissance élevés restent essentiellement liés à la pluviométrie.

    Pour certains, cette situation est le résultat d'un déficit au niveau de la politique sociale: lutte contre l'analphabétisme, réduction des disparités sociales, adéquation éducation-formation et emploi. Pour d'autres, il s'agit surtout de prolonger les réformes jusqu'ici entreprises par des mesures économiques courageuses telles que l'adoption d'un taux de change réel qui tienne compte de l'évolution des capacités concurrentielles du Maroc vis-à-vis de ses concurrents sur le marché extérieur, la rationalisation des dépenses budgétaires pour les rendre favorables à une politique de croissance économique, la non-intériorisation de l'impact des réformes entreprises jusqu'à présent par l'économie nationale.
    Récemment, lors du Conseil de Gouvernement du 2 septembre 1997, M. Driss Jettou, nouveau ministre des Finances, a préconisé notamment «que soient entreprises les mesures nécessaires en vue de renforcer le climat de confiance chez les entreprises, surtout les PME, afin de les encourager à investir... poursuivre et accélérer les réformes du secteur financier...».

    Rêve d'équilibriste


    A la lumière de ce qui précède, il semble clairement qu'il y a une unanimité sur le fait que les réformes entreprises jusqu'à présent sont certes nécessaires, très utiles, combien indispensables, mais ne sont nullement suffisantes.
    Les travaux de la sixième session du CNJA tenus en février 1997 et portant sur le thème «Le Maroc du changement, les choix de l'avenir» ont démontré clairement que la reproduction d'un scénario tendanciel dans les prochaines années (notamment la réalisation d'un même niveau de croissance économique) aboutirait à des résultats inquiétants en matière de taux de chômage, de taux d'investissement, etc...
    Est-ce à dire qu'une politique de réformes visant essentiellement le maintien des équilibres financiers, combien impératifs, aboutissent à un rêve d'équilibriste?
    Sur le plan théorique, on a constaté récemment des frémis-sements pour essayer un tant soit peu de reparler de la question du développement qui, comme on le sait, est un processus plus large que celui de la croissance stricto sensu, car quels que soient le poids des contraintes et l'acuité des urgences, une vue de synthèse sur les problèmes économiques conti-nuerait à constituer un besoin essentiel d'une société.

    Largement occultée durant les années 1980 par la crise de la dette, la réflexion sur le développement doit-elle être sacrifiée sur l'autel des équilibres financiers des comptes publics? En effet, même si personne ne semble remettre en question le rôle du marché et l'intégration dans l'économie mondiale, les spécificités nationales sont à réinventer et à exploiter. Comme l'a dit Alain Bienaymé: «Les données économiques déterminent beaucoup moins l'évolution des peuples que leur égoïsme. Elles peuvent être surmontables et les atouts peuvent se révéler des cadeaux empoisonnés. L'histoire montre que si bien des nations ont gâché leurs atouts, d'autres ont pu surmonter leurs handicaps, et là réside la liberté irréductible des peuples» (2).
    Autrement dit, l'usage des facteurs non économiques à côté des atouts économiques ne doit pas être mis de côté pour la recherche du lancement ou même de la réactivation d'une stratégie de relance de l'activité économique.

    Institution invisible


    A ce sujet, les études effectuées dans le cadre du projet «Le Maroc Compétitif» et mettant en relief le développement de l'avantage concurrentiel sont très louables dans la mesure où elles visent la création de l'activité économique dans les branches où le Maroc détient ou pourrait détenir des avantages concurrentiels. Il reste évident que c'est de la concrétisation des mesures suggérées par ladite étude que dépend la réussite du projet.
    En effet, dans un monde où la concurrence est de plus en plus féroce, la création de plus d'activités économiques devrait devenir un enjeu de société. Mais d'abord, il faut le vouloir et démontrer cette volonté à travers des actions concrètes telles que:
    - l'aménagement et l'animation des espaces pour la création d'activités économiques (la création de zones franches à Tanger, et de la technopole de Nouasseur va dans ce sens);
    - la démonstration d'une volonté de promotion de l'entreprise dans tous les services de l'Administration y compris les collectivités locales, car l'avenir est à la multiplication des initiatives locales;
    - la révision à la baisse de toutes les pressions fiscales et parafiscales qui pèsent sur l'entreprise;
    - la lutte contre les rigidités qui bloquent la flexibilité au niveau du marché de l'emploi, etc...;
    A ce sujet, force est de constater qu'un facteur non économique semble être déterminant, à savoir le climat de confiance. Car certains penseurs vont jusqu'à considérer la confiance comme une institution invisible au même titre que les règles du droit ou les principes éthi-
    ques.
    En effet, si les réformes sont acceptables quand les revenus sont en augmentation, elles le sont beaucoup moins quand ceux-ci sont stagnants, et insupportables quand ils sont en baisse.o

    * Economiste-chercheur.
    (1) Centre Marocain de Conjoncture. Bulletin n°16, janvier 1997: (Investis-sement et nouveau contexte). Page 12.
    (2) Alain Bienaymé: «Liberté des peuples, dépendances économiques et préférences nationales de structures» et «Croissance, échange et monnaie» Page 154. Edition Economica.

    Retrouvez dans la même rubrique

    • SUIVEZ-NOUS:

    • Assabah
    • Atlantic Radio
    • Eco-Medias
    • Ecoprint
    • Esjc