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    International

    Le nouveau contexte du tourisme mondial: la montée du Sud
    Par Robert Lanquar

    Par L'Economiste | Edition N°:3334 Le 05/08/2010 | Partager

    Les chiffres du rebond du tourisme ne font pas que des heureux. L’Europe n’a pas connu de répit. Ailleurs tout va bien et même très bien, sauf dans les zones d’instabilité politique et sécuritaire. L’OMT annonce une progression mondiale de 7% au premier trimestre. L’Afrique se réjouit de la Coupe du monde de football. La coupe FIFA est l’évènement sportif le plus notoire avec les jeux Olympiques du CIO. Politiquement, c’est l’image du pays organisateur qui en sort renforcée; économiquement, la compétition doit avoir des effets sur le développement du pays organisateur, ses infrastructures et équipements sportifs comme le Cape Town Stadium, un des grands de toute l’Afrique, hôteliers ou de transport et la croissance de nombreux secteurs comme le tourisme et les communications. L’afflux de visiteurs étrangers a été très bien géré par les autorités sud-africaines et à terme, toute l’Afrique en sortira gagnante. Mais ce n’est pas les fans des pays que l’on croyait qui ont demandé à s’y rendre le plus.

    Afrique du Sud: des clients inattendus
    Le comparateur Skyscanner sur les compagnies aériennes low costs révèle à partir de sa base de données que les fans américains semblent être les plus motivés, avec des recherches de vols pour l’Afrique du Sud qui ont augmenté de 440% par rapport à la même période l’an dernier. L’Espagne n’est pas loin derrière avec 409%, les Portugais 272% et les Allemands 250%; le chiffre le plus surprenant provient de l’actuel champion du monde, l’Italie, avec seulement une augmentation de 134%.Oui, le tourisme africain a de bonnes perspectives. C’est pour cela que le Sénégal peut affirmer que son premier salon du tourisme avec la présence de 22 pays et deux cent soixante six stands est un succès. Après 50 ans d’indépendance, ce salon dédié aux TICAA Tourisme, industries culturelles et artisanat d’art, du 28 au 30 mai, a permis de faire d’une pierre, trois coups: le marketing et la commercialisation du tourisme sénégalais, la promotion de l’Afrique occidentale tout entière grâce aux interventions de l’Union économique et monétaire ouest africaine (UEMOA) et de son Commissaire pour le tourisme, Ibrahim Tamponé, et surtout la promotion des investissements touristiques grâce aux efforts des présidents de la SAPCO, Ndiouga Sakho, et du secrétaire permanent, Comité d’orientation et de suivi de la stratégie de croissance accélérée auprès de la Primature sénégalaise. Aujourd’hui, le président Wade «croit» au tourisme: «Je ne m’étais pas préparé à développer le tourisme». Il aurait assuré, dit-il, aux précédents ministres du Tourisme qu’ils étaient les seuls ministres nommés pour ne pas faire ce pourquoi ils ont été nommés… Maintenant, «toutes les conditions sont réunies pour que je soutienne le tourisme», réaffirma Wade.
    Méditerranée en hausse
    Au même moment, la note conjoncturelle de META indique que, malgré la crise, la Méditerranée a gagné des parts de marché en 2009, avec 287 millions de visiteurs internationaux. Si ses arrivées ont diminué de 4,38% dans le monde, en Méditerranée, la baisse n’a été que de 3,65% et notre région a gagné 0,25% du marché mondial, mais alors que les pays de la rive nord ont perdu 5,62% de leur clientèle internationale, ceux du sud et de l’est en ont gagné plus de 1,55%. Il semble que cette tendance se poursuivra en 2010 avec un accroissement plus que substantiel, une progression double du tourisme mondial, au moins 5% pour la Méditerranée contre 2,5% pour le monde. Tout pourrait changer en 2012 si la compétitivité touristique méditerranéenne n’est pas renforcée par l’innovation. De nouveaux produits et services doivent émerger, le tourisme culturel et le tourisme religieux et culturel par exemple comme le pensent les experts de l’Organisation mondiale du tourisme. Heureusement, ces innovations paraissent plus au sud qu’au nord, ce qui va permettre de rééquilibrer les flux de tourisme entre les deux rives de la Méditerranée. Ces innovations, nous en avons connu quelques exemples fin mai lors des Ateliers du management du patrimoine méditerranéen au Carrousel du Louvre à Paris. Le Maroc, malgré le peu de temps que lui ont donné les organisateurs, a présenté le plus grand nombre de bonnes pratiques: Ithaque, Terres d’Amanar et le grand projet de Mogador Essaouira. Le Festival de Fès qui s’est terminé le 12 juin va aussi dans cette direction. A l’avenir des programmes comme celui des Destinations de régions homogènes de META lié à celui d’Esprits de la Méditerranée pourraient conduire à une rénovation du tourisme méditerranéen, sur le littoral comme à l’intérieur, vers plus de culture, de durabilité, de responsabilité. L’authenticité locale est une piste à suivre, car chaque culture locale et unique et différente des autres. L’hébergement se retrouvera au centre de cet effort, surtout les petites entités, favorisant l’échange interculturel. Le patrimoine méditerranéen est une source inépuisable de diversité et d’authenticité, ce que recherchent les clientèles non seulement européennes dont la moyenne d’âge est supérieure à 40 ans, mais aussi les jeunes générations urbaines du monde méditerranéen, européen et arabe du tourisme national ou international. Ces clientèles acceptent la mondialisation à condition qu’elle soit diverse. Le marketing qu’elles souhaitent est celui qui prendra en compte les nouvelles motivations en proposant un mode de vacances plutôt qu’un lieu de vacances.Dans tous les cas, le sud devrait à terme sortir gagnant des changements que l’on observe. Il n’y aura pas de mesures protectionnistes pour obérer le développement du tourisme. Comme la Cnuced, l’OMC et l’OCDE l’ont souligné mi-juin dans un communiqué conjoint, - ce qui est peu commun-, les gouvernements du G20 résistent à prendre des mesures de restriction sur le commerce et l’investissement. Il faut cependant rester vigilant selon Pascal Lamy, le directeur général de l’OMT. Et le rapport de l’OCDE, Perspectives du développement mondial, Quand la Richesse change (Shifting Wealth), publié le 16 juin, montre que les décalages de richesse dans le commerce, les investissements directs étrangers, les finances et l’innovation sont en train de se réduire pour un nombre de plus en plus important des pays émergents. Le Maroc est de ceux-là. C’est le fait le plus marquant de notre époque et le tourisme devrait en bénéficier directement. Il s’agira alors de savoir, selon le Mexicain Angel Gurria, secrétaire général de l’OCDE, si cette révolution sera durable, c’est-à-dire si elle aura un impact durable sur le tissu social, politique et économique de la mondialisation.

    Tourisme religieux: un nouvel or noir

    Le secrétaire général de l’OMT, Taleb Rifaï, indique que «le tourisme religieux est l’or noir » de demain en Terre sainte; c’est une chance pour la paix et la coopération régionale; ses potentialités sont immenses, ne les laissons pas échapper». L’OMT a tenu à Sanaa, capitale du Yémen, les 22 et 23 juin, sa 34e réunion régionale Moyen-Orient –Afrique du Nord où a été présenté un «policy paper», rapport stratégique sur les caractéristiques, tendances et perspectives du tourisme religieux dans ces régions du monde : un futur très prometteur avec de multiples fonctions pour la sécurité et la stabilité régionale. On y parle de Fès qui devient une des premières destinations du tourisme religieux en Afrique du Nord. On y montre les nécessités d’un tourisme responsable et d’un marketing éthique. On y décrit aussi comment le monde arabe pourrait répondre par des produits et services adéquats aux contraintes pour le tourisme et possibilités de convivialités durant des périodes comme les fêtes chrétiennes et le Ramadan.


    Arabie saoudite: le géant arabe
    Jones Lang LaSalle est l’agence immobilière la plus importante du Moyen-Orient. Elle vient de publier un rapport très encourageant sur les investissements touristiques dans les villes saintes de La Mecque et de Médine. Le développement vertigineux des deux villes est limité par la capacité de charge de leur environnement physique. Les solutions existent pour répondre à une demande illimitée de la part des fidèles. Le nombre de pèlerins dans les deux villes pourraient augmenter de 7,8 millions aujourd’hui à 13,75 millions pour l’année 1440 de l’Hégire (2019). Le besoin en hébergement serait de plus de 82.000 chambres à cette date. Selon Chiheb Ben-Mahmoud, président-directeur général de Jones Lang LaSalle Hotels, le marché avec le plus de potentialités est celui de l’Omra, en raison de la durée du Haj. De nouveaux produits d’ailleurs sont en train de se créer comme le «Omra Plus» qui permet pour les musulmans de visiter les villes saintes et d’autres régions d’Arabie saoudite. L’aéroport international King Abdulaziz de Djedda sera agrandi pour recevoir jusqu’à 80 millions de passagers; celui de Medina pourra accueillir 14 millions de passagers en 2014. Le TGV Haramain atteindrait 320 km/heure sur 450 kilomètres. L’Arabie saoudite pourrait bien devenir d’ici 2015 le géant du tourisme du monde arabe.o

    Tourisme espagnol: la fin de la politique?
    La politique actuelle d’austérité de Madrid a été le principal argument pour réduire le secrétariat d’Etat au tourisme espagnol à une direction générale. Mais cette décision a aussi d’autres fondements: la tendance à ne donner au tourisme qu’une place administrative et réglementaire, et non plus politique. Ce n’est pas parce qu’en Grèce et en Italie le tourisme a été confié à un portefeuille ministériel propre que cette évolution sera modifiée. D’un côté, en Europe, avec le Traité de Lisbonne et son article 2 entré en vigueur en décembre 2009, le tourisme disposera d’une réelle politique commune, avec un système d’observation, une réglementation et des dispositions qui petit à petit seront diffusés aux pays associés comme le Maroc. Le tourisme pourrait bien être un des secteurs où une Europe plus fédéraliste se dessine, ce qui se concrétisera par un accès plus important des professions du tourisme au financement communautaire. D’un autre côté, les collectivités territoriales, plus près des réalités du terrain, sont en train de grignoter des compétences aux États surtout dans le tourisme. Reconnaître ces tendances est important au Maroc, en particulier pour la prospective faite dans le cadre de la Vision 2020.
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