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    Economie

    Le ministre face aux fellahs

    Par L'Economiste | Edition N°:298 Le 02/10/1997 | Partager

    M. Méziane Belfkih a entamé une tournée à travers plusieurs régions. Objectif: vulgariser les mesures pour cette campagne et être à l'écoute des préoccupations des agriculteurs. Samedi 27, l'escale était à Settat.


    «Je vous demande de laisser de côté les titres de ministre, de secrétaire d'Etat et de gouverneurs et d'entrer directement dans le vif du sujet». Le ministre de l'Agri-culture, de l'Equipement et de l'Environnement, M. Abdelaziz Méziane Belfkih, adresse ce conseil à l'attention des 25 intervenants prog-rammés pour cette rencontre destinée à vulgariser les mesures prises pour le lancement de la campagne agricole.
    Les agriculteurs ont afflué de quatre régions: Chaouia-Ouardigha, Doukkala, Abda et le Grand Casablanca. Tout le monde est à l'heure dans la salle de la Province de Settat qui a réuni quelque 750 personnes. Les premières rangées, comme à l'accou-tumée, sont prises d'assaut par des députés et des fonctionnaires reconnais-sables à leur costume sombre et chemise bleue. Les agriculteurs ne semblent pas trop à l'aise dans cette salle couverte mais «assument». Ils sont regroupés en fonction de leurs affinités surtout régionales. Juste après le début des discours, nombreux sont ceux qui ont quitté la salle pour accomplir leur prière et regagner leur place.

    Ils n'ont pas dérogé au cérémonial des campagnes: le turban bien enfilé marié à une djellaba des grands jours. D'ailleurs, les plis bien visibles rappellent que ce costume sort directement d'une armoire ou acheté d'un magasin pour la circonstance.
    La pudeur qui se lit sur leur visage se confond avec une crainte qui ne dit pas son nom. La présence du Makhzen magistralement représenté par un ministre, un secrétaire d'Etat, un wali et une flopée de gouverneurs n'est pas étrangère à ce sentiment. Ces «hommes de la terre» ont beaucoup applaudi ce jour là.
    Sur les 25 intervenants programmés, plusieurs avaient soigneusement préparé leurs allocutions. Celles-ci sonnaient creux, par les généralités qui frisent l'ambiance de campagne préélectorale. Les maux de l'agriculture du Maroc étaient passés en revue. Personne ne prêtait attention à leur énumération sauf peut-être, par devoir, le ministre et son secrétaire d'Etat.

    Rien dans la poche, tout dans la tête


    D'autres sont montés à la tribune. Aucun papier en main, le tout dans la tête, ils ont fait un tabac. Ils ont utilisé, sans détours, un langage cru. Un silence religieux régnait dans la salle. «Visiblement, ils ne vivent pas l'agriculture par procuration», commente un observateur. Comme celui d'Azemmour, petit et sec. Il a soulevé les problèmes des prix des engrais et celui de la CNSS. Ou encore celui de la région de Khouribga qui a passé moins d'une minute à la tribune pour dire l'essentiel: «nous sommes finis et nous avons besoin de moyens pour labourer la terre».
    La question du prix des semences sélectionnées est également revenue plusieurs fois. Les fellahs ont en outre réclamé la multiplication des points de vente. D'ailleurs, le ministre a été sensible à cette demande. En fin psycho-logue, il a laissé à la fin l'annonce d'une réduction de prix: 10 DH/q pour le blé sélectionné et 5 DH pour le bon à semer.

    Pour sa part, M. Abde-laâdim El Hafi, secrétaire d'Etat chargé de la Mise en Valeur Agricole, a exposé les mesures prises par le gouvernement pour le lancement de la campagne agricole.
    Quant au ministre, il a évoqué la nécessité d'un dialogue agricole constructif, exigeant «une écoute à la fois par l'oreille, la raison et surtout par le coeur». Ceci se fera dans la transparence que suppose la franchise de s'occuper de la défaillance de certaines coopératives. D'ailleurs, M. Méziane n'a pas caché son intention de s'attaquer aux Sociétés des Coopératives Agricoles Marocaines (SCAM) avec la collaboration des gouver-neurs. Plusieurs SCAM seront auditées afin de mettre les points sur les «i». Le ton se fait menaçant, particu-lièrement lorsqu'il dit en substance: «le Ministère est au service de l'agriculture dans son ensemble et non de quelques catégories ou autres élites». M. Méziane Belfkih fait part de sa vision des chambres d'agriculture du futur qui doivent encadrer les agriculteurs. Dans ce sillage, le Ministère est prédisposé à un contrat avec la chambre d'agriculture qui est «prête à jouer le jeu». Il a également abordé la gestion de l'eau rationnelle qu'il délègue aux agences du bassin dont l'expérience-pilote est celle d'Oum Rbià.

    Mohamed CHAOUI

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