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    Economie

    Le ministre de la Santé tape dans la fourmilière Entretien sans tabous avec Thami El Khyari

    Par L'Economiste | Edition N°:923 Le 25/12/2000 | Partager

    . Médicaments, urgences... Le Ministère ressort le projet de centrale d'achat. Les blocs opératoires fonctionnent 4 à 5 heures par jour, alors que dans les pays développés, la cadence est de 24h/24 . Le Département veut enclencher un embryon de SAMU pour améliorer les urgences . L'Economiste: En arrivant au Ministère de la Santé, vous avez fait l'état des lieux, quel est le dossier qui vous a le plus accroché et quel remède allez-vous lui prescrire?- M. Thami El Khyari: En fait, le grand problème qui ronge le secteur de la santé concerne l'utilisation et l'affectation des moyens mis à sa disposition. Les dotations budgétaires durant plusieurs années n'ont pas répondu aux besoins du pays, ni d'ailleurs aux normes internationales. Ces moyens, même faibles, ont été mal utilisés. Ma préoccupation actuelle est comment employer les moyens matériels et humains mis à ma disposition d'une manière rationnelle. En vérité, ce secteur n'a jamais fait l'objet d'un débat national malgré son importance pour le pays. Son efficience dépend des synergies entre les différents intervenants. Jusqu'à maintenant, aucune réflexion globale n'a été développée pour savoir quelle santé nous voulons, comment l'organiser et comment y arriver. Il est donc temps de soumettre l'avenir de la santé à un débat national. . Vous êtes à quel stade de la préparation de ce débat national?- Nous sommes en train d'écouter les uns et les autres pour pouvoir organiser ce débat. J'espère que d'ici l'été prochain, nous aurons non seulement entamé le débat, mais abouti à une vision de consensus en ce qui concerne l'organisation du système de santé. . Vous avez déclaré au Parlement que vous alliez donner des signaux forts dans les prochains jours. Lesquels?- Il y a quelques chantiers en cours. La réorganisation de la filière de la distribution des médicaments du Ministère vient en tête. Je ne vous cache pas que je suis mécontent de la façon dont cette filière est organisée. Plusieurs défaillances ont été constatées aux niveaux central et local. Nous sommes en train de revoir entièrement les procédures d'approvisionnement, de distribution et les procédures de contrôle et d'utilisation des médicaments achetés par le Budget de l'Etat. Nous nous orientons vers une centrale d'achat. De cette manière, nous pouvons être au courant des commandes passées, utiliser la concurrence entre les sociétés et suivre réellement le sort des médicaments commandés. Actuellement, une grande partie des médicaments commandés courant 1998-99 n'a pas encore été livrée, ceux de l'exercice 1999-2000 non plus. Pour le Budget 2000, nous sommes en train de lancer les marchés. De ce fait, il y a des médicaments commandés il y a 4 ou 5 ans qui ne sont pas encore livrés. Comment voulez-vous contrôler tout cela?!. Ce n'est le seul signal fort. Vous avez également parlé d'expérience-pilote. Qu'en est-il?- Nous sommes aussi en train de revoir l'organisation du système des urgences. Nous avons engagé une réflexion qui va déboucher rapidement sur des actions concernant l'organisation du pôle de Rabat et Casablanca. Car, nous ne pouvons pas aborder les urgences de Rabat sans toucher la situation des hôpitaux de la zone d'afflux. Les urgences de Rabat sont en effet déterminées par les hôpitaux de Sidi Kacem, Khémisset, Romani… Il s'agit de revoir le système d'urgences dans sa globalité. En ce qui concerne Casablanca, nous nous dirigeons en particulier vers la création d'un hôpital des urgences.Par ailleurs, nous avons décidé, lors du comité de gestion de l'Hôpital Avicennes, de créer une commission chargée de réfléchir sur le fonctionnement des blocs opératoires. Nous avons constaté que la plupart de ces blocs fonctionnent entre 4 et 5 heures par jour. Nous avons du personnel qualifié. Mais, en fait le matériel n'est pas utilisé d'une manière rationnelle. Vous savez, dans les pays développés qui ont plus de moyens, les blocs travaillent 24h/24.Nous réfléchissons sur le fonctionnement de l'Administration pour la rendre plus efficiente, à même de relever les défis et répondre aux besoins des citoyens.. Sur le fonctionnement des blocs, il y a de plus en plus de chirurgiens qui travaillent dans les cliniques privées. Quelle est la réglementation dans ce domaine? - Les enseignants des CHU sont régis par le temps aménagé. Ce cadre légal leur permet de travailler dans le secteur privé deux demi-journées par semaine. Ce temps aménagé, tel qu'il fonctionne actuellement, arrive à terme en 2001. Un bilan sera dressé. En revanche, il y a des médecins qui travaillent dans le privé et abandonnent les hôpitaux publics. En dehors des CHU, il n'y a pas de temps aménagé. Ils exercent donc dans l'illégalité. Sur ce plan-là, nous avons annoncé la couleur à travers une circulaire: la loi sera appliquée de façon stricte et tous les dérapages constatés ici ou là seront réprimés. Cela ne concerne pas uniquement les blocs opératoires, mais toutes les disciplines.. Vous avez parlé d'une nouvelle organisation du système des urgences avec un projet-pilote pour la région de Rabat. Qu'est- ce que vous mettez derrière cette nouvelle organisation pour avoir des prestations de meilleure qualité?- En fait, notre souhait est de faire ce qui a été fait en France et dans les pays développés. Nous voudrons enclencher un embryon de SAMU (Service Mobile d'Urgence), un nouveau système de communication et de prise en charge au niveau des hôpitaux. Nous sommes en train de réfléchir à l'intégration de certains hôpitaux de Rabat et Casablanca dans le système des CHU pour relever leur niveau et rétablir la confiance des citoyens. Avec les CHU de Marrakech et Fès, nous allons réorganiser tout le système sanitaire. Nous sommes en train de voir comment amener les enseignants du CHU à aller travailler pendant une période limitée dans les hôpitaux d'autres villes et ouvrir la voie aux médecins de la santé publique pour se recycler pendant une période déterminée dans des CHU. Il y de bonnes dispositions pour réaliser cette opération. Nous comptons introduire un système d'hôpitaux ambulants qui réponde aux besoins endémiques dans certaines régions. Parallèlement, nous préparons une plate-forme pour signer une convention avec les moyens audiovisuels de l'Etat afin de développer la prévention. . Est-ce que le Ministère contrôle le secteur privé?- Il faudra réfléchir aux rôles des secteurs privé et public. En principe, le Ministère doit avoir une vision d'ensemble, intégrant toutes les composantes médicales. Sur ce plan, il faut revoir les textes. Je souhaite attendre le débat national avant de revoir notre législation dans ce domaine et déterminer qui fait quoi. Depuis que je suis à la tête de ce département, j'ai l'impression que tout le monde est convaincu de la nécessité de mettre de l'ordre dans notre système sanitaire, y compris le secteur privé. Je les comprends. Les honoraires des médecins ne correspondent pas à la législation. Les laboratoires pratiquent des tarifs qui ne sont pas réglementaires. Par conséquent, tout le monde a besoin de travailler dans la clarté et la transparence. . Le prix des visites médicales change d'un médecin à l'autre pour les généralistes comme pour les spécialistes. Est-ce que c'est normal?- C'est également un problème. Les tarifs ont évolué. C'est une situation de fait et non de droit. Je crois que dans les textes, le tarif est de 35 DH je pense qu'aucun médecin ne peut travailler à ce prix. Le secteur privé vit actuellement une situation très grave. Quotidiennement, je reçois des demandes de médecins qui veulent rejoindre l'Administration parce qu'ils ne peuvent plus s'en sortir. En termes d'encouragement, nous avons pu faire passer l'annulation de la TVA sur les actes médicaux. C'était l'une des principales revendications du secteur privé. Les 7% seront supprimés à partir du 1er janvier prochain. A mon avis, c'était une taxe qui n'avait pas de signification. Une personne malade qui subissait une amputation devait payer une taxe. Les conséquences ne seront pas ressenties par les malades dans les cabinets du médecin. Mais dans les cliniques, le coût de l'hospitalisation sera réduit.. Avec les médicaments génériques, on s'attendait à voir la facture des ordonnances baisser. Ce n'est pas le cas. Comment l'expliquez-vous?- Là aussi, j'ai reçu l'Association marocaine de l'Industrie Pharmaceutique (AMIP) et l'Ordre des Pharmaciens. J'ai exprimé la préoccupation du Département en ce qui concerne la recherche des moyens pour réduire les prix des médicaments. Il faut reconnaître que les uns et les autres sont dans de bonnes dispositions pour rechercher les moyens de réduire le prix dans le cadre de la mise en oeuvre d'une véritable politique du médicament. Nous allons discuter avec eux pour revoir tout le système. . Beaucoup disent qu'avec la généralisation de la couverture médicale, les prix des médicaments vont baisser?- Cela est vrai mais comme je l'ai dit, il s'agit d'avoir une politique du médicament. Nous engageons les discussions avec les trois intervenants dans cette opération: l'industrie pharmaceutique, le pharmacien et le médecin qui est le prescripteur du médicament. Il sera question de normaliser aussi les ordonnances. Car aujourd'hui, une ordonnance peut varier du simple au double en fonction des médicaments prescrits.Le projet de l'AMO est au Secrétariat Général du Gouvernement. Les textes sont prêts. L'assurance va permettre d'élargir la couverture aux économiquement faibles. Au lieu que le malade aille chercher le certificat d'indigence chaque fois, sa validité sera de trois ans. Même la transparence dans l'octroi de ces documents sera mieux respectée dans le système de trois ans.. Quel est le calendrier?- Le projet de loi sera soumis sûrement à la session d'avril du Parlement. En tout cas, les textes peuvent l'être en intersession.. On parle d'audit effectué au niveau de l'Hôpital Avicennes. Qui en est le commanditaire?- Les textes prévoient que l'Hôpital Avicennes soit soumis à un audit annuel. Lors du dernier comité de gestion de l'établissement tenu en novembre, la décision de faire un audit a été prise. Le fonctionnement, l'organisation et la gestion seront passés au crible.. Qu'est-ce qui a motivé la décision?- Moi, je veux revenir à la légalité tout simplement. On verra ce qu'elle va donner. Ce qui n'était pas normal, c'est que l'audit ne se fasse pas annuellement. . Votre ministère a lancé des programmes. Des chantiers sont arrêtés notamment à Fès. On vous reproche d'avoir dépassé les budgets.- Nous n'avons rien dépassé. Au contraire, ce ministère consomme moins de 60% des ses crédits. Si les chantiers sont arrêtés, ce n'est pas par manque de moyens budgétaires. Des chantiers ont été lancés dans des hôpitaux, mais ne sont pas terminés. D'autres sont en cours depuis des années. C'est un problème d'administration du Ministère et nous sommes en train de prendre les mesures nécessaires pour arrêter ces dérapages.. Vous voulez mettre de l'ordre partout dans le Ministère. Cette opération risque de déranger certains intérêts. Vous allez certainement rencontrer des résistances?- Il s'agit de révision de méthodes de travail et ça pourrait déboucher sur des changements de personnes. Lorsque je dis qu'il faut mettre de l'ordre, ce n'est pas dans un sens de répression. Par exemple pour le médicament, beaucoup de structures achètent les médicaments: le Ministère à travers différents services, les SEGMA, les délégations, avec des différences de prix énormes, parfois du simple au quadruple entre une région et une autre. La distribution se fait d'une manière désorganisée. Quelquefois, c'est un problème d'hommes, mais c'est aussi une défaillance de structure.En outre, les CPS (Cahiers de Prescriptions Spéciales) prévoient que l'emballage des médicaments achetés par l'Etat soit différencié de ceux des médicaments qu'on trouve dans les officines. Dans la réalité, cela se passe autrement: le médicament fourni à l'Administration est identique à celui en vente dans les officines. Là encore, nous avons décidé que dorénavant, les CPS seront appliqués. La gestion de tout le matériel médical dont dispose le Département laisse songeur. Là aussi, je me rends compte que des machines en panne ne sont réparées qu'au bout de cinq à six mois. Le Ministère a effectué un sondage dans une trentaine d'hôpitaux, plus de la moitié du matériel était en panne. La maintenance fait défaut. Là encore, nous réorganisons le système de suivi du matériel. Il faut que chaque appareil soit identifié au niveau central pour qu'on puisse le suivre. . Vous convenez que tout ce désordre ait profité à des personnes. Est-ce qu'elles vont payer?- Ce qui m'intéresse c'est que cela fonctionne différemment à l'avenir. Je ne peux exclure que, dans le désordre, des personnes aient profité. Mais quelles que soient les raisons de ce désordre, il va falloir y mettre fin.. Vous n'êtes pas médecin. Comment avez-vous été accepté dans ce Ministère?- Le ministre ne soigne pas les malades. Je peux vous dire qu'à ma nomination, j'ai reçu beaucoup de messages de sympathie et déclarations d'intention en vue de travailler ensemble pour faire avancer les dossiers. J'ai été agréablement surpris par la réaction du secteur. . Ce n'est peut-être qu'un comportement habituel des courtisans?- Je n'en sais rien. De toutes les façons, je compte travailler avec toutes les volontés qui se sont manifestées. Je pense qu'elles sont sincères. Elles ont dû le faire avec d'autres ministres… . Dans ce département, il n'y a pas quand même pas que des problèmes.- Ce Ministère dispose de deux grands atouts. Le premier: quand les gens se mobilisent, les résultats réalisés sont splendides. Nous pouvons dire que la plus grande mobilisation qui se fait de façon répétitive est la campagne de vaccination. Les dernières statistiques montrent qu'en matière de mortalité infantile, le Maroc a réalisé de grands pas. 17.000 personnes se mobilisent annuellement pour aller dans les coins les plus reculés du Maroc pour vacciner. Il faut dire aussi qu'en général le personnel de la santé n'a pas été payé en retour. Je me suis aperçu que les dossiers du personnel, les avancements traînent. La gestion des ressources humaines est moyenâgeuse. Le personnel paramédical n'a pas bénéficié de l'intérêt qu'il mérite de la part des différents gouvernements. Nous sommes en train de prendre les mesures pour que tous ceux qui sont lésés soient régularisés. Il faut dire que c'est le seul département qui n'a bénéficié pratiquement d'aucun intérêt sur le plan social. Il regroupe près de 43.000 personnes et aucun programme social ne lui est consacré pas de logements, pas de lieux de vacances… Il va falloir donc rattraper tout ce retard.Le deuxième atout est l'intérêt que porte la société civile à ce secteur. La mobilisation de personnes bénévoles est sans précédent. La dialyse par exemple n'a pu se développer que grâce aux bienfaiteurs. Ces derniers ont construit et équipé des hôpitaux. Il y a encore des possibilités dans ce domaine. La Volonté Royale, support fondamental, redonne à la santé la place qu'elle mérite. Elle se manifeste par des actions de la Fondation Mohammed V. Elle se concrétisera davantage dans les semaines et mois à venir par une Sollicitude Royale particulière.. Est-ce que vous êtes en train de vous préparer pour que la santé devienne une priorité nationale au même titre que l'éducation et l'intégrité territoriale?- Il faudrait que la santé devienne une priorité. J'espère que durant mon séjour ici, j'y arriverais. Je crois que la chose la plus vitale pour un être humain est sa santé. Je voudrais pouvoir convaincre la collectivité et les différents intervenants de prendre conscience de la nécessité d'accorder à la santé la place qu'elle mérite.


    24 millions de Dollars de plus contre le trachome

    Dans la lutte contre le trachome, le Maroc est présenté comme une référence sur le plan international. D'ailleurs, vu le succès de son programme, il vient de bénéficier d'une nouvelle aide de 24 millions de Dollars pour cette campagne qui est présentée comme un exemple, explique le ministre. Avec la trachome, la tuberculose, les MST et la cataracte posent toujours problème.Propos recueillis par Mohamed CHAOUI

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