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    Politique Internationale

    Le Maroc au XIXème siècle : Les protégés cheval de Troie du Protectorat

    Par L'Economiste | Edition N°:237 Le 04/07/1996 | Partager


    Un demi-siècle de navigation entre les traités, les conventions, le système des protections et l'avènement du Protectorat. Le face à face entre l'historien Mohammed Kenbib et un grand pan de l'histoire du Maroc: "Les protégés: contribution à l'histoire contemporaine du Maroc"(1) .


    Le système des protections et des capitulations furent, pour le Maroc, un véritable "cheval de Troie". Dans son ouvrage "Les protégés", qui procède d'une thèse de 3ème cycle soutenue en 1980 à l'Université de Paris VII, M. Mohammed Kenbib raconte la vigueur et l'ampleur d'un processus par lequel les puissances européennes ont pu, à la faveur de la transformation du rapport de forces, actualiser les dispositions de vieux traités et imposer de nouvelles conventions par lesquelles elles mettaient le Makhzen en dépendance et ce, en l'obligeant à reconnaître des immunités judiciaires et fiscales à ses propres sujets. Résultat du système: un groupe de privilégiés, évoluant dans une sorte d'exterritorialité fiscale, juridique et politique. Les dates choisies par l'auteur se situent entre 1856 et 1912, période où la protection a pleinement joué son rôle de "véritable tête de pont de l'impérialisme".

    Tout au long de son travail, Mohammed Kenbib va à la recherche des protégés,"ces enfants terribles de l'impérialisme", écrit Daniel Rivet, professeur d'histoire contemporaine à l'université Paris I-Sorbonne, dans la préface. Celui-ci rappelle qu'en ces années 1990, "où il est de rigueur de prôner l'Etat modeste, voire de préconiser l'Etat minimum, cet ouvrage nous invite à penser l'Etat comme l'irremplaçable mainteneur d'un ordre public dont on n'aura pas la candeur de croire qu'il est au-dessus de la mêlée sociale, pas non plus l'illusion ivre de dogmatisme qu'il se réduit à habiller les intérêts de la classe (ou caste) dominante". Cet ouvrage nous fait réfléchir sur le rapport triangulaire entre Etat, société et environnement international.

    Acteurs volontaires et responsables


    Dans ce livre, dont la lecture est stimulante, les protégés ne ressortent ni comme les victimes d'une situation confuse, ni comme des traîtres, mais comme "des acteurs volontaires et responsables de leur propre histoire". Sans tomber dans l'analyse fastidieuse, l'auteur propose au contraire une compréhension aiguë du 19ème siècle, phase cruciale de l'histoire du Maroc et de l'Etat marocain.

    A travers ses recherches et les documents rassemblés, Mohammed Kenbib tente de comprendre le système de protection comme un mécanisme, un processus et enfin comme un fait social.

    Pour lui, la protection a joué un rôle de puissant facteur de corrosion de l'assise matérielle de l'Etat marocain et ce, en particulier, quand le statut spécial octroyé à un nombre important de sujets autochtones a fortement contribué à l'effondrement de ses revenus fiscaux, la dilapidation de son partimoine immobilier et l'augmentation des dépenses du Trésor. Dans les villes et les campagnes, divers groupes sociaux bénéficiaient d'immunités judiciaires et fiscales en leur qualité réelle ou fictive de protégés consulaires ou politiques, courtiers (censaux ou semsars) ou mokhalets (associés agricoles). Petit à petit, le phénomène s'est répandu à travers tout le corps de la société marocaine et touché jusqu'à certains agents de l'Etat. Seuls réfractaires au système, les Oulémas. La protection a également facilité de manière déterminante l'émergence d'une bourgeoisie marocaine "moderne" et la stimulation de son développement. Les protégés ont aussi joué un rôle dans l'ouverture du marché marocain aux articles manufacturés, la collecte des produits destinés à l'exportation et "une monétarisation nettement plus poussée des échanges".

    Au début du 20ème siècle, l'éclatement de la société et "l'isolement grandissant du Sultan" ont donc ouvert la voie à une domination étrangère directe. Le 30 mars 1912, Moulay Hafid dut finalement se résoudre à signer le traité du Protectorat. Les dernières protections, souligne l'auteur dans sa conclusion, n'ont été abolies qu'à la veille de la Deuxième Guerre Mondiale. De plus, "durant les années trente, les protégés et les naturalisés ont joué un rôle de premier plan dans l'action nationaliste". Les véritables raisons de ce revirement demeurent extrêmement complexes. L'auteur ne s'aventure pas à y répondre, il lance des hypothèses et ouvre la voie à plusieurs pistes.

    Meriem OUDGHIRI



    (1) Cet ouvrage a été publié dans les publications de la Faculté des Lettres et des Sciences Humaines-Rabat. Série: Thèses et Mémoires, n°29, 1996.

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