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    International

    Le développement exige que nous pensions au-delà de la ligne de pauvreté
    Par Shashi Tharoor

    Par L'Economiste | Edition N°:3335 Le 06/08/2010 | Partager

    Le mois dernier, j’étais parmi les trente hommes et femmes du monde entier – ministres de gouvernement, technologues, bureaucrates et penseurs stratégiques – qui se sont réunis à l’Union internationale des télécommunications (UIT) à Genève pour discuter du haut débit et de comment il peut contribuer à un monde meilleur. Cette «commission du haut débit» s’est réunie sous la présidence du président rwandais Paul Kagame et du magnat mexicain des télécommunications, Carlos Slim. L’UIT est un organe des Nations unies et a établi la commission en partenariat avec l’Unesco; le choix de la coprésidence n’est pas un hasard. L’ONU reconnait que si la révolution de l’information doit se poursuivre, elle nécessitera un effort combiné entre le public et le privé. Ainsi que l’a déclaré le secrétaire général de l’UIT, Hamadoun Touré, «les réseaux à haut débit abordables et omniprésents seront aussi déterminants pour la prospérité économique et sociale au XXIe siècle que les réseaux tels que ceux des transports, de l’eau ou de l’énergie».

    Démocratiser avec un numéro unique…
    Pour sa part, l’Unesco a pris l’initiative de créer des télécentres communautaires multifonctions dans le monde en développement avec des installations de communication et d’information –téléphones, fax, internet, ordinateurs, équipement audiovisuel – pour une large gamme d’utilisations communautaires. Le projet indien pour un Unique Numéro d’Identification, sous la houlette compétente du pionnier de la technologie de l’information Nandan Nilekani (ndlr, créateur en 1981 de Infosys et entre autres, auteur du livre «Imagining India», qui marque la pensée politique indienne aujourd’hui), permettra l’accès aux services publics, bancaires et d’assurance pour le peuple. Il n’y a aucun doute sur le fait que l’Internet peut être un outil de démocratisation. Dans certaines parties du monde – et certainement dans la majeure partie de l’Occident – c’est déjà le cas, puisque de conséquentes quantités d’informations sont désormais accessibles à presque tous. Mais la dure réalité du monde d’aujourd’hui est que l’on peut distinguer le riche du pauvre de par sa connexion à l’Internet. Le développement économique aujourd’hui nécessite de penser bien au-delà de la ligne de pauvreté; il faut aussi penser à la ligne du numérique à haut débit, à celle de la fibre optique – en fait, à toutes les possibilités qui excluent celles qui ne sont pas branchées sur les potentialités de notre monde. Mais le fossé numérique n’est pas définitif. Bien au contraire, le fossé technologique entre les pays développés et les pays en développement, mesuré par les niveaux de pénétration des ordinateurs individuels et des services de la technologie de l’information et des communications, s’est considérablement réduit depuis dix ans, avec la croissance rapide de l’utilisation de portables et d’Internet. Le niveau moyen de pénétration de l’Internet et des téléphones mobiles dans le monde riche en 1997 – 4,1 d’utilisateurs d’Internet et 10,7 téléphones portables pour 100 habitants – fut atteint moins de cinq ans plus tard par les pays en développement. A contrario, le niveau moyen de pénétration des lignes fixes de télécommunication dans les pays en développement a presque 50 ans de retard sur les niveaux de l’Occident. Il n’est pas surprenant que le soit en Afrique – et non en Europe ou en Amérique – que les téléphones cellulaires ont pris le dessus sur les lignes fixes. Plus d’Africains sont devenus utilisateurs de télécommunication dans les quatre dernières années que durant tout le XXe siècle. L’histoire indienne est même encore plus remarquable. Lorsque j’ai quitté l’Inde en 1975 pour poursuivre mes études supérieures aux Etats-Unis, le pays comptait environ 600 millions d’habitants et juste deux millions de téléphones fixes. Aujourd’hui, l’Inde détient le record mensuel de vente de téléphones cellulaires – 20 millions de ventes par jour ! – et celui du plus grand nombre de connexions téléphoniques effectuées sur une période d’un mois de tous les pays dans l’histoire des télécommunications. La technologie de l’information et des communications est un outil puissant pour répondre au sous-développement, à l’isolation, à la pauvreté et au manque de responsabilité politique et de liberté politique. Mais les gens ont d’abord et avant tout besoin d’un accès. L’accès internet à large bande haut débit peut améliorer bien des choses, de la gestion des transports à la protection environnementale, en passant par les services d’urgence, les soins de santé, l’éducation à distance et la productivité agricole. Délivrer ces potentialités au plus grand nombre possible exigera des moyens, une coopération internationale et une volonté politique.

    Le «mobile e-gouvernement» et la sécurité

    La croissance de la technologie de la téléphonie mobile démontre que le fossé numérique est en train d’évoluer et il faut donc aussi faire évoluer les efforts de développement. L’Inde, par exemple, compte 525 millions d’utilisateurs de téléphones portables et moins de 150 millions de personnes ayant un accès à l’Internet; en conséquence de quoi, l’utilisation de la technologie des téléphones portables comme outil de e-gouvernance est devenu vitale. Cela demande des moyens créatifs pour effectuer des transferts d’informations et réaliser ou recevoir des règlements de factures officiels par le biais du téléphone. Une des importantes sources d’inquiétude aujourd’hui dans l’e-gouvernance est la sécurité – à la fois la sécurité physique, à l’âge du terrorisme, et la cyber-sécurité. Recourir à la technologie pour garantir la sécurité sera encore plus capital dans les domaines du partage de l’information, la gestion de crise en cas de catastrophes et en ce qui concerne les standards de protection des données confidentielles.


    L’information libératrice
    L’écrivain et dramaturge suisse Max Frisch avait, à l’occasion, tenté de disqualifier la technologie indiquant qu’elle était «l’art d’arranger le monde de manière à ce que nous n’ayons pas à en faire l’expérience». Aujourd’hui, cependant, la technologie est essentielle à une participation efficace dans notre monde. Et, même si l’humanité ne peut vivre uniquement de la technologie, la révolution de l’information a libéré des millions de gens. L’information est libératrice au sens politique traditionnel du terme: la diffusion de l’information a eu un impact direct sur le degré de responsabilité et de transparence que les gouvernements doivent démontrer s’ils veulent survivre. Elle est aussi libératrice économiquement. Les technologies de l’information sont une forme rentable de capital. L’Estonie et le Costa Rica sont des exemples bien connus de comment les stratégies d’accès à l’information peuvent aider à accélérer la croissance productive et la hausse des niveaux de revenus. Certains des pays les moins développés, comme le Mali ou le Bengladesh, ont montré comment une gouvernance déterminée et des approches innovatrices peuvent, avec un soutien international, relier des zones rurales et retirées à l’Internet et à la téléphonie mobile, aidant ainsi à libérer les agriculteurs de subsistance jusque-là attachés au savoir et aux marchés locaux. De la même manière, les réseaux mobiles apportent des services de santé aux régions les plus reculées de l’Inde.Copyright: Project Syndicate, 2010.Traduit de l’anglais par Frédérique Destribats
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