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    Tribune

    L'assurance, cette méconnue

    Par L'Economiste | Edition N°:292 Le 07/08/1997 | Partager

    par Ala Eddine BENGELOUNE*

    L'assurance passe pour être un métier obscur qui se pratique dans un monde fermé de professionnels avec un vocabulaire technique et pratiquement inaccessible. L'auteur de l'article expose ici l'origine de quelques freins au développement du secteur.


    Le grand public, en dehors du rôle quasi réglementaire (assurance automobile, accidents du travail) et social et de prévoyance (assurance maladie, retraites) a une perception vague, sinon négative, du secteur des assurances, à l'inverse du secteur bancaire dont la technique et les produits lui sont devenus familiers.
    Il faut dire que les règles techniques et juridiques de l'assurance sont complexes et que les clauses des polices d'assurance paraissent opaques et, de l'avis des «consommateurs» d'assurance, les assureurs ne font rien pour aider le particulier ou le chef d'entreprise à y voir plus clair et l'intermédiaire oublie parfois son rôle d'assureur conseil.

    Sous-assurance


    La culture de l'assurance au Maroc est encore très faible comme l'indique un taux de pénétration du PIB de 2,4% et peut se comprendre au niveau des particuliers par des facteurs bien connus: poids des mentalités, faiblesse du pouvoir d'achat, absence d'incitation fiscale. Au plan des entreprises, par contre, le niveau de sous-assurance est flagrant et ne se comprend pas aisément. Résulte-t-il d'un manque de volonté et de communication des assureurs, ou d'un manque de prise de conscience des risques encourus au niveau des respon-sables d'entreprises? Ou les deux à la fois?
    Aussi, avant d'analyser l'origine de certains freins au développement de l'assurance, serait-il utile de présenter succinctement le secteur d'assurances au Maroc en termes de poids économique et financier.
    Les 16 compagnies du secteur ont réalisé un chiffre d'affaires de 6,8 milliards de Dirhams en 1995(1), hors produits financiers, réparti en assurances de personnes: 1,4 milliards de DH, couvertures indemnitaires: 5,4 milliards de DH.

    Risque/rentabilité


    Les compagnies d'assurances sont tenues de constituer d'im-portantes réserves dites «réserves techniques» afin de faire face aux engagements envers les assurés. Ces réserves sont couvertes par des actifs, principalement des valeurs mobilières, actions et obligations.
    Toujours selon les données collectées en 1995, les placements financiers des compagnies d'as-surances s'élèvent à 23,8 milliards de DH (valeur bilantiel) dont 6 milliards en actions et 9,2 milliards en obligations(2).
    L'assureur se doit donc d'être un acteur important du marché financier, avec la tâche délicate d'effectuer ses placements en combinant diversification des risques, évaluation des perspectives à long terme et rentabilité, pour combler le déficit technique.
    Si l'on suit l'évolution du secteur des assurances ces quinze dernières années, on a le sentiment que les assureurs marocains ont consacré plus de temps à faire admettre leurs revendications, légitimes certes, auprès des pouvoirs publics ou à tenter de régler leurs différends internes qu'à s'occuper de leur portefeuille de clientèle acquise et prospect et du développement de leurs produits.
    Il faut reconnaître que le secteur souffrait de nombreux maux dont l'une des principales causes, le déficit structurel des compagnies d'assurances, était liée à l'importante sinistralité de la branche auto, branche qui représente, rappelons, le 40% du CA total en 1995.

    Les mesures d'assainissement ont pris naissance en 1984 avec l'instauration du barème d'in-demnisation des victimes d'accident automobile, qui a limité les indemnités parfois exorbitantes attribuées aux victimes et ayant droits et ont connu leur aboutis-sement en 1995, avec la liquidation définitive de cinq compagnies d'assurances, dont le chiffre d'affaires automobile trop im-portant a précipité la chute.
    L'instauration du système de Malus en 1994 et l'accord d'augmentation des tarifs auto en 1994 et 1995 ont parachevé l'édifice et contribuent à améliorer le rapport sinistres à primes de la branche automobile.
    Parallèlement, le cadre législatif et réglementaire se met en place: projet de texte du code des assurances, entrée en vigueur du plan comptable des assurances.
    D'autres importants chantiers sont en cours(3) qui vont dans le sens d'une amélioration de l'environ-nement professionnel du secteur.

    Il est donc temps maintenant que les compagnies d'assurances se recentrent sur leur métier de base et, tout en veillant à animer leur réseau, parviennent à comprendre et faire comprendre que l'assurance change avec le développement économique. L'indemnisation des dommages ne représente plus qu'une partie du risque et d'autres risques existent: risque informa-tique, responsabilité des produits vendus, pollution industrielle, pertes d'exploitation.
    Vendre un service immatériel à connotation aussi négative que le risque n'est certes pas chose aisée, un grand effort de communication doit donc être fait en direction du réseau et des clients.
    Le réseau commercial est composé des agents, courtiers, salariés de l'entreprise et, plus récemment, du réseau bancaire. Le nombre d'intermédiaires, agents et courtiers est globalement évalué à 500, mais c'est un secteur très concentré où 10 importants courtiers réalisent plus de 60% du chiffre d'affaires.
    Les courtiers reconnaissent qu'actuellement le métier est moins rentable suite aux protocoles régissant l'encaissement des primes et l'organisation des compagnies d'assurances pour en accélérer le règlement.

    Déficit de communication


    Comme pour les compagnies d'assurances, les intermédiaires souffrent également d'un déficit de communication.
    Pour que l'entreprise ait plein conscience du service rendu, l'intermédiaire se doit de jouer son rôle d'assureur conseil, c'est-à-dire veiller à l'adéquation des polices avec les changements intervenus, informer des nouvelles formes d'assurances disponibles sur le marché, préciser clairement les limites des garanties proposées. Ainsi l'intermédiaire peut espérer, au même titre que l'expert-comptable ou l'avocat, être le conseiller de l'entreprise dans un environnement économique et juridique de plus en plus complexe.
    Et les grands groupes étant souvent mieux organisés pour y faire face, c'est vers les PME/PMI que cet effort devrait s'orienter.
    L'interlocuteur dans l'entreprise est plus un acheteur de couverture qu'un gestionnaire de risques. Qu'est-ce qui fait le chef d'entre-prise est plus apte à surveiller ses commissions d'escompte, ses agios que sa tarification AT par exemple, qui par manque de prévention à l'intérieur de l'entreprise lui coûte, et sa participation bénéficiaire et une augmentation de primes.
    Les responsables administratifs et financiers, généralement chargés au sein de l'entreprise du problème de la couverture de risques, ne sont généralement pas avertis de la complexité de la technique d'assurance et s'en remettent à leur courtier qui souvent ne maîtrise pas de son côté les besoins spécifiques de l'entreprise.

    En résumé, on peut constater que si, les assureurs souffrent d'un défit de communication, les entreprises souffrent, elles, d'un manque d'expression et de connaissance de leurs besoins réels en matière de gestion des risques d'assurance. Entre les deux, l'intermédiaire doit fournir un véritable service de remontée d'information et de coordination.
    Une entreprise de com-munication réussie passerait par une rationalisation juridique de la relation assureur-assuré, une simplification rédactionnelle et une présentation claire des contrats qui permettrait au responsable d'entreprise de dépasser son rôle d'acheteur de couverture et devenir un gestionnaire avisé des risques.
    Dans ce cadre idyllique de relation de partenariat, assureur/assuré, on serait presque tenté de dire à l'assureur: «Faite-nous peur, mais donnez-nous une image plus dynamique, plus sympathique et plus cordiale de votre métier».

    * Manager d'audit, Cabinet Masnaoui & Associés.
    (1) Les compagnies d'assurances déposent leur bilan au 31 mai, ce qui explique le retard dans la collecte des informations financières.
    (2) Ne sont pas retenus dans les données chiffrées du marché ci-dessus exposées les types particuliers d'assurance des organismes de prévoyance sociale: (CNOPS, CMR, RCAR, CIMR, CNSS, CNRR). Notons cependant qu'en termes de placements les chiffres les plus significatifs concernent les caisses de retraites CIMR et RCAR, pour 10 milliards de DH environ, principalement en obligations d'Etat ou garanties par l'Etat. En ces temps où les fonds de pension sont à la mode, ce pactole laisse rêveur...
    (3) Tels que le projet de tarif incendie, projet de loi sur les assurances maritimes, projet de convention d'assurances pour la Bourse des Valeurs.

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