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    La vision économique de Phelps, prix Nobel 2006
    Par Joseph Stiglitz, prix Nobel

    Par L'Economiste | Edition N°:2419 Le 11/12/2006 | Partager

    Joseph E. Stiglitz, lauréat du Prix Nobel d’économie, enseigne cette discipline à l’université de Columbia après avoir dirigé le board des conseillers économiques du président Clinton et servi en qualité de directeur économique et de vice-président de la Banque mondiale. Il en a démissionné en 2000 et depuis il se montre très critique à l’endroit de l’institution Son ouvrage le plus vendu, «Globalization and its Discontent» [La grande désillusion] a été traduit dans plus de 30 langues.. Il a publié il y a un an «The Roaring Nineties: A New History of the World’s Most Prosperous Decade», que l’on pourrait traduire par «Les rugissantes années 90: une nouvelle histoire de la décennie la plus prospère du monde». Son dernier livre s’intitule «Making Globalization Work» [Comment faire fonctionner la globalisation] (Ph. AFP)Edmund Phelps, mon collègue de l’université de Columbia, a reçu le prix Nobel de sciences économiques 2006, une distinction qui n’a que trop tardé! Bien que le comité Nobel ait souligné avant tout sa contribution à la macroéconomie, Phelps s’est distingué dans de nombreux autres domaines, avec notamment sa théorie sur la croissance et le progrès technologique, ou la taxation optimale et la justice sociale. Les politiques qui mettent uniquement l’accent sur l’inflation sont erronées pour plusieurs raisons. En pratique, même en voulant contrôler les anticipations (ce que nous cherchons à faire, comme l’ont démontré les travaux de Phelps), la relation entre le chômage et l’inflation est très instable. Cette corrélation est pratiquement impossible à définir à partir des données, à l’exception de quelques périodes isolées.L’évolution du niveau d’éducation, le taux de syndicalisation, et la productivité expliquent en partie cette instabilité. Quoi qu’il en soit, les décideurs sont confrontés à une profonde incertitude quant au niveau du Nairu (voir encadré: Non-Accelerating Inflation Rate of Unemployment), et doivent de toute façon choisir entre réduire trop fortement le chômage et relancer l’inflation, ou ne pas le réduire assez et gaspiller inutilement des ressources économiques.L’évaluation de ces risques dépend du coût estimé de correction des erreurs, coût qui dépend à son tour d’autres propriétés de l’arbitrage inflation-chômage, que l’analyse de Phelps n’aborde pas. Un faisceau de preuves montre que le coût de correction d’une réduction trop importante du chômage est en fait relativement bas, du moins aux Etats-Unis, où cette équation a été soigneusement étudiée (contrairement à ce que l’on croit à l’est de l’Atlantique, la politique monétaire américaine repose sur la lutte contre le chômage). Dans cette perspective, la Réserve fédérale américaine (Fed) ne devrait pas hésiter à réduire le chômage, tant que l’inflation ne progresse pas.Au contraire, les «faucons» de l’inflation estiment qu’il faut s’attaquer à l’inflation de manière préemptive. Bien que la majorité des banques centrales soient des tenants de cette théorie, leur point de vue tient plus d’une profession de foi que d’une science économique. Il n’existe simplement pas ou peu de preuve empirique que l’inflation, au taux faible ou modéré à laquelle elle s’est maintenue ces dernières décennies, puisse avoir de réelles conséquences négatives sur la production, l’emploi, la croissance ou la redistribution des richesses. Il n’existe pas non plus de preuve que l’inflation –viendrait-elle à augmenter légèrement- ne pourrait être corrigée à moindre coût – un coût comparable aux bénéfices dégagés par les nouveaux emplois et la croissance d’une économie en expansion excessive, à l’origine de la poussée inflationniste.. 1% de chômeurs en moins, 2 à 3% de PIB en plus !Au début des années 90, la Fed et beaucoup d’autres pensaient que le Nairu se situait autour de 6 à 6,2%. Compte tenu des évolutions économiques, moi-même et l’équipe avec laquelle je travaillais au Conseil économique national de l’administration Clinton ont avancé que le Nairu devait être plus bas. Nous avions raison. Le chômage est descendu à 3,8% sans nouvelle pression inflationniste.Ce point est important parce que, comme l’a expliqué le grand économiste Arthur Okun, la baisse de 2% du taux de chômage se traduit par une augmentation de la production de 2 à 6%, ou l’équivalent de 0,5 à 1,5 billions de dollars, dans le cas des Etats-Unis. Même pour un pays riche, cette somme est considérable. Elle pourrait être utilisée pour financer le système de sécurité sociale du pays pour les 75 à 100 années à venir. Elle pourrait même servir à couvrir une proportion non négligeable du coût d’une guerre, comme celle en Irak aujourd’hui !Depuis plus de trente ans, Phelps montre qu’il existe une approche alternative. Il a cherché à comprendre comment on pouvait réduire le chômage et améliorer les conditions de vie des plus démunis. Mais il a aussi voulu expliquer les raisons du dynamisme des économies capitalistes, ce qui motive l’esprit entrepreneurial et ce qu’il faut faire pour l’encourager. La vision économique de Phelps est une vision d’action, pas de résignation.


    Qu’est-ce que le Nairu?

    La principale contribution de Phelps à la macroéconomie (voir un de ses article publié dans nos colonnes le 21 novembre 2006; ainsi qu’une analyse de ses travaux, sous la plume du Pr Germouni, le 1er novembre 2006) a été de démontrer que la relation entre l’inflation et le chômage est influencée par des anticipations. Celles-ci étant endogènes – elles varient dans le temps – la relation entre l’inflation et le chômage varie aussi. Si un gouvernement cherche à faire trop baisser le taux de chômage, l’inflation augmentera, et, par là même, les anticipations inflationnistes.Ce concept induit deux implications politiques possibles. Certains décideurs ont conclu de l’analyse de Phelps que le taux de chômage ne peut être réduit de manière durable sans un niveau d’inflation toujours croissant. Ainsi les autorités monétaires devraient simplement s’attacher à maintenir une stabilité des prix en recherchant le taux de chômage correspondant à une inflation stable, un rapport connu sous l’acronyme de Nairu («Non-Accelerating Inflation Rate of Unemployment» ou taux d’inflation n’accélérant pas le chômage).Mais le Nairu n’est pas immuable. L’implication correcte, comme l’a souligné Phelps à de nombreuses reprises, est que les gouvernements peuvent mettre en œuvre toute une gamme de politiques, notamment des politiques structurelles, pour permettre à l’économie de fonctionner avec un faible taux de chômage.


    Une déformation trop fréquente

     

    L’œuvre de Phelps nous a aidé à comprendre la complexité de la relation entre chômage et inflation et le rôle important des anticipations dans cette relation. Mais conclure que rien ne peut être fait pour remédier au chômage ou que les instances monétaires devraient uniquement mettre l’accent sur l’inflation est une interprétation fausse de son analyse. Ce point de vue est celui de l’école de la macréconomie moderne, qui suppose des anticipations rationnelles et des marchés parfaits. En d’autres termes, elle présuppose des individus – généralement considérés comme identiques – qui utilisent toutes les informations disponibles pour prévoir l’avenir dans un environnement de concurrence idéale, sans défaillance du capitalisme de marché, et complètement assurés contre tous les risques. Non seulement ces hypothèses sont absurdes, mais leurs conclusions le sont aussi: il n’existerait pas de chômage involontaire, les marchés seraient parfaits, et la redistribution des richesses n’aurait pas de conséquence réelle. Bien que les politiques gouvernementales soient inefficaces, selon cette école de pensée, cela n’a pas d’importance. Parce que les marchés sont toujours parfaits, l’intervention étatique n’est pas nécessaire. De manière plus pernicieuse, plusieurs partisans de ce point de vue, une fois confrontés à la réalité du chômage, avancent qu’il est dû à la rigidité des mesures gouvernementales et aux syndicats. Dans leur monde «idéal», sans ces deux fléaux, disent-ils, le chômage n’existerait pas.Copyright: Project Syndicate, 2006 Traduit par Julia Gallin

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