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    La réforme de l'audiovisuel : "Une évolution, pas une révolution"

    Par L'Economiste | Edition N°:227 Le 25/04/1996 | Partager

    "Mais non, ce n'est pas une révolution, même petite. C'est juste une évolution". Moulay Driss Alaoui M'Daghri, ministre de la Communication, fait tout ce qu'il peut pour minimiser son projet. Pourtant...


    - L'Economiste: Sur quels principes voulez-vous appuyer vos réformes?
    - Moulay Driss Alaoui M'Daghri: Trois principes. D'abord, les médias audiovisuels doivent servir de façon pleine et efficace les options majeures et les actions des institutions de notre pays. Ils doivent le faire de manière crédible et acceptable par les pouvoirs publics, les organisations, les opérateurs, les associations et plus généralement par les Marocains. Deuxième principe, ils doivent cultiver l'identité nationale et consolider l'ouverture sur l'extérieur comme l'ouverture sur les différentes composantes de la société marocaine. C'est un exercice difficile dans la mesure où nous sommes constamment balancés entre le laissez-faire et l'interventionnisme, mais c'est un exercice à faire. Les responsables de la communication, en premier lieu le Ministère, ont une responsabilité importante pour trouver le cheminement juste avec la rigueur de ce qui est dit et le maximum de souplesse pour l'expression plurielle. Enfin, troisième principe, il faut coller à l'éthique en développant le sens civique, développement qui est réclamé par un nombre croissant de Marocains. Ils soulignent en même temps les revendications de droits et les exigences de devoirs; c'est un mouvement de fond de notre société que les médias audiovisuels devront soutenir, tant du point de vue des comportements individuels que des comportements sociaux.

    - Vous évoquez beaucoup le mouvement, comment votre projet peut-il soutenir la dynamique que vous souhaitez?
    - Ce n'est pas seulement une affaire de loi ou d'organe; c'est une affaire d'hommes qui devront rester en éveil, pour éviter la langue de bois comme les débordements, et coller à l'évolution de notre société. Chacun est concerné, les responsables politiques, ceux des médias, mais aussi les téléspectateurs et les auditeurs. Cela ne se fait pas par un coup de baguette magique, mais par des démarches intériorisées. Nous avons bien vu que la presse a été capable d'évoluer de l'intérieur en développant des pratiques professionnelles.

    - Et pour la loi proprement dite?
    - Ce que la loi devra prévoir, c'est la protection des chaînes publiques, semi-publiques ou privées, face au morcellement qui va inévitablement se produire avec l'arrivée des chaînes numériques. Et ce d'autant plus que nous n'avons pas de géants de l'offre télévisuelle. Certes, nous avons une forte identité nationale au Maroc, reposant sur des éléments qu'il faut sans cesse cultiver, au risque de les voir se dissoudre. En fait, nous devons avoir une offre télévisuelle compétitive et incontournable face au foisonnement des autres offres. Nous avons la carte "niche écologique" à jouer, nous la jouerons. Mais nous devons au préalable sécuriser le financement. C'est pourquoi je propose, dès la prochaine Loi de Finances, d'augmenter la redevance et par la suite d'étudier le marché publicitaire.

    Concurrence pour le fauteuil du ministre

    - Un organe de régulation?
    - Pour l'instant, le projet de loi n'est pas encore avancé pour parler ni de ses rattachements organiques ni de sa composition. Le Conseil d'audiovisuel a été annoncé par SM le Roi lors d'Inforcom. Je ne crois pas qu'il faible le voir comme le CSA(1) existant en France. Je pense qu'il faut encore pour quelque temps laisser l'autorité politique au niveau du gouvernement et de son Ministère de la Communication. Le Conseil qui sera consultatif apportera un éclairage différent de celui de l'Administration et devra permettre la poursuite de l'évolution. Pour l'instant, le projet n'est pas assez avancé pour aller davantage dans les détails.

    - Il va y avoir de la concurrence pour votre fauteuil!
    - Je ne sais pas s'il y en aura plus ou moins que par le passé. Ce n'est pas la réforme, mais la communication en général qui prend un relief stratégique de nos jours, pas seulement au Maroc comme le montrent bien les travaux de l'Université d'Eté de la Communication qui se tiennent à Al Akhawayn en ce moment. Mais je veux souligner que, contrairement à ce qui se dit, nous ne sommes pas en train de faire une révolution de l'audiovisuel. Nous ne faisons que marquer l'évolution naturelle de notre pays et soutenir cette évolution. Il n'y a pas de discontinuité.

    - Quelle leçon tirez-vous de l'expérience 2M?
    - D'abord je récuse complètement le terme d'échec. Il n'y a pas d'échec, au contraire. Le capital privé a montré qu'il était capable de courir le risque, d'ouvrir la voie à des formes différentes d'expression. Il a eu l'appui très fort de l'Administration pour le faire et il reste d'ailleurs associé à l'expérience. 2M a inventé le concept de télévision de proximité pour le Maroc et a modifié la façon de faire de la télé comme elle a formé une génération de professionnels. Ces professionnels savent faire preuve de souplesse d'organisation et d'utilisation de leurs instruments. C'est un acquis considérable. Enfin, l'existence de 2M permet d'enclencher la suite et de négocier le tournant de la politique audiovisuelle de notre pays.

    Propos recueillis
    par Nadia SALAH


    La recomposition des chaînes de télévision

    En juillet prochain, 2M deviendra une chaîne de télévision gérée par une société mixte où l'Etat aura environ 70% du capital(1) et sera l'opérateur. Les craintes de l'opinion publique sont évidemment de voir 2M devenir un duplicata de TVM, spécialement en matière de traitement de l'information. Moulay Alaoui M'Daghri promet que 2M restera ce qu'elle est.
    Le financement ayant été la pierre d'achoppement du projet initial de l'ONA et de ses partenaires dans 2M, le gouvernement propose dès cette Loi de Finances de doubler la redevance payée avec les factures d'électricité: si le nouveau tarif est accepté, il variera donc de 20 à 40DH. Pour l'instant, les partis politiques n'ont pas fait savoir s'ils avaient l'intention de marchander au gouvernement la hausse de la redevance contre le contenu du cahier des charges qu'aura la future 2M, lequel de fait réglera les rapports entre la chaîne et l'Etat via son Ministère de tutelle, celui de la Communication.
    Très visible, la reprise de 2M par l'Etat n'est que la partie émergée de l'iceberg de la réforme qui se prépare.

    C'est ainsi que le ministre de la Communication envisage de modifier la gestion de la TVM, à commencer par les équipes de management et les procédures. "Nous cherchons avec le Ministère des Finances les moyens de mettre les procédures budgétaires et de contrôle plus en rapport avec les impératifs techniques de la TVM". "Il est clair, ajoute le ministre, que TVM restera la grande chaîne marocaine, ne serait-ce qu'en raison de sa couverture du territoire". Il pense pouvoir introduire des mesures d'efficacité, "par exemple à travers les mesures d'audience".
    La diffusion sur satellite de la chaîne publique, déjà en différé, sera complètement revue. "Avec un choix de la production de 2M, cette diffusion satellitaire peut devenir une chaîne à part entière", espère Moulay Driss Alaoui M'Daghri. Il n'exclut pas qu'elle puisse même, dans un avenir pas trop lointain, proposer ses propres programmes "puisque nous avons de fortes communautés marocaines qui en sont demandeuses".

    L'insertion des offres étrangères est aussi un dossier de la réforme. Pour les chaînes généralistes non-payantes, pas besoin d'autorisation, évidemment. Pour les autres, celles qui seront les plus nombreuses avec le numérique," nous avons des propositions de bouquet de chaînes, propositions que nous étudions". Le ministre de la Communication ajoute que "les offres étrangères devront être compatibles avec la protection des deux chaînes, la publique et la semi-publique". En fait, c'est en terme d'accès au marché publicitaire local que le problème se pose vraiment: "il est clair que l'accès au marché doit être régulé". Quand les pouvoirs publics ont techniquement le pouvoir d'ouvrir ou fermer la porte des ondes marocaines, ils l'exerceront. Quand ils ne l'ont pas, ils laisseront passer, comme maintenant, toutes les offres qui se présentent.
    Le ministre se défend d'avoir bloqué Canal Horizon: "C'est notre marché et Canal Horizon savait parfaitement qu'il lui faudrait un agrément", affirme le ministre qui se dit surpris d'avoir découvert dans la presse que des ministres français avaient pu mettre la question à l'ordre de leur visite au Maroc(2).

    Nadia SALAH

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