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    International

    A l’Est, les transitions sont très inégales
    Par le Pr. Mohammed GERMOUNI

    Par L'Economiste | Edition N°:3343 Le 18/08/2010 | Partager

    Les récentes crises économiques et récessions n’ont certainement pas facilité les difficiles transitions en cours des anciennement pays socialistes. Au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale, et pendant quelque quatre décennies, une bonne partie de la communauté intellectuelle et scientifique internationale estimait que la compétition se poursuivait de façon effrénée, entre les deux «blocs» rivaux d’alors. Le jeu était considéré égal, l’Union des républiques soviétiques et socialistes (URSS) avec ses alliés étaient en train de combler simplement un retard.Or, dans les faits, il ne s’agissait pas d’une compétition classique se déroulant entre des partenaires ordinaires, mais plutôt un affrontement de deux théories d’organisation économique et sociale: le plan ici contre le marché là-bas. L’opposition n’épargnait pratiquement aucun secteur. Cette haute lutte, est-il nécessaire de le rappeler, allait être en fait désignée et qualifiée de «guerre froide», tant elle consistait en un phénomène de tension lourde et durable alimentée fréquemment de violents propos et qui était capable de limiter le recours aux armées (la «guerre chaude»).

    Et vingt ans plus tard…

    L’égalité supposée fut contredite: les différences de capacités et de résultats de chacun des camps en ont surpris plus d’un : tant l’état d’arriération des pays socialistes et la pauvreté de leurs populations s’imposèrent aux yeux du monde. Plus de vingt ans se sont écoulés depuis la chute en 1989 du mythique Mur de Berlin, érigé naguère sur instructions des autorités soviétiques. En dehors de la riche Slovénie, la transition (rompre avec les institutions socialistes en favorisant l’avènement d’une économie libérale) se poursuit, à des cadences diverses. Les cas de la Chine, du Vietnam, de Cuba, ou de la Corée du Nord relèvent d’un autre registre, car vivent un autre genre de transformations. Ces transitions sont encadrées politiquement par les partis communistes toujours au pouvoir.Longtemps demeurées camouflées, les principales insuffisances du modèle socialiste étaient devenues criantes. La planification soviétique impérative n’a pu y remédier de façon rapide, ni appropriée. Ainsi, le simple rythme normal des relations courantes entre agents économiques de ces pays avait très tôt rendu, par exemple, obsolète le système d’un plan central en général et l’utilisation des matrices entrées-sorties en particulier. Cette planification ne pouvait refléter le dynamisme réel des activités. Quand des expériences de transition connaissent un certain succès, d’autres se cherchent encore. Autrement dit, la fin du système planifié n’a pas entraîné l’établissement naturel et l’apparition du fameux marché et ses règles, contrairement à ce qu’espéraient l’Europe et l’Amérique. L’analyse économique offre rarement l’occasion de tenter une expérience en réel, comme en laboratoire: les comportements humains ne se prêtent heureusement point à cette sorte d’analyse. Cependant, le hasard de la géographie et de l’histoire a donné lieu à une expérience insolite. Elle se déroulait en grandeur nature, in vivo. Elle attira très tôt l’attention des observateurs d’alors s’intéressant au cas des deux Allemagnes, mitoyennes et en lutte. La confrontation paraissait serrée entre elles.

    Le hasard instructif

    A l’ouest, le miracle économique allemand et sa prospérité; en face, l’économie planifiée censée être la plus dynamique du bloc de l’Est. Des estimations dignes d’intérêt avançaient que le Produit intérieur brut par habitant en Allemagne de l’Est était de l’ordre des quatre cinquièmes de celui de l’Allemagne de l’Ouest, sans que cela paraisse déraisonnable, à la fin des années 1960. La chute du mur allait révéler une économie délabrée, avec une productivité du travail à peine égale au tiers de celle enregistrée en RFA. Le retard est encore plus prononcé si on intègre le critère de la qualité. Néanmoins, la transition sera relativement plus aisée car elle sera synonyme d’une «absorption-réunification» pure et simple par une Allemagne de l’Ouest devenue la première puissance économique européenne. Plus à l’Est, un pays jadis de taille continentale, couvrant quelque quatre à cinq fuseaux horaires, constitué de plusieurs républiques et de territoires autonomes, est désormais limité à la seule république de Russie. Elle fait l’expérience d’un capitalisme d’un autre âge. Si Gorbatchev n’a pas provoqué l’effondrement de l’URSS, il ne l’a pas empêché non plus. Une population au bien-être menacé (jusqu’au pain qui faisait défaut), refusa des réformes «humiliantes» alors qu’elle s’était sacrifiée pour que l’URSS obtienne le statut de superpuissance. Le danger pour la stabilité et la sécurité du monde n’était pas fictif. L’ouverture de l’économie devait être décidée par la nouvelle équipe au pouvoir en s’inspirant des exemples tout récents de libération et des prix et de réhabilitation du droit de propriété des moyens de production de Balcerowicz en Pologne et de Vaclav Klaus en Tchécoslovaquie, avec l’adhésion populaire en moins. Peu de nouvelles industries et peu d’agriculture pour remplacer l’existant dépassé ou peu performant, et avec de faibles infrastructures modernes notables, la nouvelle Russie semble se confiner ainsi dans l’exportation de pétrole, de gaz et de minerais notamment. Ni suffisamment développée, ni pauvre, l’économie encore inclassable de cette région se cherche encore une place dans la compétition mondiale. Sans être à bout de souffle, l’expérience qui s’y déroule diffère de celle des pays dits émergents, genre Brésil, Chine ou Inde, et semble plus relever de la phase d’un apprentissage délicat de la chose économique au niveau d’une puissance déclassée.


    Planification et plans

    L’utilisation des techniques de planification économique est l’apanage des pays socialistes. Elle s’est répandue à la fin des années trente, pour coordonner les efforts de préparation à la guerre, et en particulier aux USA, ou ceux de la reconstruction d’après-guerre en France, en Hollande ou au Japon. Concerné également par ce courant de planification dit souple par opposition au modèle soviétique, le Maroc a vécu dans cette atmosphère générale depuis la fin des années quarante du siècle dernier, à travers divers plans dits de développement économique et social qui se sont succédé jusqu’à il y a deux décennies encore. Plusieurs autres pays, et non des moindres, en ont été concernés à leur tour et à des degrés divers. Tel est le cas de l’Inde, du Brésil ou du Mexique. Au cours de ces années, la sphère géographique des modèles de plans l’emportait de loin sur celle du marché. On peut longuement discuter les avantages et les inconvénients de tels exemples, car aucun bilan rigoureux d’une aussi large et relativement longue expérience n’a pu encore être établi.


    Thérapie de choc, marché noir et grosses fortunes

    Le rouble perdit plus des 9/10e de sa valeur, au tournant des années 90, assorti d’une hyper inflation. Par ailleurs, des millions de personnes démunies se trouvèrent du jour au lendemain la cible d’actions d’entreprises d’Etat ou propriétaires de leur appartement. Ils en furent dépouillés au profit de quelques aventuriers bien appuyés, lesquels s’accaparèrent des pans entiers de l’économie russes. Les fortunes furent impressionnantes et soudaines. Les oligarques étaient nés. La nouvelle forme d’accumulation primitive post-socialiste ne pouvait manquer de rappeler par certains détails les stratagèmes des magnats du chemin de fer et les manigances de ceux du pétrole de l’Amérique du XIXe siècle. Pour la plupart des personnes élevées dans l’idée socialiste que «la propriété est le vol», le passage à la nouvelle économie de marché affecta leur sens de justice. Ne s’appuyant pas encore sur l’autorité de la loi, il n’y avait aucun tribunal pour régler les nouveaux litiges économiques. Les capitaux comme les profits pouvaient être saisis par un gouvernement comme par des individus organisés avec leurs sécurités privées, incarnant ainsi une sorte de règne de la peur et de la force. Il s’est agi d’un vaste marché encore noir, avec des prix non réglementés et une concurrence ouverte mais sans protection de la loi. Par ailleurs, même une fois adoptée, son application est demeurée fort inégale selon les régions et les contextes, d’après divers investisseurs étrangers, car plusieurs responsables continuèrent d’estimer que le capital privé doit être protégé par ceux qui le possèdent.

     

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