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    International

    L’Amérique doit choisir: des emplois ou une dette à moindre frais
    Par Daniel Gros

    Par L'Economiste | Edition N°:3421 Le 10/12/2010 | Partager

    Selon une formule souvent attribuée au général De Gaulle mais qui vient en réalité de son ministre des Finances, Giscard d’Estaing, depuis des décennies tout le monde se plaint du «privilège exorbitant» que le rôle du dollar comme devise constitutive des réserves mondiales confère aux USA. Quand les taux de change étaient fixés dans le cadre des accords de Bretton Woods, la nature de ce privilège était claire: l’Amérique était le seul pays à pouvoir choisir en toute liberté sa politique monétaire. Tous les autres devaient s’adapter à la politique qu’elle dictait.Cette situation a changé avec l’arrivée des taux de change flottants au début des années 1970. Ils permettaient aux pays comme l’Allemagne recherchant en priorité la stabilité de ne pas dépendre de la politique monétaire américaine qu’ils considéraient trop inflationnistes. Mais même avec des taux de change flottants, les USA conservaient un avantage: le dollar restant la devise clé des réserves mondiales, ils pouvaient financer d’importants déficits extérieurs à des taux de change très favorables.Encore aujourd’hui le Trésor américain peut emprunter sans limite à des taux défiants toute concurrence, à tel point que les taux d’intérêt sur les obligations protégées contre l’inflation est maintenant de - 0,5%, même avec une échéance de cinq ans! Le gouvernement américain se rémunère donc essentiellement en termes réels en recevant l’argent des investisseurs – une offre généreuse qu’il accepte à grande échelle pour canaliser ces ressources en direction des ménages américains, dans l’espoir de doper la consommation et de ce fait créer des emplois.Les USA semblent s’en tirer sans frais. Mais «tout se paye», ainsi que le disent les économistes. Et c’est vrai dans ce cas aussi: leur devise constituant les réserves mondiales, les USA peuvent emprunter à bon marché, mais au prix d’une perte d’influence sur les taux de change qui dépendent de la demande du reste du monde pour les actifs en dollars.L’Allemagne a découvert cela durant les années 1960 et 1970 et a résisté à la tendance du deutschmark de devenir une devise constitutive des réserves mondiales. Les autorités allemandes craignaient que l’économie du pays, tournée vers l’exportation, ne souffre des grosses variations du taux de change, ce qui est la norme pour les devises formant les réserves mondiales. Mais du fait de la faiblesse des autres devises européennes et du désir de l’Allemagne de ne pas fermer ses marchés, ses dirigeants ne pouvaient pas faire grand- chose.Tandis que le deutschmark devenait une devise importante des réserves internationales dans les années 1980 et 1990, les variations considérables du taux de change du dollar ont eu parfois des conséquences spectaculaires sur l’économie allemande. Aussi l’une des raisons qui a poussé l’Allemagne à rejoindre la zone euro était-elle de partager avec d’autres le fardeau lié au rôle de devise servant de réserve.Aujourd’hui la Chine remplace l’Allemagne (et le Japon) comme premier exportateur mondial, à une différence près: elle gère au plus prs son taux de change en contrôlant les flux de capitaux et en intervenant massivement sur le marché des devises. Seule économie importante contrôlant les capitaux, elle a créé son propre «privilège exorbitant»: elle peut fixer elle-même son taux de change parce qu’aucun autre grand pays n’impose de contrôle des capitaux.Les deux superpuissances économiques n’apprécient pas leur «privilège exorbitant» réciproque. L’Amérique aimerait avoir les emplois chinois et la Chine voudrait avoir de meilleures possibilités d’investissement. Chacune reste sur ses positions, alors que l’une et l’autre pourraient facilement mettre fin à cette impasse. La Chine aurait pu supprimer le contrôle des capitaux et laisser flotter le renminbi. Mais les USA pourraient facilement mettre fin au privilège de la Chine en limitant les ventes de la dette du Trésor (et d’autres formes de leur dette) aux autorités monétaires chinoises. En faisant cela, ils ne violeraient aucun engagement international et ne lanceraient pas une guerre commerciale. Ce serait probablement une mesure efficace, étant donné le volume des interventions chinoises (des centaines de milliards de dollars chaque année) qui ne pourraient pas être facilement recyclées par l’intermédiaire de banques offshore sans exposer la Banque centrale chinoise à bien d’autres risques.Interdire à la Chine d’acheter la dette américaine reviendrait à imposer un contrôle des capitaux, brisant de ce fait le monopole chinois sur cet instrument. Mais l’Amérique pourrait alors perdre son rôle de centre du système financier mondial – ce qui mettrait fin à son «privilège exorbitant». En réalité tout se paye. Les USA doivent choisir entre la création d’emplois - ce qui nécessite un taux de change plus concurrentiel - et le financement à bon marché de leur déficit budgétaire, tant sur le plan intérieur qu’à l’égard de l’étranger.Tandis que la Chine et l’Amérique essayent de trouver une issue, l’une et l’autre voulant conserver son propre «privilège exorbitant», l’Europe est dans une position encore plus difficile, car elle souffre des mêmes inconvénients que les USA, mais sans bénéficier de leurs atouts. L’euro est aussi une devise des réserves mondiales (de seconde importance il est vrai), mais il en coûte beaucoup plus aux pays de la zone euro qu’au Trésor américain. C’est l’un des prix à payer pour l’intégration financière incomplète de l’Europe.


    «C’est notre taux de change, mais c’est votre problème»

    L’économie américaine est encore relativement fermée (les importations et les exportations comptent pour seulement 15% de leur PIB) et dans le passé les exportations n’ont jamais été le principal moteur de leur croissance. C’est pourquoi les USA ont l’habitude de dire, «C’est notre taux de change, mais c’est votre problème». Dans ces conditions, pourquoi les USA changent-ils maintenant de position ? La réponse est évidente, c’est à cause de leur taux de chômage élevé (entre 9 et 10%). C’est le prix qu’ils doivent payer pour leur endettement à peu de frais: ils peuvent poursuivre leur frénésie de consommation, mais les emplois sont ailleurs.Copyright: Project Syndicate, 2010.www.project-syndicate.orgTraduit de l’anglais par Patrice Horovitz

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