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    Economie

    Jospin et Strauss-Kahn rassurants

    Par L'Economiste | Edition N°:310 Le 25/12/1997 | Partager

    Les affaires donnent le ton à la politique. La visite du Premier ministre français et de son ministre de l'Economie et des Finances à la CGEM jeudi 18 décembre en témoigne. Ils sont venus rassurer le gotha des grands entrepreneurs très liés à la France et qui digèrent la construction européenne.


    «Les cornichons, nous sommes au moins d'accord là-dessus», dit M. Dominique Strauss-Kahn, ministre français de l'Economie et des Finances, pour détendre une atmosphère tendue à force de se vouloir utile. L'assistance nombreuse, où l'on reconnaît tout le beau monde de l'industrie et des finances rit. En fait, il y a bien eu accord sur 7.000 tonnes de cornichons, produit tout à fait respectable et qui peut échapper, grâce à sa spécificité, aux quotas, prix de référence et autres petits tracas européens.

    Intérêts mutuels


    M Strauss-Kahn a écouté les hommes d'affaires, avec un air intéressé et complice, montrant que le Maroc ne lui est pas inconnu et qu'il a épluché les dossiers avec beaucoup de sympathie. M. Lahjouji, président de la CGEM, commence par rappeler que la France est notre premier partenaire économique et culturel. Mais l'inverse est faux, même si toutes les grandes enseignes françaises sont là et leurs représentants sont dans la salle, partie intégrante du paysage local: Thomson est toujours citée en exemple pour illustrer la reprise des investissements et les grandes banques et compagnies d'assurances défendent chacune ses positions à Casablanca comme à Paris.
    C'est bien, mais il faut s'inscrire dans «la nouvelle dynamique internationale», comme dirait le président de la CGEM: OMC, Zone de libre échange... et voilà le dossier des restructurations et des mises à niveau en tous genres.

    Les présidents des différentes fédérations avaient chacun cinq minutes pour exposer la situation de leur secteur et les voies nouvelles de partenariat. Certains se sont oubliés, comme s'ils exposaient un cahier revendicatif à un ministre, qui en l'occurrence n'est pas le leur.
    M. Mohamed Chraïbi, président de la Fédération de l'Agriculture et de l'Agro-Industrie, ne tombe pas dans le piège. Il commence par dire que son secteur fait vivre la moitié de la population. C'est très important pour les Français, en particulier, et les Européens en général, qui s'intéressent à l'emploi dans les pays tiers méditerranéens. C'est le seul garant contre l'immigration clandestine, le grand problème de l'heure qui agite les parlements et les rues.
    M. Jospin n'a pas manqué d'évoquer ce problème à un niveau politique.

    Le handicap de la dette


    Pour appuyer son argumentation, M. Chraïbi indique que les Marocains exportent pour 300 millions de Dollars vers la France (chiffre qui surprend même M. Jettou qui croyait à une confusion avec les Dirhams) mais qu'ils en importent autant en blé et huiles et encore plus en biens d'équipement agricole. Moralité, la France a tout intérêt à nous soutenir sur «le volet agricole» avec réalisme, et à nous ouvrir quelques autoroutes, notamment pour les produits qui ne concurrencent pas les siens.
    Un autre opérateur, M. Mohamed Benjelloun, président de la Fédération de la Mer, va montrer également l'intérêt de la pêche; la ressource est importante mais précaire et fragile. Il y aurait beaucoup à faire avec les chantiers navals et les fournisseurs français de froid, à condition bien sûr que les Espagnols veuillent bien se retirer à l'issue de l'accord de pêche actuel, qui ne profite qu'à eux. Or, ils ont bien l'intention de rester et faire payer pour eux l'Europe, dont la France. Alors M. Strauss-Kahn, résistez-leur et débloquez-nous quelques crédits spécifiques.

    Suit M. Mohamed Lahlou qui revient sur les effectifs employés par le textile et le cuir dont il préside la Fédération. La France compte pour moitié dans les exportations mais aussi dans les importations de ce secteur inquiet plus que tout autre de la machine asiatique qui tire profit de la mondialisation: «Une chance à saisir», dit M. Strauss-Kahn qui avait comme entendu M. Jettou dire qu'il fallait s'en «mettre à l'abri».
    Quant au tourisme, il accueille comme il peut 500.000 Français par an. Une broutille, car la France reçoit elle-même 50 millions de visiteurs, alors qu'elle ne compte pas trop sur cela pour vivre. M. Mohamed Benamour, président de la Fédération du Tourisme s'attend à ce que des opérateurs comme Accor n'en restent pas à la gestion pour compte, mais s'engagent avec des investissements. Il souhaite que la reconversion de la dette serve aussi à la mise à niveau des 100.000 lits et que l'open-sky déborde un peu par ici.

    Reste pour la fin l'avis de M. Bouchaïb Benhamida, président de la Fédération des BTP. Il égrène le long chapelet de projets: routes, autoroutes, barrages, métro de Casablanca... que de gros marchés pour les Français raflent si bien à tour de bras; les Bouygues et consorts ne devraient pas être que des concur-rents, souhaite M. Benhamida, mais aussi des partenaires, qui concèdent une partie des travaux.
    Arrive M. Jospin pour rassurer tout le monde, «le chemin de Bruxelles passe par Paris». Ayez confiance en la France, en L'UE, désireu d'accompagner le Maroc sur la voie de la prospérité... La France restera le meilleur avocat du Maroc. En gage de sa bonne foi, M. Jospin annonce que les deux pays ont décidé de poursuivre ensemble une «gestion dynamique de la dette, lourd handicap de la croissance».

    Khalid BELYAZID


    Les accords signés


    MM. Jospin et Strauss-Kahn ont plusieurs fois insisté sur la conversion de la dette extérieure en investissement. Et pour commencer, 1,4 milliard de Francs, qui coûteront au Trésor français. La France compte aller plus loin, à hauteur de 20% de la dette marocaine.
    Plusieurs accords, prévus et annoncés auparavant ont été signés à l'occasion de la visite de M. Jospin.
    Le plus important l'est entre EDF (Electricité de France) et l'Office National de l'Electricité (ONE). Il porte sur la construction, dans le Nord, d'une centrale thermique à gaz d'une puissance de l'ordre de 400 mégawatts pour un coût estimé à 1,8 milliard de FF. L'alimentation sera assurée par le Gazoduc Maghreb-Europe inauguré au début de l'année et passant à proximité du site.

    Un autre accord a porté sur les conditions économiques et financières pour l'achat, par le Maroc, de deux frégates «Floréal» destinées à la surveillance de la zone maritime exclusive du Maroc, pour un montant d'environ 800 millions de FF. Une convention a été signée entre Proparco (filiale de la Caisse Française de Développement-CFD) et l'Office Chérifien des Phosphates (OCP) pour un prêt à long terme de 220 millions de FF pour la construction d'une usine d'acide phos-phorique.
    Il y a aussi un protocole financier d'un montant de 183 millions de FF pour le financement de divers projets, dont trois barrages et une chaîne de production cartographique.
    Pour la mise à niveau et la restructuration, un appui français d'un montant de 200 millions de FF sur trois ans pour la modernisation d'entreprises privées a été accordé.
    Un don de 30 millions de FF pour une étude de faisabilité du projet de métro de Casablanca sera débloqué.
    Enfin, en matière d'enseignement, un programme d'actions permettra notamment d'intensifier les échanges d'élèves et de professeurs.

    (Source: AFP)

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